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Algérie Les entrepreneurs changent la done

Une délégation d’entrepreneurs algériens conduite par le président du patronat local, le FCE, participait le 13 septembre à Paris à une conférence sur l’économie algérienne. Avec un message partagé : la transformation est en marche de l’autre côte de la Méditerranée, et elle est portée par les entreprises. 

Par Dounia Ben Mohamed, à Paris

L’Algérie se prépare à enter dans une année délicate marquée par l’élection présidentielle, en avril prochain et ce, après une période de turbulences provoquée par la chute des cours du pétrole. Pour un pays fortement dépendant aux hydrocarbures, la question de la diversification de l’économie reste une urgence.

« L’Algérie vit un moment déterminant : l’entreprise privée est devenue

un véritable moteur de création de richesse et d’emplois »

A en croire le président du Forum des chefs d’entreprises algériens, le FCE, confédération patronale locale, la révolution est en marche incarnée par l’arrivée d’une génération qui porte une dynamique entrepreneuriale. « L’Algérie vit un moment déterminant, assure Ali Haddad, président d’un groupe de BTP, l’ETRHB, mais également du FCE. Une mutation de son économie a été engagée par les plus hautes autorités du pays qui ont permis de valoriser son immense territoire et de construire un socle sur lequel s’appuient les réformes engagées de deuxième génération ». Et d’énumérer les nombreux atouts de son pays pour lesquels le privé a largement contribué. « L’entreprise privée est devenue un véritable moteur de création de richesse et d’emplois. Sur les 11 millions d’actifs, 7 millions sont employés par le privé. Par ailleurs, l’Algérie est l’un des rares pays du continent à disposer de plusieurs milliers de km de fibre optique ; la route transsaharienne qui mène aux frontières maliennes, de 2000 km, sera totalement équipée. Le programme de développement des énergies renouvelables (ENR) prévoit une puissance totale de 22 000 MW d’ici 2030. Durant ses 20 dernières années, notre pays a consenti des efforts importants en termes d’investissement dans les infrastructures. Ses infrastructures récentes favorisent de fait les nouveaux investissements. » 

Jeunesse, diaspora et innovation

Et pour donner du crédit à son plaidoyer, le patron des patrons cite les conclusions du dernier rapport de la Banque Mondiale. « L’Institution a salué les réformes prises par l’Algérie et met en évidence trois piliers sur lesquels l’Algérie mise depuis plusieurs années. En premier lieu la jeunesse ; puis la diaspora qui est un vivier de ressources humaines de qualité et enfin les Tics à travers le développement de l’innovation. » A ce titre, rappelle-t-il, l’Algérie a mis en place des fonds décentralisés dédiés aux jeunes et à l’innovation il y a plus de 15 ans. « Le FCE, conscient de l’importance des start-up en matière d’innovation vient de créer son premier incubateur sur le modèle de co-création. »

Des pôles de compétitivité et des centres d’excellence franco-algérien

Enfin, pour ceux qui en doutent encore, l’Algérie a plus que jamais amorcée la mutation de son économie dans l’après-pétrole, et Ali Haddad en veut pour preuve, la part des exportations hors hydrocarbures en hausse. « Les réformes menées commencent à donner des résultats dans le domaine des fruits et légumes et de la production céréalière qui a atteint cette année 65 millions de tonnes contre moins de 4 millions il y a 5 ans. »  Et de lancer un message des plus explicites aux entreprises françaises : « Les opportunités ne manquent pas pour les entreprises françaises et algériennes dans le cadre de partenariats de co-production et colocalisation. J’estime que la coopération entre nos entreprises doit transcender l’aspect commercial et s’articuler autour du transfert de technologie et la réalisation de pôles de compétitivité et de centres d’excellence. »

C’était tout l’objectif de cette matinée : une délégation d’hommes, et de femmes d’affaires algériens, aux parcours accomplis, a martelé le même discours. L’Algérie est une terre d’opportunités pour les entreprises françaises invitées à reprendre position sur ce marché réputé hostile, à tort selon les Algériens. Même si, selon les données de la Chambre de Commerce et d’Industrie Algéro-Française, CCIAF, la présence économique française est déjà une réalité avec 450 entreprises installées, près de 6200 entreprises françaises qui y exportent, faisant de l’hexagone le deuxième fournisseur de l’Algérie après la Chine.

« Nous sommes là aujourd’hui pour que le regard sur l’Algérie puisse changer »

« Nous sommes là aujourd’hui pour que le regard sur l’Algérie puisse changer, Nacera Haddad, chef d’entreprise et vice-présidente du FCE. Nous sortons d’un contexte marqué par la planification, il faut le rappeler, plus de 15 ans de terrorisme organisé pour déstabiliser notre économie. Mais aujourd’hui, 65% des emplois sont portés par le privé. Il s’agit maintenant de mettre en place l’intelligence nécessaire aux commandes et d’axer les efforts vers l’optimisation des investissements pour permettre au privé de devenir le véritable contributeur du développement. » Et à ses homologues français, elle assure : « nous partageons une histoire commune, peut-être douloureuse, mais une réelle proximité. Et avec l’arsenal juridique dont nous disposons aujourd’hui, les investissements et les opérations sont sécurisés. Le FCE est là pour être l’interlocuteur des hommes d’affaires qui voudraient venir travailler avec nous. »

« On investit en Algérie parce qu’on y trouve les compétence, un marché à forte croissance et on y croit très fortement »

Un tableau positif que des entrepreneurs français, présents en Algérie, viendront confirmer, parmi lesquels Jean-Philippe Duval, Associé PwC en charge des activités en Afrique francophone. « Je suis aussi entrepreneur algérien, nous investissons dans le pays. En deux années, nous sommes passés de 40 à 80 salariés, ce qui n’est pas rien. Nous investissons en Algérie parce qu’on y trouve les compétences, un marché à forte croissance et on y croit très fortement. » Et d’ajouter, au sujet de l’économie dominée par la rente pétrolière : « Il faut briser ce tabou, nous sommes passés à autre chose en Algérie. Quand on parle de l’économie algérienne, elle n’est plus dominée par le pétrole. La question du pétrole est davantage liée à un contrat social, elle finance la dépense publique. Mais il faut matraquer ce message : l’économie algérienne est diversifiée et dispose de compétences. » Et de faire part d’un constat, d’« un changement du culture profond ». « S’il y a quelques années, la carrière d’excellence était synonyme d’entrer dans la Sonatrach, aujourd’hui être entrepreneur est aussi un facteur de réussite reconnu au sein de la société. Un point important qui va marquer, je le pense le futur de l’Algérie. »

Et les exemples se multiplient avec l’émergence de véritables champions nationaux, de purs produits made in Algérie, à l’image des PDG de Condor, Cevital ou Rouiba. « Aujourd’hui, sur un million d’entreprises, les deux tiers ont été créés il y moins de 15 ans, souligne Salah Eddine Abdessemed, vice-président du FCE. Même si nous avons encore besoin de 5 à 800 000 entreprises, la dynamique entrepreneuriale est une réalité et elle change la done. L’Algérie bouge, même si cela n’a pas beaucoup de visibilité. »

Alors qu’une importante délégation algérienne sera également présente aux Rencontres Africa 2018, force est de constater que le FCE s’est lancée dans une véritable opération de communication.


 

Par Dounia Ben Mohamed, à Paris

 

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