Black farmer with digital tablet in crop field
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Agriculture “L’impact du digital existe mais limité par des éléments exogènes”

Alors que la guerre en Ukraine menace d’une crise alimentaire sans précédent, le recours à l’agritech s’accélère sur le continent. Même si la Tech à elle seule ne suffira jamais à nourrir le continent. 

Par Mérième Alaoui, à Paris

“Au fil des années, nous avons bien sur constaté tout l’enthousiasme autour de la Tech, du metaverse, de l’utilisation de drones etc.. Mais on oublie que l’Afrique est dans son écrasante majorité rurale ! Bien loin de ces préoccupations digitales, l’Africain a besoin avant tout de se nourrir et de défendre son environnement” explique Ammin Youssouf co-fondateur d’Afrobytes. Pour son grand retour le 14 juin au Medef à Paris, le salon a fait sa mue. Avec le thème “Les nouvelles frontières de l’agriculture africaine innovante et durable”, les organisateurs souhaitent désormais se concentrer sur la ruralité. Une question riche alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour alerter sur les risques d’une crise alimentaire. “Pourtant, nous avions décidé de ce sujet bien avant la guerre en Ukraine ! Peut-être que j’ai eu le nez creux?” poursuit-il.

Alors que le le monde avait oublié que l’Ukraine était l’un des principaux exportateurs de blé et de maïs au monde, il s’agit de trouver des solutions alternatives. L’Afrique saisira-t-elle cette occasion de l’histoire pour enfin aller vers l’autosuffisance ? Voire plus ? Comme souvent pour le continent, sur le papier la situation est idéale. “Nous avons 60% des terres arables du monde, du soleil, de la pluie…Si l’Afrique le décide vraiment, elle peut même nourrir le monde ! Il faut savoir qu’on peut faire pousser du blé en trois mois” s’enthousiasme Charlotte Libog, entrepreneuse agricole qui a créé le Think Tank, Afrique grenier du monde.  Pour celle qui défend de véritables mesures structurelles en faveur du secteur, le meilleur exemple reste le Rwanda. “Leur politique digitale n’est performante que grâce à leurs bonnes infrastructures et la bonne gouvernance » précise-t-elle. 

« Ce qui manque à l’Afrique c’est l’ambition. On a la pluie, la terre, on a tout ce qu’il faut, sauf l’ambition de nourrir les autre »

Présentant son bilan a la tête du ministère de l’économie numérique de Côte d’Ivoire, qu’il a quitté en avril dernier, Roger Adom reste optimiste. “Ce qui manque à l’Afrique c’est l’ambition. On a la pluie, la terre, on a tout ce qu’il faut, sauf l’ambition de nourrir les autres. Nous sommes trop dans l’auto-suffisance alors que nous pourrions devenir les maîtres de l’agriculture de demain. Avant le 24 février et la guerre, nous n’étions pas conscients de l’impact  de l’Ukraine dans nos vies, aujourd’hui tout le monde y pense” assure l’invité d’honneur d’Afrobytes. 

“Il faut rappeler une évidence, il n’y pas de développement possible, ou que ce soit, si les gens ont faim. Sinon, on risque des émeutes, de la corruption…  Et il n’y a pas d’agriculture possible sans routes, sans logistique, sans accès à l’eau… Sans tout cela, pas de révolution digitale. Je reste très optimiste sur les possibilités de la Tech mais sans être béa” répète Ammin Youssouf. 

Pour lui, l’aspect positif reste la formation des jeunes. “De plus en plus de gens formés à l’étranger notamment, reviennent avec des connaissances diverses et variées sur l’agronomie. Aujourd’hui, le nombre de marques africaines de food ou de cosmétique est important. Nous sommes dans un processus de transformation”. Mais cela doit aller encore plus loin avec la présence de laboratoires de recherche en Afrique. Mais s’ils sont rares, des cas très encourageants existent comme la ferme aquacole Aquapesca au Mozambique. Sur l’exemple israelien, la société familiale d’élevage de crevettes a investi dans la biotechnologie. 

“ Faire confiance aux femmes et aux jeunes”

“La production de nos pays est assurée à 80 % par des petits producteurs qui n’ont pas accès à la formation ni au foncier. C’est pourtant vers ces gens là que les investisseurs internationaux doivent se tourner. Le risque, c’est que ces jeunes qui ont créé leur start up sur la collecte de data et autres innovations, s’essoufflent au bout de trois, quatre ans et abandonnent” analyse Charlotte Libog, qui n’est pas tendre à l’endroit des principales gouvernances des pays d’Afrique de l’ouest. 

Pour la militante, il faut davantage faire confiance à la jeunesse et aux femmes qui voient souvent plus loin. “Si je dresse un bilan de terrain, il y a une proportion importante de jeunes Africains dont beaucoup de femmes, avec des conceptions de solutions agro-digitales innovantes. Ils ont cette belle mission d’aller chercher des partenariats avec la paysannerie. Mais on a constaté que la population locale avait encore une logique de subsistance quotidienne, sans imaginer créer de la richesse. Incontestablement 

plus de 90% du potentiel agro-digital est inexploité”. Présentes au Salon, les deux fondatrices de Fresh Africa, sont un bel exemple de mise en relation entre la Tech et les producteurs locaux. 

Faciliter la communication entre le monde de la Tech et ceux de la terre reste encore une belle mission à mener pour Afrobytes. Un rôle d’autant plus affirmé que les organisateurs assument leur côté expertise et business en créant à leur tour la marque de cosmétique The Colors, qui sera au cœur d’un salon dédié, annoncé pour fin janvier 2023.

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