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Aïsha Dème Profession : activiste culturelle

Figure incontournable de la scène culturelle au Sénégal, son pays d’origine, Aïsha Dème se définit comme une activiste culturelle. Avec Music in Africa, une plateforme panafricaine basée en Afrique du Sud, elle milite pour la valorisation et la promotion de l’art et la culture africaine.

 

De formation informaticienne, Aïsha Dème commence à travailler dans une banque. Des secteurs bien éloignés de son activité actuelle. Cette jeune Sénégalaise s’est reconvertie dans la culture par passion. « Après mon baccalauréat, j’ai été admise à l’Ecole Supérieure Polytechnique (ESP) de Dakar où j’ai d’abord suivi et validé un diplôme universitaire technologique (DUT) d’informatique. J’ai rejoint directement le monde de l’entreprise grâce à un stage de fin d’études dans une banque, qui devait durer trois mois. J’y suis finalement restée deux ans. Ensuite, j’ai intégrée l’équipe d’Abdoul Mbaye (NDLR : homme d’affaires et banquier sénégalais) et en parallèle, j’ai repris les cours à l’ESP pour compléter ma formation d’ingénieur. Quelques années après, j’ai fait un master en communication pour les besoins de ma nouvelle aventure entrepreneuriale ».

 

 » Accroc à la culture, j’ai décidé de changer de métier et de me consacrer à la promotion des arts, des événements et des acteurs culturels « 

 

Alors qu’elle se destinait à une carrière toute tracée, Aïsha Dème va opérer un virage à 180°. « Accroc à la culture, j’ai décidé de changer de métier et de me consacrer à la promotion des arts, des événements et des acteurs culturels sénégalais en particulier sur internet. A l’époque, cette démarche manquait cruellement. Elle était même quasi inexistante. Avec un ami, j’ai fondé en 2009 le site internet agendakar.com, la première plateforme sénégalaise destinée à la diffusion des informations sur les événements et activités culturels à Dakar et dans ses environs. Nous sommes devenus une start-up spécialisée dans la communication culturelle et digitale. J’ai quitté Agendakar en 2014 pour devenir consultante sur des projets. Depuis, je me sens privilégiée de travailler sur des concepts différents et passionnants et d’être au cœur des industries culturelles et créatives africaines. Aujourd’hui, j’ai monté une agence d’ingénierie culturelle, Siriworo, basée à Dakar. »

 

« Ma passion et mon ambition de mettre en lumière la culture africaine n’a fait que grandir depuis »

 

Un parcours, d’informaticienne à chef d’entreprise, qu’elle n’aurait jamais imaginé. « Sincèrement, je ne me suis jamais dit : “je vais être entrepreneure”. Seule la passion m’a guidée. Mon insouciance aussi. Je suivais les activités culturelles dakaroises depuis mon adolescence, et je recherchais tous les bons plans. A l’époque, les Sénégalais manquaient d’accès à l’information culturelle. Aucun site n’y était consacré. Boostée par mon ami et futur associé Alassane Dème, j’ai créé agendakar.com. Ma reconversion professionnelle est partie de ce site. Ma passion et mon ambition de mettre en lumière la culture africaine n’a fait que grandir depuis. Ce parcours a été jalonné de moments difficiles, comme rester un an sans salaire. Alors que nous n’étions que deux à l’origine, cette aventure s’est transformée en entreprise, dédiée, entre autres, à la communication digitale. Quand j’ai quitté agendakar.com en 2014, la start-up comptait une quinzaine d’employés ».

 

Mettre en contact et à mutualiser les forces entre acteurs du l’industrie de la musique en Afrique

 

Plus qu’entrepreneure, Aïsha se présente comme une activiste culturelle. Autrement dit, une promotrice des cultures africaines. Elle mène ce combat à travers Music In Africa. « L’honneur m’a été fait d’être la présidente du Conseil d’administration de la Fondation panafricaine Music In Africa basée à Johannesburg, après avoir été vice-présidente pendant deux années. J’ai été invitée à rejoindre ce beau projet depuis sa naissance en 2012. Music in Africa est une fondation panafricaine basée en Afrique du Sud, initiée par Siemens Stiftung et le Goethe Institut de Johannesburg, j’ai été invitée à rejoindre la fondation il y a six ans pour les compétences et l’expérience acquises avec la plateforme Agendakar ainsi que ma connaissance du secteur culturel. Encore une fois, il s’agissait de participer au projet de la mise en ligne d’un site internet dédié aux acteurs de l’industrie de la musique sur l’ensemble du continent africain. Puis j’ai été élue pour siéger au conseil d’administration. Cela m’a permis de disposer d’un rôle davantage stratégique. Ensuite, j’ai occupé  successivement le poste de vice-présidente du conseil pendant deux ans. J’occupe la présidence depuis 2016. La Fondation Music In Africa a pour objectif de soutenir et booster le secteur de la musique africaine. Nous couvrons aujourd’hui trente-trois pays d’Afrique. La fondation s’attelle à mettre en contact et à mutualiser les forces entre acteurs du l’industrie de la musique en Afrique. Elle offre une source complète d’informations et d’éducation autour de la musique africaine, et soutient le secteur à travers plusieurs projets sur l’ensemble du continent. Par exemple, nous organisons chaque année une conférence de trois jours avec les acteurs clés du secteur et à chaque fois dans un pays différent. C’est une plateforme d’échanges qui offre de véritables opportunités aux jeunes entrepreneurs. En tant que présidente, j’en suis très fière.  »

 

« Des cases au fin fond des villages aux grands bureaux des multinationales, les femmes jouent un rôle-clé »

 

L’occasion pour elle de mener d’autres combats, en faveur des femmes africaines. « La femme reste un acteur majeur  du développement. Nous sommes aujourd’hui 410 millions de femmes dans le continent et l’entrepreneuriat féminin est plus développé en Afrique que partout ailleurs dans le monde. Des cases au fin fond des villages aux grands bureaux des multinationales, les femmes jouent un rôle-clé. Leur impact constituent un élément important et agit sur les facteurs socio-économiques de l’Afrique. Je suis convaincue que les femmes joueront un rôle essentiel en ce qui concerne le changement et l’avenir du continent, et elles y participent déjà. Les plus grands obstacles restent l’accès à l’éducation et aux instances de décisions. Si les femmes occupaient davantage de postes à responsabilités, cela changerait le monde ».

 

En savoir plus: https://www.musicinafrica.net/

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