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Afrikamera Zoom sur la région des Grands Lacs

Alors que les salles de cinémas ont disparu dans la plupart des capitales africaines et que les productions continentales souffrent de problème de distribution, de financement, et autre, un festival met à l’honneur, depuis 2007, le cinéma africain. Afrikamera, dont la huitième édition démarre le 10 novembre à Berlin. Coup de projecteur sur une initiative portée par un cinéphile originaire du pays du Fespaco, Alex Moussa Sawadogo, directeur du festival.

Le 10 novembre prochain s’ouvre dans la capitale allemande la huitième édition d’Afrikamera, un festival de cinéma panafricain créé par un jeune Burkinabé de la diaspora, Alex Moussa Sawadogo, dans la lignée du Fespaco. « Initié en 2007, Afrikamera est une plateforme de présentation, de discussion et de rencontre autour des cinémas contemporains d´Afrique à Berlin, explique le directeur du festival. Devenu incontournable sur la scène culturelle berlinoise, Afrikamera palie à la faible présence des nouvelles cinématographiques africaines en Allemagne. »

 

Grands Lacs : Une nouvelles génération de cinéastes post-conflits

 

Organisé par Toucouleur, une association berlinoise qui réunit des managers culturels allemands et africains engagés dans le dialogue interculturel entre l’Afrique et l’Allemagne, l’édition 2015 est consacrée à la région des Grands Lacs. « Le festival veut mettre en lumière aussi bien les productions cinématographiques du Rwanda, Burundi, RDC et des jeunes réalisateurs et producteurs de la région. » Une manière de porter un autre regard, celui de ses cinéastes, sur cette région d’Afrique centrale, tristement connus pour ses conflits. «  La période post-génocide considérée comme celle de la reconstruction, a vu un apport important de l ́image. Elle fait partie de la reconstruction, ou plutôt de la construction de la société́. C ́est aussi le langage de la jeune génération, qui a grandi avec la révolution numérique et l ́utilise pour vouloir comprendre, témoigner, assumer le génocide et pardonner. Le cinéma devient ainsi pour cette jeune génération une prise de conscience de la réalisation de leur propre image, leur identité́ et la sauvegarde et la transmission de leur mémoire. »

 

L’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs tels que Eric Kabera, Joel Karekezi, Kivu Ruhorahoza au Rwanda, Joseph Ndayisenga, Justine Bitagoye au Burundi, et Dieudo Hamadi et Frank Mweze en RDC qui ont même participé à la création de festivals dans leurs pays respectifs, dont le FESTICAB (Festival International du Cinéma et de l’Audiovisuel du Burundi), le Rwanda International Filmfestival (RFF) et le FESTBUK (RDC). « Ces festivals loin d ́être seulement des espaces de diffusion, deviennent aussi des occasions de rencontres artistiques entre les créateurs de la région, du continent, de l ́Occident. » Ce qui est la vocation d’Afrikamera : un laboratoire d ́échange d ́expérience et de formation sur la gestion des festivals et la production cinématographique entre l ́Allemagne et l’Afrique.   

 

Des fictions empruntes de réalité et des documentaires

 

Parmi les programmations, le film d’ouverture, L’œil du cyclone, le dernier film de Sekou Traoré (Burkina Faso/France), basé sur une pièce de théâtre, met en scène une avocate idéaliste (Mouna N’Diaye) qui prend en charge la défense d’un présumé́ chef des rebelles (Fargass Assandé).  Dans Congo In Four Acts, (RDC/Afrique du Sud 2010.) trois jeunes cinéastes congolais tracent une image complexe de leur patrie. 100 DAYS (Rwanda/GB 2001) de Nick Hughes est le premier long métrage rwandais qui aborde le génocide des Tutsis en 1994. Des fictions empruntes de réalités, mais des documentaires également figurent à l’affiche, comme L’homme qui répare les femmes de Thierry Michel (RDC/Belgique 2015) qui trace le portrait du gynécologue congolais Dr. Mukwege distingué par le Prix Sakharov qui se bat afin de redonner une dignité́ aux milliers de victimes de viol dans la guerre du Congo.

 

« L´insurrection au Burkina Faso ne doit pas juste servir à chasser Blaise Compaoré, c’est une belle occasion pour changer le système aussi bien politique, économique, social que culturel. »

 

Au cru 2015 également, actualité oblige, les évènements qui ont conduit au départ de Blaise Compaoré au Burkina. A travers un documentaire notamment, « Une révolution africaine. Les dix jours qui ont fait chuter Blaise Compaoré », signé Boubacar Sangaré et Gidéon Vink (Burkina Faso 2015) qui  retrace les évènements dramatiques en Octobre 2014 et donne la parole aux organisateurs et acteurs des protestations. Des évènements qui n’ont manqué de susciter l’intérêt du directeur du festival, originaire du Burkina, un pays qui tous les deux ans met en lumière le cinéma africain à travers le Fespaco. Un événement qui doit également connaître sa révolution selon Alex Moussa Sawodogo. « L´insurrection au Burkina Faso ne doit pas juste servir à chasser Blaise Compaoré, c’est une belle occasion pour changer le système aussi bien politique, économique, social que culturel. Donc une soupape pour réorganiser aussi bien la structure, la gestion et le contenu artistique du Fespaco qui est  agonisant. »

 

Le festival se clôture par RUN (Côte-d’Ivoire/France 2014) de Philippe Lacôte, tourné après le documentaire « Chroniques d’une guerre en Côté d’Ivoire », est une des rares fictions qui traite de la crise ivoirienne. Un jeune homme a tué le ministre-président de son pays. Simulant un handicap mental, il est en fuite, de ses poursuivants et de lui-même et ses rêves et souvenirs. RUN est désigné comme meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2016. Le directeur sera présent lors de la projection. Parmi d’autres.

Le programme: www.afrikamera.de


 

Par DBM

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