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Algérie Hirak, Covid-19 et numérique… L’avènement d’une ère nouvelle ?

En Algérie, le referendum constitutionnel, organisé en novembre dernier et marqué par un boycott massif des urnes, a révélé le fossé entre le gouvernement et la société. Une fin de non-recevoir, qui interpelle quant à l’issue du hirak alors que l’économie algérienne demeure confrontée à son éternel problème de diversification. Reste une lueur d’espoir, l’entrepreneuriat et le développement du numérique qui ouvrent de nouvelles perspectives. Analyse.

Par Nadjoua Khelil, à Alger

 

Plus qu’un symbole. Ce rendez-vous électoral tenu en l’absence du président, intervenait une année après le soulèvement pacifique du 22 février 2019 et dans un contexte marqué par la Covid-19, obligeant les « hirakistes » à mettre fin à leurs marches hebdomadaires, après 13 mois de mobilisation pour un changement radical du système politique. « Au moment où certains pensaient que le mouvement était terminé, les résultats du referendum ont démontré le contraire et boosté le hirak », estime Saïd Salhi figure du mouvement et vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) suggérant au passage, de déclarer, l’élection « rédhibitoire, faute de la légitimité populaire requise ».

Le hirak reste fort malgré la crise sanitaire 

Un soulagement, car tout n’a pas été simple lors des derniers mois pour le mouvement qui a dû faire face à un régime qui campe sur ses positions et une période de statu quo causée par la pandémie et le confinement. « Le pouvoir a tenté de casser le hirak, multipliant les arrestations d’activistes, les fermetures d’espaces d’expression et les atteintes aux libertés », déplore Saïd Salhi. Mais « le hirak ne se résume pas aux seules marches hebdomadaires, c’est une idée issue du peuple et une idée ne meurt pas », analyse la présidente du parti l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul. Elle en veut pour preuve, les diverses initiatives portées par les partisans du hirak issus de la société civile, ou de l’opposition, qui « reflètent tout l’esprit du hirak et une sortie de crise ». « Les raisons pour lesquelles est né le hirak sont toujours existantes et plus visibles », souligne Hakim Addad, ex-détenu politique et ex-leader du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), « la quête de changement est intacte ».

Cependant, pour Noureddine Bekkis, politologue, pouvoir et hirak subissent « un choc, en raison de leur échec à imposer sa feuille de route pour le premier et à bloquer l’agenda du régime pour le second ». Le hirak « s’épuise », car, outre l’absence d’un « leadership, il ne s’est pas structuré » quand il était en position de force. Reste qu’un retour du mouvement est « fort possible » et il sera « difficile pour le régime de le contenir sans réelle ouverture politique ». Preuve en est, l’organisation prochaine d’une conférence inclusive pour marquer le 2e anniversaire du hirak.

Un nouveau modèle économique

Et si côté politique, les prochains mois seront donc décisifs, sur le plan économique, les voyants sont au rouge. « La reprise de l’économie mondiale, en léthargie, ne se fera pas avant début 2022, avec des conséquences sur celle du pays et notamment ses recettes pétrolières qui vont s’amoindrir et qui représentent 98% de ses revenus en devises », explique l’expert Abderrahmane Mabtoul. Ainsi pour 2021, les hydrocarbures devraient rapporter autour de 23 milliards de dollars. La Covid-19 impactera le taux de croissance de l’Algérie qui s’établira à -5,5%. Le taux de chômage passera à 15%. La balance des paiements se réduira de 3 milliards de dollars, le déficit du trésor public atteindra 13% du PIB, et les réserves seront en chute (46 milliards de dollars) quand les dépenses grimperont de 10%. Pour Abderrahmane Mabtoul, la pandémie accélère le processus de dégradation déjà existant en raison de « la politique de replâtrage en lieu et place de réformes structurelles ».

Dans ce sens, l’expert Smail Lalmas, estime que la crise est due « au type de modèle économique rentier, compliqué par une crise de confiance et la gestion catastrophique de l’exécutif ». Pour élaborer une forme de confiance et donc un développement, il faudra « un dialogue pour le changement et un nouveau modèle économique diversifié », préconise Smail Lalmas.

L’entreprenariat et le numérique, « facteurs clés »

Dans le contexte actuel, l’entrepreneuriat et le développement d’un écosystème numérique sont « des facteurs clés pour le redressement économique du pays », selon Mustapha Mekideche, analyste et ex-président du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs de l’Union africaine. Pour une économie diversifiée, une double démarche s’impose : « Pousser les grands groupes industriels privés dans l’export massif des produits transformés. Faire émerger le capital humain, dont les start-ups nationales des services, et celles des industries digitales à fort potentiel de croissance, dans un écosystème numérique compétitif soutenu par l’Etat à même d’exporter. »

Pour Ali Kahlane, consultant en TIC, vice-président du CARE, le numérique forme avec l’économie une « association logique » pour la relance, d’où l’amorce d’une « transition digitale capitale » pour l’avenir de l’Algérie.

 

 

 

 

 

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