ActualitéArchives

Agro-alimentaire Le « Made in Cameroon » cherche sa voie

Le marché camerounais est dominé par les produits de consommation importés, mais de jeunes entrepreneurs tentent d’inverser la donne. Reportage à la Foire Internationale des Affaires et du Cameroun (FIAC).

Par Didier Ndengue, à Douala  

Dans son stand à la Foire Internationale des Affaires et du Cameroun (FIAC) qui a ouvert ses portes le 24 mars dernier à Douala, on retrouve plusieurs produits fabriqués à base de champignon. Des bouteilles de jus, du savon, des semences, de la bouillie, du thé, des épices, des brochettes de champignon etc. Des produits rares qu’on voit difficilement dans les supermarchés de la capitale économique camerounaise.  « Tous ces produits ont des valeurs nutritives et médicales », nous apprend Romeo Song Musong. Agé d’une trentaine d’années, le jeune promoteur, qui participe à la première édition de la FIAC, rêve de ravitailler tous ses concitoyens en fruits de champignon. Mais la bataille est loin d’être remportée avec seulement 180 kilogrammes de champignon secs produits par mois.

Toutefois, le coordonateur du centre de recherche « Muptarec », basé à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun ne se décourage pas. Avec sa petite équipe, ils ont ouvert plusieurs représentations dans presque toutes les régions du pays pour atteindre leurs objectifs. Aujourd’hui, la capacité de production de leur centre leur permet déjà de réaliser des ventes « en gros et en détail ».

Diane Mbatsogo de son coté, multiplie des stratégies pour couvrir le territoire national avec ses chocolats, poudre et beurre de cacao cru. Basée dans la région du centre, la promotrice de la Pme Tara s’est lancée dans ce business depuis trois ans. Mais Paul Awong a été embauché dans cette structure il y a quelques mois seulement. Il excelle dans le département transformation. Le jeune homme nous informe que les  secrets de leurs produits reposent dans les valeurs diététiques qu’ils garantissent aux consommateurs. « On fait dans le chocolat cru, qui n’est pas tonifié. Nous achetons le cacao chez les planteurs dans plusieurs villages qu’on sèche au soleil. On finit de concasser le cacao, qu’on passe directement à la machine à écraser. On extrait d’abord l’huile…Il y a un département qui fait des chocolats », livre le technicien.

La PME fabrique environ 5000 plaquettes de chocolat cru de plusieurs parfums chaque mois, qu’elle met sur le marché national. « On a beaucoup de demandes à l’extérieur. Sur le plan national, on n’a pas réellement de challengers, car notre chocolat est diététique, ce qui veut dire qu’on se nourrit tout en se soignant et en prévenant plusieurs maladies», se félicite Diane Mbatsogo.

Manque d’appui financier

Dans le circuit depuis 2003, le producteur de champignon, Romeo Song Musong, peine à décoller réellement pour des raisons financières. « On ne réalise pas encore un grand chiffre d’affaire. Ce que nous produisons actuellement nous met juste à l’abri de la famine ». Pour agrandir ses champs de champignon et exporter, le centre manque de moyens pour se déployer à une échelle nationale et internationale. « Nous avons des difficultés d’équipement, pour transformer et exporter. Il y a aussi la certification qui nous manque. Les procédures de certification sont trop compliquées et l’Agence nationale des normes (Anor) ne nous aide pas », déplore Romeo Song Musong.

Même son de cloche chez Tata, le fabricant du chocolat 100% camerounais. « Nous existons depuis trois ans, mais nous faisons moins de 12 millions de chiffre d’affaires. On rencontre des problèmes de financement auprès des banques », regrette sa promotrice.

Depuis quelques années, le gouvernement camerounais compte sur le secteur agro-industriel pour diversifier son économie. Mais pour vendre sur le marché national et international, les structures agro-alimentaires devront s’arrimer aux standards exigés les structures compétentes. Au Cameroun, le premier Centre technique agro-alimentaire (CTA), inaugurée l’année dernière à Douala par Louis Paul Motaze, ancien ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) va bientôt se doter d’un laboratoire d’analyse.  « Si jamais un produit ne respecte pas un certain nombre de standards, le centre va approcher le ministère du Commerce pour lui demander de retirer ce produit de la circulation, s’il est un danger pour le consommateur camerounais », mette en garde Francis Nlate, responsable formation et information du CTA.


 

Didier Ndengue, à Douala