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Afreximbank « L’accès au financement pour les PME jouerait un rôle clé dans le commerce intra-régional »

Dès 2018 et ses premiers pas, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), institution financière multilatérale panafricaine dont le mandat est de financer et de promouvoir le commerce intra et extra-africain, accompagne le processus de mise en œuvre de la ZLECAf. A travers la création d’un fonds dédié, « MANSA », un référentiel panafricain de diligence raisonnable pour les institutions financières, ou encore le déploiement d’un Système panafricain de paiement et de règlement. Plus largement, à travers un plaidoyer en faveur des entreprises du continent, des PME en particulier, afin qu’elles soient les premières bénéficiaires de l’Accord.

 

« Étant donné que l’accès au financement demeure une contrainte clé pour les opérations des PME en Afrique, la disponibilité de financements durables du commerce est essentielle pour propulser la ZLECAf », soulignait récemment Kanayo Awani, Directrice générale de l’Initiative pour le commerce intra-africain Afreximbank. Rappelant au passage, que « les PME constituent la plus grande proportion de la fibre industrielle du continent, représentant environ 80% des entreprises et employant pas moins de 70% de la main-d’œuvre du continent ».

Kanayo Awani-credit photo Afreximbank

En effet, Afreximbank considère l’affacturage comme un instrument de financement alternatif viable pour soutenir les PME à un moment où les prêts traditionnels des banques commerciales se resserrent, alors que les échanges sont sur le point de commencer dans le cadre de la ZLECAf. Dans ce contexte, la Loi type sur l’affacturage, élaborée et promue depuis 2016 par Afreximbank, est devenue plus pertinente que jamais. 

Augmenter le commerce intra-africain dans le cadre de la reprise post-COVID-19 

Le manque d’accès au financement du commerce a été l’un des facteurs qui ont entravé les échanges commerciaux, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME) sur le continent. De nombreuses entreprises ont encore un accès limité au financement du commerce, principalement en raison des risques et pertes potentiels perçus. 

« Jusqu’à présent, la Banque a fourni des financements à des sociétés d’affacturage émergentes au Cameroun, au Sénégal, au Congo, au Zimbabwe, au Botswana et au Nigéria, tandis que les volumes d’affacturage en Afrique ont augmenté de 10 % au point d’atteindre 24 milliards d’euros en 2019 ». Et d’en conclure : « Étant donné que l’accès au financement reste une contrainte majeure pour les opérations des PME, la disponibilité d’un financement durable du commerce, en particulier pour les PME, restera le lubrifiant clé pour propulser la ZLECAf, le plus grand bloc commercial au monde, vers la réalisation de ses aspirations. »

Pour soutenir les PME qui ne peuvent pas obtenir de financement bancaire traditionnel, Afreximbank propose l’utilisation de transactions en compte ouvert, qui sont moins chères que les lettres de crédit et qui impliquent simplement qu’une entreprise vende ses créances à un tiers, appelé facteur, à un prix réduit.

La Banque soutient la promotion et le développement de l’affacturage depuis plus de 12 ans en accordant des lignes de crédit d’affacturage aux sociétés d’affacturage et aux banques offrant des services d’affacturage, en menant des campagnes d’éducation et de sensibilisation et en plaidant pour un environnement juridique et réglementaire favorable à l’essor de l’affacturage sur le continent, entre autres. « L’Égypte, par exemple, a examiné et promulgué une nouvelle loi sur l’affacturage en 2018 en utilisant la loi type d’Afreximbank sur l’affacturage comme guide et cela a contribué à la forte croissance des activités d’affacturage. »

Un fonds d’une dizaine de milliards de dollars US pour les entreprises africaines

C’est également dans ce sens que l’Institution, qui accompagne le processus de mise en œuvre de la ZLECAf dès ses premiers pas, a mis en place, en février dernier, un fonds d’une dizaine de milliards de dollars US (5 455,147 milliards de Fcfa), pour les entreprises africaines. Logé au Secrétariat de la ZLECAf, il tiendra compte des contributions des États et des financements généraux. « Vers la voie de la transformation…la ZLECAf devrait permettre de bâtir les économies africaines… Afreximbank fera tout pour soutenir le secrétariat de la ZLECAf » a indiqué le président d’ Afreximbank, le professeur Benedict Oramah.

« Une opportunité pour renforcer les capacités des chefs d’entreprises africaines, augmenter la part de l’Afrique au Commerce mondial pour transformer l’économie et accélérer le développement» a commenté Verra Songwe la Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). 

Quelques mois plus tôt, en novembre, Afreximbank lançait un autre outil destiné lui aussi à accompagner les entreprises africaines vers le marché continental, MANSA, le référentiel numérique de diligence raisonnable de l’Afrique. Dédié aux institutions financières, sociétés et PME, Mansa a vocation à répondre au risque perçu de faire des affaires en Afrique et avec les Africains.

« MANSA est une source unique de données primaires requises pour les contrôles de diligence raisonnable des clients (CDD) et de connaissance du client (KYC) sur les entités africaines, y compris les institutions financières, les entreprises et les PME, conformément aux meilleures pratiques, précise la Banque. La plateforme servira également à relever les principaux défis liés au commerce auxquels le continent est confronté, notamment le manque d’informations sur le marché, le coût élevé des affaires en Afrique et la découverte de contreparties africaines. »

La plateforme porte le nom de Mansa Musa, l’empereur de l’empire malien dans les années 1300, qui a été responsable de l’ouverture du commerce à travers l’Afrique et qui est considéré comme la seule personne à avoir jamais contrôlé le flux d’or entre l’Afrique et la Méditerranée.

Dans cette phase initiale de mise en œuvre, MANSA est maintenant ouvert aux entreprises africaines pour intégrer leurs profils d’entreprise au référentiel. Après un processus d’intégration et de validation conforme aux exigences de conformité de la plateforme, les entités africaines verront leurs profils répertoriés et mis à la disposition des utilisateurs du référentiel.

Une étape historique vers l’opérationnalisation du système de paiement

En attendant, autre initiative majeure annoncée, le déploiement du Système panafricain de paiement dont le Conseil d’administration intérimaire s’est tenu le 3 décembre 2020. Développé par Afreximbank, sous les auspices du Secrétariat de la ZLECAf et de l’Union africaine (UA), le PAPSS doit permettre d’effectuer les paiements des échanges et du commerce intra-africains en devises africaines, conformément aux objectifs de la ZLECAf. 

Adopté en juillet 2019 par les chefs d’État de l’Union africaine comme système de paiement et de règlement pour soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf, le PAPSS devrait créer de nouveaux flux financiers et faciliter avec succès le commerce et d’autres activités économiques entre les pays africains.

Afreximbank est l’opérateur et le principal agent de règlement du PAPSS. La Banque fournira une garantie de règlement sur le système de paiement ainsi que des facilités de découvert à tous les agents de règlement.

« Après la signature de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) en mars 2018, Afreximbank est devenu le principal soutien de cette initiative continentale »

« Après la signature de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) en mars 2018, Afreximbank est devenu le principal soutien de cette initiative continentale, rappelait le 13 juin dernier, son président lors du conseil d’administration d’ Afreximbank, qui s’est traduit par sa réélection à un mandat de cinq ans.  Dans le cadre de cet effort, et comme promis lors de ma prise de fonction en septembre 2015, Afreximbank a achevé le développement d’un système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), que l’Union africaine (UA) a adopté en juillet dernier comme système de paiement et de règlement pour soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf. Nous prévoyons que la plateforme commencera à être pilotée dans 6 pays d’ici le quatrième trimestre de cette année et qu’elle sera étendue à d’autres parties du continent peu après. Nous avons également développé un portail d’information commerciale (TIP) qui utilisera l’intelligence artificielle (IA) pour prévoir les chaînes d’approvisionnement régionales. Un portail sur les réglementations en matière de commerce et d’investissement et la plateforme africaine de référentiel pour les procédures de vérifications (MANSA), tous destinés à supprimer les obstacles au commerce intrarégional causés par le manque d’accès à l’information, seront opérationnels dans quelques mois. Nous sommes déterminés à utiliser la technologie pour faire tomber les barrières au commerce intra-africain causées par les économies fragmentées et atomistiques de l’Afrique ; nous sommes convaincus que c’est la technologie qui fera d’abord tomber les frontières avant que les frontières physiques destinées aux poubelles de l’histoire ne disparaissent réellement. » 

Plus de 30 milliards de dollars US pour soutenir le commerce africain

Entre 2015 et 2019, la Banque a déboursé plus de 30 milliards de dollars US pour soutenir le commerce africain, dont environ 15 milliards de dollars US ont été canalisés vers le financement et la promotion du commerce intra-africain.

« Notre théorie a toujours été que l’Afrique dispose de ressources suffisantes pour répondre à une part importante de ses besoins de financement à court et moyen terme. Nous croyons fermement que c’est la maîtrise de nos finances qui ouvrira la voie à l’indépendance économique de l’Afrique ! plaide le Professeur Oramah. L’objectif ultime de mon second mandat est de faciliter la réalisation rapide des ambitions de l’Afrique, à savoir la création d’un marché intégré, un continent où les chaînes d’approvisionnement intrarégionales s’épanouiront, un continent où le label « Made in Africa » sera une marque de fierté et d’honneur, une Afrique où l’agriculteur d’un village de Zambie n’aura pas besoin de devises étrangères pour acheter un film de Nollywood en ligne, une Afrique où les jeunes disposeront d’une multitude d’opportunités, de sorte que le carnage auquel nous assistons de temps à autre lorsque des jeunes Africains tentent de traverser la Méditerranée appartiendra au passé. Nous voulons une Afrique où les fondations de la ZLECAf sont posées rapidement afin que les 84 000 kilomètres de frontières qui nous divisent depuis des lustres puissent commencer à disparaître. »

« Les investissements intra-africains seront le principal moteur du commerce intra-africain »

Et pour atteindre cet objectif, la Banque ambitionne de doubler le financement du commerce intra-africain afin que, d’ici cinq ans, il ne représente pas moins de 40 % du total des actifs de la Banque, le montant total des décaissements, sur une base renouvelable, dépassant 30 milliards de dollars sur cinq ans. « Les investissements intra-africains seront le principal moteur du commerce intra-africain au sens dynamique du terme, c’est pourquoi nous mettrons l’accent sur notre mécanisme de financement des investissements intra-africains. » Et le Professeur Oramah de conclure : « L’Afrique est peut-être pauvre aujourd’hui, mais lorsque je regarde vers l’avenir, je vois une transformation. L’Afreximbank est bien placée pour faciliter la réalisation de cette transformation. »

Fournir aux PME les outils nécessaires pour répondre plus efficacement aux défis économiques et sociaux posés par la pandémie

Concrètement, il s’agira d’attribuer des formations aux dirigeants et propriétaires de micro, petites et moyennes entreprises (MPME) afin qu’ils reçoivent les connaissances et les compétences nécessaires pour un commerce transfrontalier plus efficace. « Les entreprises africaines auront l’occasion d’apprendre, de planifier et de réussir à développer leur entreprise en tirant pleinement parti de la ZLECAf », a expliqué Dorothy Tembo, directrice exécutive par intérim de l’ITC. Encadrée par l’Afreximbank Academy (Afracad) et géré via la plateforme multilingue de l’Académie des PME de l’ITC, cette formation sera dans un premier temps dispensée dans trois pays-pilotes : le Nigeria, le Rwanda et la Côte d’Ivoire.

D’ici là, Afreximbank invite les entreprises du continent à participer à la deuxième Foire commerciale intra-africaine (IATF2021) qui se tiendra du 8 au 14 décembre 2021, à Kigali. 

« L’IATF2021 réunira des acteurs continentaux et mondiaux pour présenter et exposer leurs biens et services, et explorer les opportunités d’affaires et d’investissement permises par le marché unique créé par l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) afin d’accélérer le programme d’intégration et d’industrialisation de l’Afrique » a annoncé Olusegun Obasanjo, président du conseil consultatif de l’IATF2021 et ancien président du Nigeria. 

Organisée par Afreximbank en collaboration avec l’Union africaine et accueillie par le gouvernement rwandais, l’IATF2021 jouera un rôle crucial en aidant les entreprises et les sociétés de toute l’Afrique à partager des informations sur le commerce et le marché et à conclure des accords commerciaux qui sont essentiels pour soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf.

ZLECAF: le rapport de l’Afreximbank sur le commerce inter-africain 

Le commerce entre les pays africains pourrait augmenter jusqu’à 231 milliards de dollars une fois mise en œuvre la ZLECAf, selon un rapport élaboré par Afreximbank.

La Zone de libre-échange continentale a le potentiel d’ouvrir la voie vers la formalisation du commerce informel transfrontalier (ICBT), note cette institution multilatérale panafricaine de financement du commerce créée en 1993 sous les auspices de la Banque africaine de développement. 

Selon le rapport, le potentiel d’exportation du commerce intra-africain reste inexploité, actuellement à plus de 84 milliards de dollars. « La proportion inexploitée est basée sur des secteurs qui se sont déjà avérés compétitifs au niveau international et qui ont de bonnes perspectives de succès à l’exportation sur d’autres marchés africains », indique en partie le rapport d’Afreximbank et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA-ONU).

Les produits présentant le plus grand potentiel d’exportation comprennent les minéraux, les machines, les produits alimentaires, les véhicules automobiles et leurs pièces, ainsi que les plastiques et le caoutchouc, note ce rapport relayé jeudi par les médias kényans.

Le chiffre inexploité de 84 milliards de dollars est majoritairement concentré en Afrique australe, avec 53 milliards de dollars au total. L’Afrique du Nord vient ensuite avec 13,4 milliards de dollars, suivie de l’Afrique de l’Ouest avec 9,5 milliards de dollars et de l’Afrique de l’Est avec 7,8 milliards de dollars (870,5 milliards de shillings). L’Afrique centrale vient à la dernière place avec seulement 840 millions de dollars.
L’Afrique australe sera de très loin la locomotive de ces exportations. En effet, elles y valent près de 50 milliards de dollars. Les pays de cette région « ont déjà prouvé leur compétitivité internationale et ont de bonnes perspectives de succès dans les autres marchés africains ». Ce, dans des secteurs comme les mines, la machinerie, les produits alimentaires, les véhicules et leurs pièces, le plastique et le caoutchouc.

Viennent ensuite dans l’ordre l’Afrique du Nord (environ 10 milliards de dollars), l’Afrique de l’Ouest (environ 5 milliards de dollars), l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale. Afreximbank a ainsi mis en lumière une promesse supplémentaire de la ZLECAf. Celle-ci, pour toutes les tenir, aura fortement besoin d’exploiter la technologie, notamment pour l’e-commerce.

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