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Algérie : Troisième dans le budget national, l’éducation n’est toujours pas une priorité

Le chômage endémique des diplômés a participé à la dévalorisation et dévaluation des études et de la formation chez les jeunes qui désertent les bancs des classes à la moindre occasion.  Quid pour cette rentrée ? Etat des lieux.

Avec 8,6 millions d’élèves tout palier confondu qui rejoindront les bancs de l’école ce 4 septembre, les 495 mille enseignants qui vont les encadrer et les 258 mille membres du staff administratif,  le département de l’Education Nationale concerne directement le quart de la population algérienne avoisinant les 40 millions d’habitants. Ce secteur jugé sinistré par plus d’un observateur, eu égard à ses résultats et récemment au scandale de la fuite des sujets du bac sur les réseaux sociaux, ce qui a obligé ses responsables à organiser d’autres épreuves de cet examen, engloutit bon an mal an 15% des dotations budgétaires de l’Etat. En décembre 2015, Mme Noria Benghabrit, ministre de l’Education Nationale, sur les ondes de la radio officielle, donnera l’étendu du gâchis relevé au niveau de son département. Elle reconnaîtra que sur 1000 élèves inscrits au primaire, uniquement 41 arriveront jusqu’au fin du cycle et terminent leur cursus jusqu’à la classe de la Terminale.

La simple consultation du JORA (Journal Officiel) sur les cinq dernières années permet de constater que l’Education Nationale bénéficie soit du second ou du troisième budget de l’Etat, toujours derrière celui de la Défense Nationale et rarement après celui du ministère de l’Intérieur. Précisons que la dotation budgétaire en Algérie n’a jamais coïncidé avec la hiérarchie des départements ministériels dans l’ordre constitutionnel : depuis l’indépendance le ministère de l’Education Nationale n’a jamais accédé au statut de ministère de souveraineté nationale au même titre que la Défense Nationale ou l’Intérieur ou la Justice. Ainsi, 764 milliards de DA ont été alloués à l’Education Nationale pour le compte de l’exercice de l’année en cours, contre 1 .118 Milliards de DA au profit de la Défense Nationale et 426 Milliards de DA au ministère de l’Intérieur. Une année auparavant, on relève presque le même écart entre les deux plus importants budgets de l’Etat : 1.047 Milliards de DA pour le premier et 746 Milliards de DA pour l’Education Nationale. Pour certains, notamment le CFRR (Centre Français de la Recherche sur le Renseignement), les impératifs sécuritaires à cause de la tension régnante au niveau de l’environnement immédiat de l’Algérie explique l’octroi de presque du quart du budget de l’Etat à la Défense Nationale. En effet, si on revient aux lois de finance des années 2011 et 2012 on relève que la primauté a été accordée à l’Education Nationale qui a obtenu 569 Milliards de DA contre 516 Milliards de DA pour l’armée. Une année auparavant, l’écart entre les deux départements budgétivores était limité : 390 Milliards de DA pour l’EN et 421 Milliards pour la DN.

Le plus souvent, la destination de ces chiffres, astronomiques aux yeux des officiels algériens les présentant comme la preuve de la générosité de l’Etat à l’endroit des populations, est tue. C’est Abdelatif Baba Ahmed, le prédécesseur de l’actuel ministre de l’EN, qui reconnaîtra devant une commission parlementaire que 85% du budget de son secteur sont consacrés à la masse salariale. Les 15% restants sont dispatchés entre la réalisation de nouvelles structures scolaires et l’acquisition des équipements pédagogiques. Or, les syndicats et les associations des parents d’élèves s’accordent pour décrier la surcharge des classes de cours, avec une disparité régionale des plus criardes. La moyenne nationale est plus de quarante élèves par classe et ce taux d’occupation dépasse les 50 élèves dans l’Algérie profonde. Cette situation n’est pas appelée à connaître une amélioration notable cette année puisque uniquement 146 nouveaux établissements scolaires ont été réceptionnés pour la rentrée scolaire de cette année si l’on croit les propos de Abdelhafid Belabed, tenus lors d’une récente réunion avec les directeurs de l’Education au niveau départemental. Ces nouveaux établissements viennent renforcer un parc de 26.488 établissements existants, dont une proportion souffre de vétusté

Déjà, la question du maintien ou non de certaines matières, dont l’éducation religieuse, occupe l’espace des débats politiques sur l’Education Nationale avant même l’entame de la nouvelle saison scolaire. Du côté syndicale, la question de la reconnaissance de la pénibilité du métier d’enseignant, ce qui ouvre droit à une retraite anticipée, sera au centre de leur préoccupation et de leurs batailles durant l’année. Ce qui veut dire, la relégation, encore une fois de plus, de celle de l’efficience et de l’efficacité……


 

Par ZIAD Salah