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Algérie Développer les énergies renouvelables pour préserver les hydrocarbures

L’Algérie risque de ne plus exporter d’hydrocarbures d’ici 2025, prévenait il y a deux ans Mustapha Guitouni, ministre de l’Energie. Dans le pays, la consommation de pétrole a doublé en l’espace de sept ans, atteignant 420 000 barils en 2017 et la demande en électricité a connu une croissance annuelle moyenne de 6,91% ces dernières années. Pour le gouvernement algérien, augmenter les capacités de production constitue l’une des solutions envisageables et une transition vers les énergies renouvelables (ENR) est également en cours pour préserver des ressources en gaz et en pétrole qui constituent 94% des exportations du pays.

Zahra Rahmouni, à Alger

En 2011, l’Algérie mettait en place un programme national de développement des énergies nouvelles et des énergies renouvelables qui privilégiait le solaire thermique. « Quatre ans plus tard le même programme était modifié pour donner plus de place au solaire photovoltaïque dont les coûts ont baissé », explique Messaoud Khelif, chercheur au Centre de développement des énergies renouvelables (CDER).

A travers ce programme le pays envisage de produire 22 000 mégawatts (MW) d’électricité d’origine renouvelable avant 2030, soit 27% de ses besoins en électricité. Actuellement, la production électrique provient pour 97% du gaz naturel mais le pays pourrait préserver jusqu’à 40% des ressources en gaz utilisées si les ENR entrent en jeu, indiquait le ministre algérien de l’Energie. Huit ans après l’annonce du programme, les avancées en la matière sont pourtant faibles, concède le chercheur du CDER ainsi que d’autre professionnels rencontrés au Salon de l’électricité et des énergies renouvelables, qui s’est tenu à Alger du 10 au 13 février.

Des ambitions trop grandes ?

« De 2015 à 2020, nous sommes censés avoir installé quatre à cinq gigawatts avant d’aborder la phase de déploiement à grande échelle mais, actuellement, nous n’avons installé que 343 MW. Donc, même avec la réalisation de l’appel d’offre qui vient de sortir, nous n’aurons pas atteint les 500 MW alors que l’on aurait dû atteindre 5 GW, c’est à dire dix fois plus », détaille Messaoud Khelif. 

L’Algérie aurait-elle voulu aller trop vite ? C’est l’avis partagé par Akli Ben Hocine, conférencier et directeur de la société Aktronics. « La volonté y est mais ça ne suffit pas. Il manque les compétences. Il vaut mieux réaliser un petit projet bien fait que de se lancer dans d’immenses projets et ne pas les achever », estime le chef d’entreprise qui soulève aussi plusieurs incohérences. « Nous avons un ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables donc une volonté d’orienter les énergies renouvelables seulement sur l’aspect environnemental alors qu’il y a aussi un aspect technique. Ensuite, c’est la Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz (CREG), sous tutelle du ministère de l’Energie qui lance les appels d’offres pour les ENR. Ce qui n’est pas logique », poursuit Akli Ben Hocine.

Le docteur Khelif note aussi des failles dans les cahiers de charge des différents appels d’offres émis pour la production d’électricité à partir des ENR et préconise la révision de certaines clauses pour que ces derniers soient mieux adaptés à la réalité du terrain. Il déplore également le difficile accès à certaines données détenues par la Société de distribution de l’électricité et du gaz (Sonelgaz) alors que les organismes tels que le CDER sont parties prenantes du programme national.

Réglementer et décentralisation

Selon le chercheur du CDER, il y urgence à décentraliser la gestion de l’électricité en Algérie. Actuellement, le groupe public Sonelgaz exerce un quasi-monopole sur la production et la distribution en tant qu’unique gestionnaire du réseau. Une situation qui entrave le développement des initiatives personnelles pour la production d’électricité basse tension. 

La réglementation n’est pas favorable au résidentiel et aux petits producteurs qui souhaitent se connecter au réseau, relève Messaoud Khelif. Le pays « s’est focalisé sur de grands projets nationaux tout en négligeant la contribution des petits clients résidentiels qui peuvent constituer une véritable alternative pour la production de l’électricité ». Et pour appuyer ses propos le chercheur cite l’exemple allemand, pays dans lequel la quantité produite par des particuliers à partir de sources d’énergie renouvelables avoisinait 14 GW en 2007, soit l’équivalent de la consommation annuelle maximale de l’Algérie.

Sensibilisation et formation

Bien que des lacunes existent, des efforts sont faits et l’idée des énergies renouvelables commence à faire son chemin auprès du grand public et des autorités locales. Des petites communes privilégient désormais le solaire pour baisser le coût de la facture énergétique et préserver l’environnement. C’est le cas de Ath Yenni dans la wilaya de Tizi Ouzou. « Notre objectif à moyen terme est d’installer un éclairage public propre à travers notre commune ainsi qu’un éclairage du futur musée de bijoux. Maintenant les compétences existent donc nous cherchons un partenaire algérien », indique un responsable de la commune de Ath Yenni

Différents clubs étudiants ont aussi assisté au salon pour présenter des prototypes permettant d’économiser l’énergie et en matière de formation, le ministère de l’Enseignement supérieur a récemment annoncé le projet de création d’une école des Energies renouvelables à l’université de Batna, à l’est du pays.

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