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Agro-Business SIAL 2018 : L’Afrique se positionne sur le marché européen

Plus de 400.000 produits étaient présentés au Salon international de l’alimentation (Sial), le marché de référence mondiale pour les acheteurs à la recherche de fournisseurs et partenaires français et internationaux, qui se tenait près de Paris du 21 au 25 octobre 2018. Au milieu des 7200 exposants originaires d’une centaine de pays, quelques Africains venus eux-aussi tenter l’aventure de l’exportation sur le marché européen, dit hostile au made in Africa. Réalité ou fiction ?

Par Dounia ben Mohamed 

C’est une première. La Tunisie est venue « en force » au Parc des expositions à Villepinte, dans le nord de Paris, où se tenait du 21 au 25 octobre l’édition 2018 le Salon international de l’alimentation (Sial). L’événement du « fooding » international où il faut être pour se positionner sur le marché international, européen notamment. Installée sur un pavillon de 700 m2, la Tunisie aura pour l’occasion mis le paquet, forte d’une délégation de 50 entreprises. Avec visuels publicitaires dès le hall de l’entrée principale du salon, ainsi que dans les différents espaces du Parc dans le but de drainer le maximum de visiteurs sur son pavillon du made in Tunisia. En exposition, les produits phares tels que l’huile d’olive et la très célèbre harissa, mais également les dattes, diverses confiseries et chocolateries et toutes sortes de produits en conserve.

« Nous sommes ici pour accompagner une cinquantaine d’entreprises tunisiennes de l’agro-business. Ce salon est une opportunité pour nous de promouvoir nos entreprises, explique Lassaad Ben Jemaa directeur du pavillon Tunisie au Sial 2018 et directeur des manifestations commerciales au sein du Centre de promotion des exportations (Cepex) tunisien. Après avoir rappelé la participation de la Tunisie à différents salons similaires dans le monde, il souligne : « La Tunisie se positionne très bien en Europe, on commence à pénétrer d’autres marchés : l’Afrique, les USA et quelques pays d’Asie et du Golfe. Le secteur de l’agro-business étant très important pour nous, il représente 10 à 12% de nos exportations, et nous souhaitons augmenter ses parts de marché à l’extérieur ». A travers ce type de manifestations entre autres.

« Le Sial, qui est un très grand marché, est pour nous l’occasion de promouvoir nos entreprises et nos produits en Europe. »

Ils n’étaient pas les seuls. Leurs homologues d’Afrique du Nord, les Marocains étaient également présents, et plus que visibles sur le salon. Ainsi que les Sud-Africains, leaders incontestés du secteur sur le continent, des habitués du SIAL. « L’Afrique du Sud est en effet de retour au Sial 2018 avec 38 entreprises. Avec tous types de marchandises y compris les produits phares, dont les fruits secs, la viande d’autruche et le thé rouge. Notre pays étant très connu pour ces trois productions » rappelle Mustapha Adams, responsable marketing au sein de l’ambassade d’Afrique du Sud en France. Or si son pays est déjà bien implanté sur le marché européen, cette année, la mission de la délégation qu’il accompagne était double : conforter et diversifier. « Nous avons de grandes sociétés sud-africaines qui existent depuis des siècles et qui sont déjà exportatrices. Mais aujourd’hui on essaie de pousser de plus en plus d’entreprises vers l’international. Le Sial, qui est un très grand marché, est pour nous l’occasion de promouvoir nos entreprises et nos produits en Europe. Notre premier marché en termes d’exportations. Avec des échanges commerciaux historiques avec l’Allemagne, la Belgique ou encore la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, il s’agit pour nous de conforter ce positionnement et de l’élargir aux autres pays de l’espace Schengen. Le marché d’Europe de l’Est entre autres. »

« Nous invitons nos sociétés à s’adapter non seulement aux standards européens mais également internationaux »

Un marché européen réputé très difficile d’accès, notamment pour les produits originaires d’Afrique, en raison de l’existence de nombreuses normes et ce, même si 16 pays africains ont signé les accords de partenariat économique (APE), ces fameux accords commerciaux visant à développer le libre-échange entre l’Union européenne et les pays de l’ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), dits en faveur de l’Europe plus que de l’Afrique… « Nous n’avons aucune difficulté à exporter vers l’Europe, assure Mustapha Adams. Même si la réglementation est très importante, nous avons des structures telle que la South African Bureau of Standing où chaque société sud-africaine a obligation de se rendre pour vérifier qu’elle réponde aux normes européennes. Ceci dit, nous invitons nos sociétés à s’adapter non seulement aux standards européens mais également internationaux. Et chaque société présente au SIAL est capable d’exporter dans le monde entier. »

« Tanti est une marque très connue en Afrique mais aujourd’hui nous sommes en quête de nouveaux marchés, au-delà du continent. »

Pénétrer le marché international, en commençant par l’Europe, c’est aussi le dessein de Joëlle. Cette jeune Camerounaise est venue représenter la marque Tanti au SIAL. « C’est une marque entièrement camerounaise, spécialisée dans la bouillie infantile avec également une gamme de produits pour adulte, et une autre de snacks, indique-t-elle. On est là pour valoriser le savoir-faire camerounais et promouvoir nos produits afin de trouver des distributeurs pour exporter vers la France ou au-delà. Pour l’instant, on travaille avec nos voisins, Tanti est une marque très connue en Afrique, mais aujourd’hui nous sommes en quête de nouveaux marchés au-delà du continent. » Et il semble que les échanges effectués au cours du salon sont prometteurs. « On a rencontré des personnes de différents pays. De Chine, des USA, d’Europe. C’était très intéressant sur le plan business. Des liens devraient se créer. »

« Il est vrai que le Cameroun a signé les Accords de partenariats économiques (APE) avec l’Europe, mais ce n’est pas tout.

Il faut que nos entreprises puissent répondre aux normes européennes »

Car la société a bénéficié d’un accompagnement du Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN) camerounais. Un établissement public dont la vocation est précisément d’armer les industries camerounaises pour la conquête du marché européen. « Nous assistons au Sial pour la troisième fois mais c’est la première édition où nous disposons d’un stand, souligne Chantal Elombat Mbedey, directrice du BMN. Nous sommes venus avec cinq entrepreneurs que nous accompagnons pour faciliter leur accès au marché européen. » Des entreprises dans le café, les pâtes alimentaires, la biscuiterie, l’arachide, … sans oublier le fameux poindre / c quoi ? c poivre non ? de Penja, mondialement connu. « Il est vrai que le Cameroun a signé les Accords de partenariats économiques (APE) avec l’Europe, mais ce n’est pas tout. Il faut que nos entreprises puissent répondre aux normes européennes. C’est pourquoi nous les amenons sur le terrain européen pour qu’ils apprennent des autres qui ont déjà trouvé un espace sur le marché européen. Nos entreprises ont besoin de se familiariser avec les bonnes pratiques de fabrication et doivent se conformer aux normes de certification exigées sur l’espace européen et notre bureau accompagne dans ce sens. Les entreprises présentes sur ce salon sont toutes certifiées et peuvent donc exporter à l’international, pas seulement en Europe. » L’Europe n’étant qu’une étape vers le marché mondial de l’alimentaire.


 

Par Dounia ben Mohamed