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Agriculture Le pari osé du Togo

Longtemps considéré comme le grenier céréalier de la sous-région ouest africaine au début des années 80, le Togo a subi de plein fouet les sanctions économiques de l’Union européenne en 2002 suite à une crise politique, ce qui a ralenti le secteur de l’agriculture. Aujourd’hui, les autorités du pays misent tout sur ce secteur vital pour l’économie nationale.

 

Par Blamé Ekoué

 

Le Togo s’est résolument engagé à développer le secteur de l’agriculture depuis une décennie afin d’en faire un véritable moteur de son économie, avec à la clé la validation en décembre 2017 du Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN). Ce plan qui couvre la période 2017-2026, prend la relève du Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire exécuté(PNIASA) entre 2012-2017. Et pour cause, le secteur emploie environ 70% de la population active et génère environ 35% du PIB du pays. Une dizaine de projets menés jusqu’alors, notamment le Projet d’appui au développement agricole au Togo, le Projet d’appui au secteur agricole et Programme de productivité agricole en Afrique de l’ouest ont permis au pays de refaire le chemin perdu. Mais les autorités togolaises n’entendent pas rester sur ces acquis. Désormais, le Togo vient de mettre la barre très haut pour le prochain quinquennat du président Faure Essozimna Gnassingbé qui promet de mettre son nouveau mandat sous le sceau «de la transformation agricole».

«Des efforts considérables ont été consentis dans le domaine de l’agriculture au Togo ces dernières années. D’une moyenne de 7,1% de dépenses publiques, l’engagement de l’Etat a induit une croissance agricole moyenne  de 5,98% par an depuis 2010 à 2017, ce qui rapproche de la cible de 6% fixée dans le programme détaillé de développement agricole en Afrique (PDDAA). Désormais, il va falloir poursuivre la structuration et le développement des chaînes de valeur», a fait remarquer en février dernier le chef de l’Etat togolais lors d’un échange avec les producteurs en prélude aux joutes électorales.

 

« Amener les jeunes togolais à entreprendre dans l’agrobusiness»

 

Pour parvenir à relever le défi de la transformation agricole inscrit dans l’axe 2 du Plan national de développement (PND) lancé en mars 2018 et couvrant la période 2018-2022, il va falloir susciter l’entrepreneuriat agricole auprès de la jeunesse du pays. C’est dans cette optique que plusieurs actions sont menées depuis quelques mois, avec pour objectif principal de stimuler la création de 2000 entreprises agricoles à l’horizon 2022.

Pour  Koutéra Noël Bataka, ministre de l’Agriculture, de la Production animale et Halieutique, cette nouvelle approche vise à mobiliser des milliers de jeunes désireux de faire de l’entrepreneuriat agricole. «Nous allons maintenant tous ensemble amorcer le chemin du développement de nos exploitations familiales en entreprises. Nous allons amener les jeunes togolais à entreprendre dans l’agrobusiness»,a souligné le ministre. Ces actions ont permis d’enregistrer un fort taux de création d’entreprises agricoles en 2019. Selon Noël Bataka, 30 000 coopératives agricoles ainsi que 300 fermes avicoles ont été créées en 2019.

 

De nouveaux financements envisagés pour le secteur

 

Si le Togo semble réussir le pari quantitatif en invitant des milliers de jeunes entrepreneurs agricoles à épouser la vision de la transformation structurelle du secteur, il a encore beaucoup à faire quant au financement du secteur. Bien que le PIB agricole soit passé de 640,6 milliards FCFA en 2010 à 1 354,4 milliards FCFA en 2019, soit 40% de l’économie togolaise, le secteur continue de souffrir de manque de financements. Face à ce constat, les autorités ont mis en place depuis juin 2018 le Mécanisme innovant et incitatif de finance agricole fondé sur le partage des risques (MIFA SA) qui vise à faciliter, entre autres, l’octroi de prêts à taux bonifié aux acteurs des maillons des différentes chaînes de valeurs agricoles. En 2019, ce mécanisme innovant a permis de mobiliser plus de 8 milliards FCFA de financements en faveur des acteurs agricoles, dépassant ses prévisions initiales de 7 milliards de FCFA.  Ainsi, plus de 76 000 producteurs agricoles, réunis pour la plupart en coopératives, ont reçu des financements pour booster leurs activités de production et de transformation de produits agricoles. Ceci a permis de créer 140 000 emplois directs et indirects. Les autorités intensifient les efforts pour mobiliser davantage de ressources financières pour le secteur à travers un partenariat public-privé. Les différentes performances ont permis au mécanisme de recevoir en février dernier un financement de 7,5 milliards de FCFA des fonds Khalifa Fund pour soutenir le développement des PME/PMI dans le secteur.

« Avec ce financement, 676 petites entreprises bénéficieront d’un financement bancaire de 5 à 12,5 millions FCFA avec la création de 3500 emplois et 163 moyennes entreprises auront des financements compris entre 12,5 millions FCFA et 25 millions, pour générer 1226 emplois », a indiqué d’Aristide Agbossoumonde, patron du Mécanisme.

 

Les perspectives du  secteur

 

Malgré le manque de ressources financières, en raison de la pandémie  Covid-19, les autorités togolaises, à travers ce mécanisme de financement, ambitionnent de mobiliser 50 milliards de FCFA pour la campagne agricole 2020-2021, afin d’engager un autre aspect de la transformation agricole. Il s’agit de la mécanisation et de la promotion du label bio dans le secteur. Le pays qui est devenu en mai 2020 le premier exportateur en Afrique de l’ouest et 2esur le continent de produits bio en direction de l’Union européenne, entend tirer profit de cette nouvelle tendance à la hausse de la consommation des produits bio dans le monde. D’autres actions d’envergure sont également prévues d’ici 2022 pour booster le secteur et accroitre sa contribution à la croissance économique du pays. Il s’agit de la création d’une bourse de matières agricoles de référence, la réhabilitation de 5000 km de pistes rurales pour désenclaver les zones de production agricole, l’aménagement de 500 000 hectares de terres dont 10 000 ha de périmètres équipés en kits de micro-irrigation, la formation et l’organisation de 50 000 femmes dans les opérations de logistiques de commercialisation des produits agricoles, la construction de 400 bassins de rétention d’eau ainsi que la création d’une carte de fertilisation de tous les sols du pays. Selon les prévisions, le Togo aspire à réduire le déficit de la balance commerciale agricole de -44% à -33% d’ici les deux prochaines années.

 

Nécessité du choix des filiales qui doivent porter le processus

 

Plusieurs acteurs du secteur estiment qu’il faut retravailler sur la stratégie afin d’augmenter l’attractivité du secteur. Ainsi, selon Jean Alowonou, agroéconomiste, le choix qu’a opéré le Togo peut être aussi contreproductif si une politique d’aménagement de filiales n’est pas mise en place. « On pourra développer le secteur de l’agriculture sur tous les plans. Mais il va falloir bien choisir les filiales qui doivent porter tout le processus de la transformation agricole. Par exemple, la Côte d’Ivoire a fait le choix de la filière café-cacao. Le Togo pourra aussi faire de même et non se propulser dans l’avenir avec toutes les filières à la fois. Car c’est un choix risqué», a-t-il averti.

 

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