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Abdou Karim Fofana, « Réaliser des infrastructures importantes à moindre coût et avec des délais plus courts »

Construire plus vite, moins cher, durable, et local. Autant de défis pour les états africains. Une des missions qui incombe à l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’état (AGPBE) du Sénégal. Pour son directeur, Abdou Karim Fofana, les solutions sont locales.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed  

Quelle est la mission de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’état (AGPBE) du Sénégal ?

L’Agence est une structure publique dédiée à la gestion et l’administration du patrimoine immobilier de l’Etat, son entretien mais aussi son développement. Nous gérons les gros projets de développement du patrimoine immobilier à l’usage des services publics, notamment les sphères ministérielles de Diamniadio mais aussi la Maison des Nations-Unies, un site qui va regrouper à Dakar, le Sénégal ayant une grande tradition diplomatique, 33 agences des Nations-Unies et en faire un véritable hub diplomatique. Nous avons d’autres projets comme les sphères administrations régionales.

Le Sénégal affiche, comme d’autres pays, un certain nombre d’ambitions, avec in fine l’émergence.  Un des défis est de répondre aux besoins en infrastructures à moindre coût. En tant qu’agence publique, apportez-vous des solutions locales ?

Le défi de l’Afrique c’est celui de la croissance. Une croissance forte et durable. Cette croissance ne peut se faire que dans le cadre de la compétitivité. Elle demande trois facteurs : des ressources humaines disponibles ; une maîtrise des coûts et enfin des infrastructures qui vont relier les marchés aux consommateurs pour créer de la valeur. Or les infrastructures sont très consommatrices en capitaux. C’est la raison pour laquelle sur un projet comme Diamniadio il a fallu être innovant. Pour permettre de réaliser à moindre coût des projets importants et dans des délais records. A titre d’exemple, dans le cœur de ville de Diamniadio, un site de 1600 ha, il s’agit de développer 700 ha en quatre ans avec des attracteurs urbains qui vont attirer des populations vers des habitations qui ne sont pas des cités dortoirs en y implantant de l’activité, les sphères ministérielles, un pôle industriel, un espace évènementiel avec le centre de conférence, le palais d’exposition, des hôtels… Il faut savoir financer ce type de projet. Sachant que le Sénégal à un principe de souveraineté budgétaire, c’est-à-dire que la moitié des investissements est financé par le budget national, le reste nous allons le chercher sur le marché ou à travers des entreprises étrangères qui viennent avec ce qu’on appelle des crédits à l’exportation. Ainsi, les Turcs participent au développement de Diamniadio. Sur la partie autoroutière, les entreprises chinoises sont arrivées avec des financements qui permettent de réaliser très rapidement des projets de ce type. Pour vous donner un élément de comparaison, la première autoroute à péage, de 25 km, réalisée à la sortie de Dakar, a été construite en dix ans pour un montant de 400 milliards de francs CFA (602 millions d’euros). Aujourd’hui le Sénégal arrive à réaliser cinq fois plus en termes de distance d’autoroute avec le même montant et trois fois moins de temps. C’est le défi. Réaliser des infrastructures importantes à moindre coût et avec des délais plus courts. Pour cela il faut une diversité, de l’ouverture, vis-à-vis des investisseurs et des entreprises étrangères mais aussi des offres de financement à la hauteur des exigences du marché africain et des états africains.

C’est à ce titre que vous participiez aux Rencontres Africa, en septembre dernier à Paris. Pour trouver des partenaires techniques et financiers ?

Nous y participons depuis trois ans. Cela nous permet d’échanger sur des méthodes, des savoirs faire. Voir comment des projets sont réalisés avec quelles structurations juridiques, quel mode de financement. Et rencontrer les entreprises africaines ou françaises qui innovent et permettent de construire avec plus de confort, plus de facilités tout en répondant aux exigences actuelles, en termes de réduction des coûts notamment.

Le Sénégal était également en opération de promotion du projet urbain Diamniadio. La vitrine du Plan Sénégal Emergent et des ambitions sénégalaise …

Diamniadio c’est la nouvelle porte de Dakar, située à 30 km de la capitale sénégalaise. Et c’est la zone de concentration des plus grandes infrastructures du Sénégal. L’autoroute à péage, le nouvel aéroport et bientôt le train express régional. Une zone appelée à donner un coup de pouce à la croissance sénégalaise. Avec ses infrastructures, le pôle industriel, l’espace évènement avec  le centre de conférence qui accueille chaque semaine des manifestations d’envergure internationale. C’est cette vitrine du Sénégal qui va à l’assaut d’une croissance forte et durable mais aussi du Sénégal qui va à l’assaut des marchés intérieurs de l’Afrique de l’Ouest pour pouvoir pérenniser la croissance et assurer meilleur partage de ses ressources entre les Sénégalais.

Compte tenu des avancées de Diaminadio, l’Emergence du Sénégal demain, serait un pari réaliste ?

Oui, et nous en avons déjà les prémices. Depuis quelques années, nous avons une croissance stable, avec des indicateurs et des spéculations qui évoluent dans le bon sens. Je vous donne quelques exemples. Le Sénégal a multiplié par deux sa production rizicole, premier produit de consommation. L’arachide, qui était une de nos richesses dans les années 60, revient. Le Sénégal est autonome au niveau de la pomme de terre. Nous réalisons de nombreux investissements dans les domaines de l’éducation et de la recherche. Autant de préalables qui permettent d’envisager le futur avec de belles perspectives. Sans oublier les découvertes en pétrole et gaz qui vont commencer à donner leurs fruits à partir de 2020.


Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed  

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