A la uneActualité

Algérie : Le marché des assurances à l’heure du digital

Le secteur des assurances en Algérie a subi les effets de la pandémie Covid 19. Au terme de l’exercice 2020, le chiffre d’affaires a reculé de 6,1 %. L’arrivée du digital changera-t-elle la donne ? Analyse. 

Par Nadjoua Khelil, à Alger 

Plus que jamais, le digital est partout et son utilité s’intensifie. Cette révolution en constante évolution dans le continent, a transformé le visage de l’Afrique. Comment s’opère en Algérie cette transition dans les assurances ? 

« Muter lentement, mais sûrement »

La situation du marché algérien est encore difficile, « particulièrement pour la branche des assurances de personnes, en raison de la suspension des vols commerciaux. C’est une mesure que nous saluons et respectons. Cela dit, elle a durement impacté notre activité. Une perte de près de 70% du chiffre d’affaires du secteur », indique, Mohamed Hakim Soufi, CEO de Macir Vie SPA. Sa compagnie a « mis à profit » cette période de pandémie, « pour renforcer notre stratégie digitale, avec de nouveaux services pour notre clientèle. Nous en réservons l’annonce pour très bientôt ! », confie Soufi.

Pour toute entreprise, la performance opérationnelle est l’enjeu majeur à atteindre, en s’appuyant dans la gestion, sur les outils digitaux. C’est le cas des sociétés algériennes d’assurances, qui sont en train de « muter, bien que lentement, mais sûrement », vers « l’agence numérique », affirme, Hassen Khelifati, vice-président de l’UAR et PDG de la compagnie privée, Alliance Assurances.    

Cette transition est à ses « débuts » en Algérie, les « conditions optimales ne sont pas réunies », notamment celles liées à la qualité de l’infrastructure du réseau internet et la connexion haut débit qui fait défaut », commente Khelifati . L’autre obstacle : « la législation en vigueur qui ne répond plus aux exigences du moment, d’où la nécessité de la revoir », a-t-il précisé. « Certes, il y a des avancées, mais du chemin reste à faire ». 

L’innovation, pour conquérir le continent

Aujourd’hui, les assureurs semblent miser sur l’accélération du développement du secteur et le digital, où l’innovation apparait comme un moyen de conquérir de nouveaux marchés. 

Pour Macir Vie, la principale préoccupation concernant les assurances de personnes, est « l’amélioration de l’offre à destination des entreprises, à travers l’assurance Groupe. Pour les particuliers, nous visons à offrir de nouvelles garanties, à la hauteur de leurs attentes et à simplifier leur quotidien. En ce sens, la reprise de l’activité de voyages fait partie de nos attentes ». 

En parallèle, l’entreprise « évolue sans cesse, à travers des partenariats innovants ». A ce titre, une « alliance » a été scellé avec « l’équipementier médical de rang mondial, General Electric Healthcare. Cet accord permet, à travers notre nouvelle garantie «MyM Santé + », de prendre en charge une série de pathologies lourdes, à hauteur de 5 millions DA, en orientant nos clients vers les établissements dotés d’équipement de pointe de GE Healthcare », confie Soufi. Selon lui, c’est notamment à travers « ce type de partenariats, en renforçant son assise locale et en étant à la pointe de l’innovation digitale que nous pourrons envisager de nous étendre sur le marché africain ».

Khelifati, considère qu’il est « difficile » pour les assureurs de conquérir le marché africain, il faudrait d’abord « maitriser l’activité en interne, accélérer la numérisation et stabiliser le marché, à travers des reformes ». « Aucune compagnie nationale n’est préparée à ce sursaut vers l’Afrique, du fait de la dominance du secteur public à plus de 75%. A défaut de moyens financiers et au vu de la rigidité du système de change en Algérie et dans certains pays africains, une telle décision relève de l’aventure », analyse M’hamed Hamidouche, expert auprès d’institutions financières internationales.

Libérer les initiatives 

Le marché de l’assurance est encore « sous-dimensionné, au regard du potentiel de notre pays ». De ce fait, la « modernisation » du secteur financier « va de pair avec celle des assurances, que ce soit en termes de levées de fonds, pour l’expansion, voire l’émergence de nouveaux acteurs, et du marché financier secondaire pour le placement de fonds, pouvant contribuer à la conception de nouveaux produits d’assurance », indique Soufi. 

Dans ce sillage, l’émergence de startups Assurtechs innovantes, sont de « formidables relais de croissance pour les assurances, tant au niveau national que continental ». Pour leur développement, il existe certains « défis à relever et entraves à lever ». En ce sens, la question de mutation du marché financier, est d’une importance capitale. Aussi, il peut exister, « des barrières réglementaires en termes de capital minimal, de 3 milliards DA, pour la création d’une nouvelle entité dans les assurances », relève Soufi. Des startups à fort potentiel, « existent », « il suffit de libérer les initiatives, pour en tirer profit », préconise Khelifati. 

Au niveau africain, note Hamidouche, le Kenya, l’Afrique du sud sont « leaders » dans ce segment avec « des initiatives ayant fédérés des champions. Ils ont réussi à attirer des capitaux, grâce à des compétences locales en la matière associées à des non-résidents de plusieurs pays ».

Peut-on réussir le chalenge du virage numérique en Algérie ? Selon Soufi, il s’agit d’une « obligation ! Les assureurs devront le réussir. Les facteurs de réussite existent. Autrement, ils seront mis en grande difficulté. C’est une question de survie, à plus ou moins long terme ».

L’Afrique, « un potentiel de croissance extraordinaire » 

Globalement, le continent s’est saisi de la technologie et l’a adaptée à ses besoins, en innovant. L’assurance, représente « plus de 67 milliards de dollars US dont, 69%, la part de l’Afrique du Sud à elle seule », selon Hamidouche.  

Il est difficile de résumer l’ensemble du marché africain en un seul tenant, tant il est varié. Cela dit, « nous remarquons un foisonnement d’idées, de nouvelles entreprises innovantes dans la Fintech et l’Insurtech. Un potentiel de croissance extraordinaire, tant le continent est sous-assuré ». Cependant, la nécessité d’un « accompagnement » par les pouvoirs publics et institutions financières, en termes de capitaux, de réglementation, « représentent les principaux défis pour libérer ce potentiel ». Ce secteur « revêt » également une « importance capitale du point de vue de la souveraineté de notre grand continent », estime Soufi. 

Ce message est également disponible en : AnglaisArabe