Le dossier du mois

Accès au financement : l’ultime combat pour les femmes

En Afrique subsaharienne, 45 % des femmes ne possèdent pas de pièce d’identité officielle, 37 % ont un compte bancaire (contre 48 % des hommes). De même, les femmes disposent très souvent d’un capital réduit pour démarrer leur activité et sont moins susceptibles de bénéficier de capitaux d’investissement privés. Les banques demandent des garanties que les femmes ne possèdent souvent pas.

Par Kate Assi-Okoué et Ariane Kouassi, MicroSave consulting (MSC)

Par ailleurs, les femmes ont ordinairement une aversion au risque, une faible culture financière et une peur de l’échec, ce qui les empêche très souvent de demander de prêts. Elles font également face au manque de soutien familial mais aussi au manque de formation pour le développement de compétences nécessaires à la gestion effective d’une entreprise.

 

« Lorsque les femmes ont la possibilité d’accéder à des financements et aux marchés, elles contribuent significativement au bien-être de leurs familles »

 

Les contraintes personnelles (projets familiaux, projets professionnels du conjoint, responsabilités familiales) et la faible intégration des femmes aux réseaux d’affaires constituent d’autres obstacles. Le fait que les banques n’aient pas une bonne compréhension des entreprises dirigées par des femmes ou des niches de marché qu’elles occupent explique, aussi, leur difficile accès au financement.

 

L’ensemble de ces défis impacte négativement l’accès aux financements des femmes africaines entrepreneures. D’autant plus que face à la crise sanitaire de la COVID-19 que connaît le monde actuellement, les entrepreneures rencontrent de difficultés à mobiliser des fonds pour de maintenir leurs activités, les investisseurs ayant limité les financements au vu du ralentissement des activités de manière générale.

 

Pourtant, lorsque celles-ci ont la possibilité d’accéder à des financements et aux marchés, elles contribuent significativement au bien-être de leurs familles. Cela s’explique par le fait qu’elles priorisent l’éducation de leurs enfants en mobilisant de l’épargne. Elles participent également au développement économique de leurs pays par la création d’entreprises, et donc d’emplois et de richesses.

 

Initiatives pour booster l’accès au financement des entrepreneures

 

36642 entrepreneuriat feminin quels moyens pour favoriser lacces au financement1

 

Pour favoriser l’accès au financement des femmes, des actions doivent être entreprises. Les gouvernements devraient instaurer des politiques et réglementations en matière d’inclusion financière qui leur seraient favorables. A ce titre, plusieurs initiatives ont vu le jour dans certains pays du continent, à l’instar du programme Affirmative Finance Action for Women in Africa (AFAWA).

 

AFAWA est une initiative de la Banque africaine de développement (BAD) qui vise à combler le déficit de financement estimé à 42 milliards de dollars qui affecte les femmes en Afrique. L’initiative en est aux premières discussions avec les institutions financières en Afrique de l’Ouest.

 

Elle est également un investisseur d’ancrage à hauteur de 12,5 millions de dollars dans Alitheia IDF Managers (AIM), le premier fonds d’investissement privé en son genre, dirigé par des femmes expérimentées et qui investit dans des PME à forte croissance détenues et dirigées par des femmes en Afrique.

 

En 2018, AFAWA a fourni une assistance technique à plusieurs banques. En collaboration avec Entreprenarium Foundation, AFAWA a formé 1 000 femmes entrepreneures à travers le continent africain au développement d’un modèle d’affaires ainsi qu’à la planification financière. Ceci afin de leur fournir les ressources nécessaires pour accéder facilement à des financements.

 

« Les institutions financières doivent envisager de créer des procédures bancaires favorables aux femmes, comme l’annulation des soldes minimums »

 

Des fonds d’investissement dédiés aux femmes, à l’image de Janngo (un fonds de capital-risque dirigé par des femmes qui investit 50 % de ses recettes dans des start-up fondées, co-fondées ou bénéficiant à des femmes), vont se multiplient. En Côte d’Ivoire, en 2017, le gouvernement a mis en place un Fonds pour la promotion des PME et de l’entreprenariat féminin doté d’une enveloppe de 5 milliards de FCFA. Ce fonds vise à faciliter l’accès au crédit bancaire aux femmes chefs d’entreprise, y compris de start-up, tout secteur d’activités confondu. L’initiative permet de stimuler le financement en faveur des femmes, ce qui fera progresser l’inclusion financière.

 

Les institutions financières ne doivent pas rester en marge de ces initiatives, en envisageant de créer des procédures bancaires favorables aux femmes, comme l’annulation des soldes minimums, l’inclusion d’autres formes de garantie plus accessibles aux femmes.

 

En outre, les institutions financières gagneraient à développer des produits et services entièrement destinés aux femmes qui prennent en compte leurs besoins et devraient considérer au cours de leurs conceptions des aspects importants tels que la simplicité ou la fiabilité de produits.

 

Pour ce faire, la conception de services financiers devrait s’accompagner de programmes d’éducation financière permettant aux entrepreneuses de développer des compétences financières appropriées.

 

En somme, il s’agira d’améliorer la compréhension des services financiers tout en sensibilisant les femmes sur les risques encourus pour favoriser la prise de décisions financières autonomes et responsables. C’est dans cette optique que le Hub de la finance digitale a été créé, afin d’offrir à chacun des outils adaptés au développement de leur entreprise.

 

Ce changement implique également l’étude des parcours clients des femmes et la conception des offres produits financiers sur-mesure. Ce qui pourrait avoir un double avantage, transformer la vie des femmes et offrir une valeur commerciale aux institutions financières. Car une clientèle de plus d’un milliard de femmes, non encore connectée aux services financiers et largement sous-desservie, est concernée.

 

 

*MSC est une société de conseil internationale spécialisée en inclusion financière, économique et sociale, possédant 11 bureaux en Afrique et en Asie.

 

The month of record

Access to funding: the ultimate struggle for women

In sub-Saharan Africa, 45 percent of women lack official identification, and 37 percent have a bank account (compared with 48 percent of men). Similarly, women very often have little capital to start their business and are less likely to benefit from private investment capital. Banks require collateral that women often do not have.

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