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Actualité

Algérie Et maintenant ?

Après six mois de mobilisation, le Hirak, le mouvement populaire qui revendique l’avènement d’une nouvelle Algérie, est loin de s’essouffler. La jeunesse entrepreneuriale algérienne, au premier rang de ce mouvement, est également en train de changer le visage de l’économie nationale. Enjeux et analyses avec Yassine Bouhara, président de Tell Group, et vice-président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) -France.

Propos recueillis par Bilkiss Mentari 
     

En tant que franco-algérien, quel regard portez-vous sur les évènements que connait l’Algérie depuis six mois ? 

Malgré la fin de la guerre froide, les printemps arabes, la globalisation, la révolution technologique, une population dont le niveau d’éducation est sans aucune mesures avec les générations précédentes, une population jeune urbanisée à plus de 70 %, les politiques centralisée ont échoués à faire émerger l’Algérie à sa juste place.

La paralysie politique, le manque de liberté, la corruption et la prédation, ont conduit à une situation où un choc était donc inévitable.Et c’est avec beaucoup d’espoir que nous vivons les événements qui se déroulent en Algérie depuis les derniers six mois. Mais aussi avec beaucoup de fierté : ce mouvement porté par une jeunesse dont le dynamisme et la modernité ont surpris le Monde.Le Hirak a ressoudé la diaspora algérienne et l’Algérie, la diaspora est partie intégrante du mouvement.

Six mois, la mobilisation est encore très forte. Le processus de transition se poursuit-il où est-on face à un blocage entre la « rue » et le « système ? 

Sur le plan de la restructuration du paysage politique, le processus de transition n’est qu’à son début, il y a effectivement un long chemin pour atteindre le processus réclamée par la rue.

La dichotomie entre le pouvoir et la population réside dans l’agenda électoral, élections présidentielles sur la base de la constitution actuelle suivie d’une réforme constitutionnelle et du paysage politique ou l’inverse.

En ce qui concerne la lutte contre la corruption, l’opération mains propre relativement avancé va irrémédiablement bouleverser les pratiques qui sont à la source du malaise social.

Vous êtes par ailleurs un acteur économique. Justement, la situation actuelle ne risque-t-elle pas de freiner la diversification de l’économie qui commençait à peine ? 

Nous pensons que la situation actuelle va être un catalyseur à la diversification rongée par la corruption et la prédation. Nous voyons aujourd’hui une opportunité, car le prochain gouvernement élu algérien aura, au centre de sa mission espérons-le, des réformes qui permettrons finalement à l’économie algérienne de s’ouvrir à ses forces vives intérieures comme extérieures.

L’opportunité est immense, l’Algérie est un pays vaste, riche de son sous-sol et de ses compétences inexploitées , une demande intérieure non-assouvie et donc représente l’une des rares économie au monde dont le développement est relativement certain à condition que les conditions cadre soit réunies.

Ceci dit, des fleurons du tissus industriel ont été mis en accusation (Cevital, Condor…). Une situation qui inquiète à l’intérieur comme à l’extérieur ? 

Le fait que des dirigeants d’entreprises privées soit inquiétés n’est pas une situation inédite en soi, mais que cela paralyse les entreprises, ou que leur comptes bancaires soient gelés, avec toutes les répercussions imaginables est une démonstration que tout le processus de gouvernance doit être remis à jour et modernisé.

L’opération de lutte contre la corruption devrait être accompagnée de tout un carcan de mesures d’administration et de procédures à tous les niveaux. C’est ce processus de restructuration de la gouvernance commerciale qui permettra de retrouver la confiance et donc catalyser le développement économique. Il est lieu d’ajouter que le développement économique nécessite une restructuration substantielle de sa colonne vertébrale qui est le secteur financier.

Une refonte du système bancaire est essentielle si l’on veut développer l’économie algérienne au niveau nécessaire pour créer la valeur attendue.

En attendant la jeunesse algérienne, au premier rang de ce mouvement, est également en train de changer le visage de l’économie algérienne. On compte de plus en plus d’entrepreneurs…

Les jeunes entrepreneurs algériens sont très dynamiques dans tous les domaines de l’activité économique.

Ils vont ultimement changer le visage de l’économie algérienne, Ils doivent être accompagnés par un écosystème beaucoup plus structuré, principalement le financement des transactions, l’accès à la commande publique, l’accès à la distribution, à la logistique, la réduction des processus bureaucratique mais plus important l’élimination totale et finale de la corruption.La mise en place de processus électroniques de procédures et de paiements est essentielle.

La sclérose du système bancaire, l’inexistence de bourse, la complexité du contrôle des changes (il ne reste qu’une trentaine de pays dans le monde qui opèrent encore sous un système de contrôle des changes au 21e siècle !) alors que crypto currencies et monétique se développent rapidement.

Malgré le bilan des dernières décennies, le pays est doté d’infrastructures uniques sur le continent Africain. L’Algérie doit extraire de la valeur non seulement de ses richesses minières énergétiques et humaine mais aussi monétiser ses infrastructures.

De même pour la diaspora qui attend toujours de jouer un rôle dans ce renouveau algérien. Ce qui est une des missions du Caci France …

La diaspora dans son ensemble exprime un grand intérêt pour le marché algérien, car la France a besoin de nouveaux marchés. On ne peut regarder le marché africain sans regarder l’Algérie, le géant économique africain, mais un géant endormi. Une plus grande facilité d’accès au marché permettrait à la diaspora de jouer son rôle naturel de lien entre la France et l’Algérie et donc de lien entre l’Afrique et l’Europe.

Caci France a également invité les PME françaises à saisir les opportunités qu’offre l’Algérie. Ont-elles répondu à l’invitation ? 

La CACI France activement fait la promotion de l’Algérie auprès des PME et des grands groupes français mais aussi européens et internationaux. De nombreuses entreprises dans le monde et notamment en France sont intéressées par le marché algérien qui offre des opportunités uniques. Au-delà de la règle 49-51 et du contrôle des changes, la corruption a été un frein au développement des entreprises européennes et notamment française et a facilité l’accès à l’Algérie par les entreprises de pays ou de région moins regardante. Les PME françaises sont plutôt en mode d’observation et ce sera après la résolution du processus politique en cours de transition que l’économique se mettra en marche. Nous sommes optimistes non seulement sur la capacité d’attraction du marché algérien mais aussi de l’intérêt que va être porté par les entreprises françaises.

Sur le même sujet, comment, dans cette période de transition, comment évolue les relations France-Algérie, complexe. Le développement des relations économiques ouvrira la voie à une nouvelle page de cette histoire ? 

Le couple franco algérien est un couple unique entre l’Europe et l’Afrique. La diaspora algérienne en France compte 7 millions de personnes ayant un lien avec l’Algérie, c’est la plus grande connectivité entre deux pays européens et africains.Il serait naturel que l’axe Paris-Alger soit ultimement l’axe central entre l’Europe et l’Afrique. 

Effectivement contrairement aux autres diaspora turques ou chinoise, la diaspora algérienne ne consomme pas algérien. Cela représente donc une opportunité immense pour les entreprises algériennes, due au différentiel de pouvoir d’achat de la diaspora, le marché français est probablement un marché aussi large que le marché domestique.

Malheureusement le cas pour toute la diaspora africaine.

L’Algérie est un géant africain vous disiez. Reste que les relations avec le Maroc sont toujours difficiles et on voit encore peu d’entrepreneurs algériens sur le continent… 

L’Algérie est un géant économique africain il représente une opportunité immense pour les entreprises du reste de l’Afrique, son marché intérieur dont la demande n’est pas assouvie, mais aussi son capital énergétique et sa capacité potentielle d’investissement.Malgré la perception, le Maroc et l’Algérie restent, malgré les difficultés actuelles, réciproquement leurs plus grands partenaires économiques en Afrique. Les échanges intra-africains restent extrêmement faible. Nous ne sommes qu’au début du développement du marché en Afrique, l’Algérie a encore toutes ses chances de pouvoir se développer sur le continent.Dans les années 70, Alger était la Mecque des révolutionnaires nous espérons que dans les années qui viennent Alger sera la Mecque des investisseurs.