Robokids academy Algeria-Dr
Le dossier du mois

Algérie : Des écoles modèles pour former la jeunesse aux outils technologiques de demain

En Algérie, de plus en plus d’initiatives voient le jour pour renforcer l’offre de formations adaptées aux nouvelles technologies. Tour d’horizon de ces projets, publics et privés, qui préparent la jeunesse du pays aux défis numériques de demain. 

Par Nadjoua Khelil, à Alger  

Passionnée de technologie, Bessam Imene, 22 ans, a lancé son projet pédagogique, spécialisé dans l’enseignement de la programmation et de la robotique, en 2020. Objectif affiché, « former les enfants aux enjeux numériques afin de les aider à mieux comprendre le monde qui les entoure ». De fait, pour la jeune directrice de l’école, « l’initiation à la programmation permet de développer l’esprit analytique et la créativité, ce qui rend cet apprentissage- complémentaire au programme scolaire- aussi indispensable que la lecture, l’écriture et le calcul ». 

L’idée de créer l’école est née pendant le confinement. « J’ai découvert sur Internet le concept des écoles Algora, ces établissements où des enfants apprennent à coder en utilisant un kit. Nous avons donc décidé, mon frère Adennour (21 ans, diplômé en informatique) et moi de transférer ce modèle en Algérie, car la société d’aujourd’hui repose sur la machine, les objets connectés qui nous entourent au quotidien et façonnent notre manière de vivre », explique Bessam Imene qui précise « avoir scellé un partenariat avec Algora, grâce à la collaboration d’un entrepreneur qui a cru au projet ».  

« Les élèves sont formés pour constater par eux-mêmes un programme erroné, identifier les disfonctionnements et remédier en imaginant une solution »

Les élèves, une trentaine, âgés de 6 à 14 ans, sont encadrés par une « petite équipe de formateurs » et se voient proposer des cours de programmation (Scratch et Python) ainsi qu’une introduction à la robotique. De la sorte,  « ils apprennent à coder au fur et à mesure, et à créer leurs propres robots, avec une créativité infinie », se félicite la directrice de l’école qui rappelle par ailleurs que « les  élèves sont formés pour constater par eux-mêmes un programme erroné, identifier les disfonctionnements et remédier en imaginant une solution ». Prochaine étape, « l’ouverture d’une section pour les 16 à 20 ans et un nouveau module consacré à l’IA ».

Robokids Academy Algeria 

Après une carrière de cadre dirigeante dans les télécoms, Dounya Boughambouz Rahmine a ouvert en 2018 la première académie de robotique pour les enfants et les jeunes en Algérie. Un programme mis en œuvre par la startup CoDZ IT, spécialisée dans l’apprentissage des nouvelles technologies via le e-learning et que la fondatrice de Robokids Academy souhaiterait voir « généraliser, […] notamment à l’école publique », où elle espère « l’adoption [de ce programme] par le ministère de l’éducation». 

Le module de formation a été élaboré en collaboration avec des « chercheurs de la diaspora algérienne travaillant au MIT (Massachusets Institute of Technology) de Boston, qui nous ont aidés à poser les fondements de l’académie », explique Dounya Boughambouz Rahmine, qui précise du reste que l’enseignement est conçu pour tenir compte des différentes classes d’âges des enfants et des jeunes (de 4 à 16 ans).  

L’apprentissage se veut pratique avec des cours dispensés « en arabe et en français, en présentiel et en ligne »

L’apprentissage, centré sur quelques grandes disciplines-  l’électronique, la robotique, la programmation informatique, les objets connectés et l’IA, nouveauté de cette année – se veut par ailleurs pratique avec des cours dispensés « en arabe et en français, en présentiel et en ligne », poursuit la dirigeante de l’établissement, qui a organisé en 2020 le premier Hak’ton Kid, une  compétition nationale dans le domaine technologique, au cours de laquelle nombre des lauréats primés sont venus des rangs de Robokids Academy. De quoi renforcer la réputation de l’école, qui peut d’ores et déjà s’enorgueillir d’une série de partenariats avec des établissements privés de Blida et Ouled Fayet. En attendant la réalisation du prochain objectif, « ouvrir une antenne en Afrique », ambitionne la patronne de Robokids Academy, déterminée à porter partout sur le continent la devise de son académie : « former aujourd’hui les leaders de demain ». 

Ecole nationale supérieure d’Intelligence Artificielle 

Fruit des efforts consentis par les autorités algériennes dans le domaine de l’intelligence artificielle, cet établissement universitaire public a ouvert ses portes le 10 octobre dernier pour accueillir sa toute première promotion. Implantée au pôle technologique Sidi Abdallah (à l’ouest d’Alger) et dotée d’équipements technologiques dernier cri, l’école vise à « former l’élite et faciliter l’intégration professionnelle des diplômés », selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Au vu des critères d’entrée exigés des nouveaux bacheliers-  une moyenne minimum de 17 pour les maths et de 18 en maths techniques pour suivre la formation de cinq ans dans des spécialités liées à l’IA (informatique mobile, génie logiciel, IoT, programmation web, sécurité de l’information, bases de données, ingénierie informatique, réseaux informatiques…), seule l’élite estudiantine du pays pourra effectivement intégrer ce très sélectif établissement, qui devrait compter à terme 1 000 places. Dans l’immédiat cependant, les premières promotions seront limitées à 200 étudiants avec des sections de 10 apprenants. 

« Assurer un niveau d’enseignement exceptionnel avec un prolongement sur le marché du travail »

Le programme, dispensé en anglais, a quant à lui été réalisé par des experts issus des universités algériennes et de la diaspora, ce qui devrait permettre « d’assurer un niveau d’enseignement exceptionnel avec un prolongement sur le marché du travail », assure pour sa part le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique algérien, Abdelbaki Benziane. Enfin, pour se donner toutes les chances de devenir un pôle d’excellence, l’Ecole nationale supérieure d’Intelligence Artificielle sera accompagnée par des partenariats étrangers, issus de cinq pays (France, Chine, Japon, Royaume-Uni et Etats-Unis) ; une démarche propre à favoriser « l’échange d’expérience et d’expertise, le jumelage, ainsi que la mobilité humaine de haut niveau et des stages pratiques pour les étudiants », veut croire Abdelbaki Benziane.   

Ecole supérieure de gestion et d’économie numérique (ESGEN)

Créée en 2019 et située au sein du pôle universitaire de Koléa, dans la wilaya (préfecture) de Tipaza, à 68 km à l’ouest d’Alger, l’Ecole supérieure de gestion et d’économie numérique (ESGEN) est la première école publique du genre dans le pays. Son objectif, selon son directeur Mohamed Hachemaoui, est de former une « élite de compétences pour contribuer à la réussite de la transition numérique en Algérie, au développement de la recherche dans les TIC et l’économie de connaissance». Une feuille de route pour laquelle l’ESGEN s’est donnée les moyens de ses ambitions : l’établissement- qui offre des formations sur cinq ans (Masters) dans toutes les spécialités (E-Business, audit et contrôle de gestion, Digital banking…)-  dispose de 1000 place pédagogique ainsi que d’équipements modernes. 

Ecole supérieure en science et technologie de l’informatique et du numérique de Bejaia 

Officiellement lancée en 2020, sur le campus d’Amizour, l’Ecole supérieure en science et technologie de l’informatique et du numérique obéit à une exigence « stratégique » de l’Algérie, le pays ambitionnant de former un capital humain hautement qualifié dans le domaine des nouvelles technologies. 

« Former des compétences dans les technologies de pointe, notamment dans les domaines de l’IA et de la Data Science »

Pas étonnant dans ces conditions que l’établissement public, conçu pour accueillir 4 000 étudiants, cherche à « former des compétences dans les technologies de pointe, notamment dans les domaines de l’IA et de la Data Science ». Une formation de spécialistes qui devrait en particulier permettre « d’accompagner » la nouvelle agence nationale pour le développement de la numérisation, lancée en 2019, explique le directeur de l’école, Abdelkamel Tari, qui cite tous les secteurs économiques qui pourraient être positivement impactés par ce nouveau vivier de spécialistes : santé, industrie, télécoms, finance, administration…. Mieux, l’école, qui collabore avec d’autres établissements d’enseignement à la formation des chercheurs, pourra capitaliser sur un vaste « réseau de compétences international », pour atteindre au mieux ses objectifs, conclut Abdelkamel Tari.  

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