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Africa 2016 La France à la reconquête du continent

« La plus grande conférence sur l’Afrique organisée en France » selon ses participants, Africa 2016, organisée à Paris les 22 et 23 septembre, a tenu ses promesses : réunir plus de 2000 acteurs publics mais surtout privés, français et africains, pour renouveler le partenariat franco-africain. En attendant, la nouvelle stratégie économique française, une autre des promesses d’AfricaFrance, reste à définir.

Dès l’ouverture,  Patrick Bernasconi, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), « l’assemblée des forces vives de ce pays », hôte de la manifestation, en définit l’enjeu. Africa 2016, qui s’est tenue les 22 et 23 septembre, dans les murs du Cese donc, à Paris, est « la plus grande conférence française jamais organisée sur l’Afrique ». De fait, évènement majeur de la rentrée de la sphère franco-africaine, elle aura réuni plus de 2300 participants_avec un ticket d’entrée à 750 euro tout de même_, signe de l’intérêt suscité par la conférence. Par la fondation qui la porte surtout, Africa France. Née des engagements du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique de 2013, opérationnelle depuis décembre 2015, elle a vocation à renouveler le partenariat franco-africain, en lui donnant une orientation plus économique notamment. Bilan des courses ? « Depuis 2012, la diplomatie française est à pied d’œuvre en Afrique, assure Mathias Fekl, Secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur français. Si l’on regarde les chiffres, les choses sont éloquentes : les investissements français sur le continent ont été multipliés par sept. L’an dernier un tiers de sociétés françaises ont exportées vers l’Afrique. Les échanges entre l’Afrique et la France ont augmenté de 4%. » Preuve de ce « nouveau départ » selon lui, « le Cese joue aujourd’hui à guichet ferme, avec plus de 2300 participants dont 500 entreprises africaines. » Et de conclure : « Nous souhaitons un partenariat d’égal à égal avec nos partenaires en Afrique comme dans le monde. » Rappelant au passage que la France est le premier pays au monde à accueillir les étudiants africains.

 

« L’Afrique est une chance pour la France et l’Europe. »

 

Certes, mais cet effet de rattrapage _ la France ayant perdu 50% de part de marché en Afrique au cours de la décennie 2000-2010_ n’est pas sans cacher la réalité. La France est plus que jamais en compétition sur le continent. Y compris dans ce qui n’est plus son pré carré. A titre d’exemple, le premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire n’est plus la France mais le Maroc. D’où cette initiative destinée à retrouver son positionnement, à l’élargir même à l’Afrique anglophone, en jouant à fond la carte du partenariat. Ce qui nécessite un changement d’approche ainsi que l’exprimera Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. « Cette conférence a pour terme non pas les problèmes de l’Afrique même s’ils existent, mais les opportunités qu’elle offre et que nous Européens, Français ne prenons pas suffisamment en considération. L’Afrique est une chance pour la France et l’Europe. »  Et de souligner ces « taux de croissance exceptionnels que nous envions tous nous Européens ». Avec une population qui doit atteindre les 2 milliards d’âmes d’ici 2050, soit 20% de la population mondiale, l’Afrique est plus que jamais l’avenir de l’Europe, un continent à la démographie vieillissante. « Les Français ont une responsabilité : amener l’Europe à faire de l’Afrique une priorité. » De leur côté les responsables africains sont invités à améliorer le climat des affaires sur le continent, sécuriser les investissements, consolider l’Etat de droit. » Dernier message, mais non des moindres de l’ancienne ministre française : « Les entreprises françaises ne doivent plus considérer l’Afrique comme un pré carré.»

 

« L’Afrique est dramatiquement sous-financé, en dehors de deux pays, le Maroc et l’Afrique du Sud. »

 

Les Français doivent également, poursuivra Lionel Zinsou, co-auteur avec Hubert Védrine du rapport « un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France » signé en 2015, co-président par ailleurs de la Fondation, avoir une autre lecture de l’Afrique. « Il ne faut pas laisser dire que l’Afrique est surendettée. L’Afrique est dramatiquement sous-financée, en dehors de deux pays, le Maroc et l’Afrique du Sud. » Avec une dette souveraine à hauteur de 50% du PIB, l’Afrique est ainsi largement moins endettée que de grandes nations, dont la France et ses 96% de dettes ironisera l’économiste. « On a un besoin massif de l’épargne extérieure. On ne finance pas le logement en Afrique alors que nous vivons la plus grande urbanisation jamais vue dans le monde. Deuxièmement, on n’a pas de crédit à la consommation, troisièmement pas de crédit au fonds de roulement des entreprises. Même si on est un peu mieux financé que pendant les années terribles 80-90 grâce à l’apport des diasporas. »

 

Les diasporas, comme les PME, l’énergie ou encore la formation. Autant de sujets débattus au cours de ces deux journées, préambule au sommet Afrique – France qui réunira les chefs d’États africains et français, à Bamako, en 2017. « Si avec toutes ces rencontres, conclue Elisabeth Guigou, on n’arrive pas à mettre en place un véritable New Deal France-Union Européenne-Afrique… » C’est qu’un nouveau RDV aura été manqué.


 

Dounia Ben Mohamed

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