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Interview Chawki Jaballi « Les opportunités de la ZLECAf pour la Tunisie seront nombreuses »

La Tunisie, riche d’une économie diversifiée a signé des traités et intégré le Comesa, a tenté de commercer davantage avec la Cedeao ou la CEAC, en vain. Aujourd’hui, membre de la ZLECAf, elle envisage de quintupler ses échanges avec le reste du continent, jusque là plafonner à moins de 2,5% du total. En amont, surtout un accompagnement étatique, mais aussi la volonté des opérateurs de conquérir de nouveaux débouchés dans cette zone de 1,2 milliard de consommateurs. Chawki  Jaballi, Directeur de la coopération avec les pays africains et l’Union Africaine, au ministère du Commerce et du Développement des Exportations, défend tout ceci, entre autres, dans cet entretien. 

 

Chawki  Jaballi, Directeur de la coopération avec les pays africains et l’Union Africaine, au ministère du Commerce et du Développement des Exportations

 

Avant de parler des défis, les opportunités pour la plateforme tunisienne ?

Les opportunités de la ZLECAf pour la Tunisie seront nombreuses. En effet, dans une étude d’évaluation de l’impact potentiel de cette nouvelle zone sur les pays africains, la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA) estime que la région de l’Afrique du Nord et en particulier la Tunisie seraient parmi les zones qui auront à tirer le mieux profit de cet accord. Le taux de croissance moyen du commerce intra-africain pour la région de l’Afrique du nord serait de 25% alors que cette moyenne ne serait que de 20% au niveau continental.

Pour la Tunisie, on prévoit une augmentation des exportations vers l’Afrique allant de 26% à 54% c’est-à-dire le taux le plus important par rapport aux autres pays de la région (Egypte : entre 21% et 30% ; Maroc : entre 33% et40% ; Algérie et Lybie : entre 8% et 11%).

Au niveau sectoriel, il est estimé une croissance des exportations industrielles de 74% soit plus que le taux prévu pour toute l’Afrique qui serait de 66%. Les exportations agricoles et celles de l’énergie seraient respectivement de 21% et de 5%.

D’un autre côté, L’impact de la libéralisation du commerce des biens sur les recettes douanières serait de 9% au niveau continental mais seulement de 2.5% pour l’Afrique du Nord.

Toutefois, on reste prudent parce que le côté pratique est toujours préoccupant. Il n’est pas toujours évident de mettre en œuvre les engagements contractés. Ceci dit, je reste optimiste parce que si on regarde la période de négociation n’aura finalement pas été si longue. Elle a débuté en 2016, puis on s’est retrouvé en 2018 à Kigali avec 44 signatures, et finalement deux ans après, elle entre en vigueur…. D’autant plus que le commerce a commencé cette année. Il y a toujours des difficultés techniques de mise en œuvre, une douzaine de pays ont préparé leur offre tarifaire, mais ils restent des points techniques à régler, s’ajoutent les questions de mobilité engendrées par la pandémie, même si au niveau politique on est beaucoup plus avancé. Les gouvernements nous poussent vers l’avancement sur ce dossier il n’en demeure pas moins qu’ils restent des difficultés techniques à finaliser.

 

Concrètement, où en est la Tunisie en termes d’adhésion à la ZLECAf ? La Tunisie est prête à échanger avec ses pairs du continent ?

Sur le plan juridique, la Tunisie participe activement aux négociations de la ZLECAf depuis leur lancement officiel en 2016. Elle a été parmi les 44 premiers pays signataires de l’accord portant création de la ZLECAf à l’occasion du sommet extraordinaire de l’Union Africaine qui s’est tenu à Kigali le 21 mars 2018. L’accord a été ratifié par l’ARP le 22 juillet 2020 et l’instrument de ratification a été déposé auprès de la Commission de l’Union Africaine le 27 novembre 2020 rendant la Tunisie officiellement le 31ème Etat Partie à la ZLECAf.

Sur le plan technique, le processus de finalisation de l’offre tarifaire touche à sa fin avec la préparation des trois listes de produits selon les modalités de libéralisation convenues lors des négociations à savoir la liste des produits non sensibles (90% des lignes tarifaires) ; la liste des produits sensibles (7% des lignes tarifaires) ; et la liste des produits exclus (3% des lignes tarifaires).

La méthodologie adoptée se base sur l’implication de toutes les parties prenantes des secteurs public et privé. Elle consiste, en premier lieu, à proposer des projets de listes pour les produits industriels, agricoles et les produits de l’artisanat sous la supervision des Ministères de l’Industrie, de l’Agriculture et du Tourisme et en concertation avec les professions. Ensuite, une opération d’affinage permettrait d’harmoniser les listes en fonction des seuils préétablis. La liste des produits non sensibles, devrait être notifiée à l’Union Africaine une fois validée par le Gouvernement après consultation des organisations professionnelles.

Pour la libéralisation du commerce des services, un groupe de travail a été établis pour mener la préparation de l’offre nationale. Ce groupe a bénéficié d’un certain nombre de programmes de renforcement de capacités sur l’approche de préparation des offres et demandes et devrait pouvoir finaliser les offres prochainement. Mais derrière les défis, on crée les opportunités.

 

Vous l’avez dit, la Tunisie dispose d’une certaine expertise dans le domaine des services. Un vivier de compétence également qui fait défaut au continent. Pourquoi le commerce avec l’Afrique n’est pas si développé ?

 

Les problèmes sont liés à l’infrastructure, les BNT, les visas et la mobilité des hommes d’Affaires. J’ajouterai aussi la question de financement et de l’assurance des exportations … Ensuite, si une entreprise tunisienne n’arrive pas à bénéficier des mesures d’accompagnement, même avec la ZLECAf elle ne va pas se développer, pas seulement sur l’élimination des barrières tarifaires

 

Si l’on prend l’exemple du COMESA. Après l’adhésion, il a été remarqué une croissance positive des exportations vers les pays du COMESA, par rapport à la tendance générale de baisse des échanges globaux, malgré les effets de la Covid. Même si cela est encore prématuré, c’est un aspect positif, mais relativement faible parce que des problèmes persistent.
Plus généralement, l’objectif est de porter le volume des échanges avec l’Afrique à 10 % de l’ensemble des échanges extérieurs, contre à peine 2,4%.

 

Les entreprises tunisiennes sont-elles prêtes ?

 

Je pense qu’au niveau des entreprises tunisiennes, celles qui exportent vers l’Europe, vers l’Afrique, auront moins de contraintes compte tenu de la ZLECAf, notamment en termes de normes à l’entrée ou de mesures tarifaires. En revanche, c’est au niveau de leur préparation interne que du travail doit être fait. L’accent devra être mis sur leur aptitude à exporter, à commercer… Ce ne sont pas des contraintes concurrentielles majeures avec les autres pays africains. Comparativement aux autres pays africains, la Tunisie affiche une économie diversifiée. Il n’y a pas beaucoup à craindre de la part des entreprises tunisiennes. Les difficultés sont à trouver dans leur perception interne, la volonté d’aller vers ces marchés, de conquérir de nouveaux débouchés. Il faudra être plus flexible.

 

En général, je pense que la dynamique de coopération de la Tunisie avec l’UA s’est accélérée sur la période 2015, 2016, avec notamment l’adhésion à la Comesa. Aujourd’hui, nous sommes membres à part entière de la ZLECAf. On a essayé d’approcher la CEDEAO, la CEAC aussi. C’est une dynamique qui est très apparente ces derniers temps, même si les résultats sur le terrain ne sont pas au niveau escompté, mais comparativement au passé, on est bien placé pour bénéficier pleinement d’une coopération tuniso-africaine mutuellement dynamique. L’avenir est là ! Une stratégie globale, qui intègre les questions de l’accompagnement financier, la logistique, le Branding, les visas, la mobilité des hommes … s’impose !

 

 

 

 

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