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Algérie L’Après avril 2019…

En Algérie, le secteur privé constitue l’un des maillons essentiels de la diversification de l’économie. Près de 99% des PME sont l’œuvre d’initiatives privées, rappelait récemment le FCE, la première organisation patronale. Malgré le marasme politique amplifié par la perspective d’un cinquième mandat et le ralentissement économique lié à la chute des cours du pétrole en 2014, des membres de la société algérienne croient encore, et plus que jamais, au potentiel du pays. La dynamique est d’autant plus vraie chez les jeunes, qui aspirent à de réels changements…

Par Zahra Rahmouni, à Alger

Dans un appel inédit publié le 29 janvier dernier, 25 jeunes algériens estiment que « la prolongation du statu quo constitue un réel danger pour l’Algérie » et que « le changement passe par des ruptures inévitables ». Les signataires, parmi lesquels des activistes politiques, chefs d’entreprises, avocats ou encore journalistes, soulignent que « malgré les innombrables restrictions, beaucoup de jeunes, vivants en Algérie ou à l’étranger, évoluent déjà au sein de leurs propres espaces d’expression et de création. En assumant leurs droits et leurs devoirs citoyens, ils savent pertinemment que le changement est un projet collectif, essentiel pour le pays et les générations futures ».

Abdelmoumene Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) appartient au groupe à l’origine de la lettre, rendue publique avant l’annonce de la candidature de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika. Il explique que l’appel a suscité beaucoup de questions sur les réseaux sociaux. « Nous avons eu des encouragements mais aussi des demandes d’explications. On a senti un réel intérêt, ce qui nous responsabilise davantage à avancer sur un projet concret », ajoute l’activiste qui souhaite une rupture « non seulement avec le mode de gouvernance qu’a connu l’Algérie depuis 1962 » mais aussi en matière d’économie avec « la fin de la dépendance au pétrole ». Malgré un système verrouillé qui, selon lui, n’exploite par le potentiel de la jeunesse, il observe un véritable élan positif qui se matérialise par de nombreuses initiatives. Et, « l’effet serait beaucoup plus important si le cadre politique était là », estime Abdelmoumene Khelil.

Sortir du système rentier et libérer les initiatives

En matière d’économie, d’autres membres de la société civile demandent des réformes rapides pour diversifier les sources de revenus. « Après un sursaut éphémère qui a vu des velléités de réformes et un début d’ajustement vite étouffés, les dernières années ont été perdues à ne rien faire, ou si peu », déplore le collectif Notre Algérie Bâtie sur de Nouvelles Idées (NABNI, acronyme qui se traduit aussi par « je construis »).

Le think-tank entend bien contribuer aux débats lors de la campagne présidentielle avec le projet Nabni 2019 qui regroupera plusieurs propositions dans un livre blanc dont l’objectif est « d’inspirer les acteurs politiques » et d’instaurer un nouveau modèle social. Les travaux porteront sur le rôle de la femme, les migrations notamment africaines, le développement durable, l’écologie, l’éducation, et l’unité du Maghreb « qui est un angle mort du débat politique », énumère Abdelkrim Boudra, le porte-parole du Collectif lors d’une intervention sur le site TSA Direct. « Nous sommes dangereusement absent de la scène africaine alors qu’il y a beaucoup de choses à faire car l’avenir c’est probablement l’Afrique », poursuit-il. « Ce n’est pas en ayant une attitude condescendante qu’on réussira… Beaucoup de pays nous ont dépassé en terme de technologies et de développement économique. Le Kenya, l’Ethiopie, le Rwanda sont loin ».

Cette remarque sonne d’autant plus vraie lorsque l’on s’adresse aux acteurs du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). « Je constate un changement au niveau des jeunes en tout cas en terme d’entrepreneuriat dans les TIC, à Alger. Mais ça reste de petits changements, ce n’est pas aussi grand que ce qu’il se passe au Rwanda, en Ethiopie ou même à côté chez les Tunisiens où il y a des lois spécifiques qui ont été votées pour ce secteur. Ici, on ne voit pas grand chose pour le moment », commente Mehdi Abdelhak, jeune chef d’entreprise. « Pour nous, start-up, il existe un problème avec le recrutement. Dès qu’on pense à recruter une personne, ça coûte beaucoup d’argent. Nous aimerions avoir une aide de l’Etat avec une réduction des taxes et des cotisations pour les employés afin que l’on puisse se développer plus rapidement ».

Selon l’entrepreneur, la prochaine élection présidentielle ne comporte pas de véritables enjeux. « Maintenant qu’ils ont annoncé le cinquième mandat, les gens sont à peu près sûrs qu’il passera. Les questions que l’on se posent se sont surtout de savoir qui sera vice-président, quels seront les changements annoncés dans sa lettre (message de Bouteflika adressé aux Algériens pour annoncer sa candidature, ndlr) et s’ils seront bénéfiques au monde des TIC », s’interroge Mehdi Abdelhak. « Si on parle des sociétés publiques, le business avec eux est gelé jusqu’à ce que l’on sache ce qu’il se passe après avril 2019. Donc, nous nous focalisons beaucoup plus sur le privé », poursuit l’entrepreneur.

Aides à la création d’entreprise

Ces dernières années, l’Etat a pourtant fait des efforts en matière d’aide à l’entrepreneuriat. Selon Youcef Yousfi, ministre de l’Industrie et des Mines, l’Algérie compte 1,1 million de PME (surtout dans les services et le BTPH) qui emploient 2,7 millions de personnes. Par ailleurs, la création d’entreprises par les femmes en Algérie a évolué de 25%, durant les cinq dernières années, détaillait Yasmina Taya, présidente d’honneur de l’Association des femmes chefs d’entreprises (SEVE).

Pour soutenir les investissements, l’Etat a mis en place « des exonérations de TVA et des taxes douanières dans tous projets d’investissements, hors domaine des hydrocarbures, durant la phase de réalisation et d’acquisition de matériels. Ensuite, il y a des exonérations sur la taxe sur l’activité professionnelle et l’Impôt sur les bénéfices des sociétés pour une durée de trois ans dans le Nord, cinq ans pour les Hauts-plateaux et dix ans pour la région du Sud », indique un représentant de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI). En 2018, l’organisme affirme avoir enregistré plus de 4000 projets qui pourraient aboutir sur la création de 140 000 emplois.

Récemment, le ministre de l’Industrie et des Mines évoquait également la nécessité d’aider les jeunes à créer leur propre entreprise, notamment dans le secteur des TIC, et renouvelait l’appui de l’Etat dans l’accès aux crédits. Les dispositifs successifs octroyés par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej), la Caisse nationale d’assurance-chômage (CNAC), et l’Agence Nationale de gestion du Micro-crédit (Angem) sont à ce titre nombreux. A la fin de l’année 2018, 42% des crédits arrivés à échéance demeuraient d’ailleurs non remboursés par les bénéficiaires de ces programmes.

Hasard du calendrier ou simple opportunisme politique de pré-campagne électorale, le ministre du Travail, Mourad Zemali, annonçait il y a quelques jours la fin des poursuites judiciaires engagées contre ces mêmes bénéficiaires et l’effacement de leurs dettes. Cette annonce intervient alors que plusieurs voix s’élèvent pour la régularisation des dépenses de l’Etat et appellent à une réforme du système des subventions, estimées à 14% du PIB.

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