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AATF : « L’Afrique a besoin de politiques et de technologies pour renforcer la sécurité alimentaire »

Les experts africains ont exprimé la nécessité pour les gouvernements nationaux et les organismes régionaux d’adopter des politiques efficaces et des interventions axées sur la technologie afin de réduire les pertes après récolte qui étouffent la sécurité alimentaire dans la région.

C’est la conclusion d’un panel d’experts qui se sont exprimés lors d’un séminaire en ligne intitulé « Accélérer l’accès aux technologies de gestion post-récolte pour améliorer la sécurité alimentaire et le commerce en Afrique », organisé par l’AATF.

« L’application de la biotechnologie agricole »

Selon le Dr Emmanuel Okogbenin, Directeur du développement et de la commercialisation des programmes à l’AATF, la promotion et l’adoption de systèmes de gestion post-récolte intégrés combinant les meilleures technologies pour réduire les coûts et maximiser les rendements reste la meilleure approche pour gérer les pertes post-récolte. Et de souligner l’importance de faire connaître les techniques traditionnelles et modernes de gestion post-récolte pour encourager leur adoption et leur utilisation. Il appelle ainsi les gouvernements africains à accroître les investissements dans ce domaine, tout en notant que l’application de la biotechnologie agricole peut changer la donne grâce au développement de variétés capables d’enrayer les maladies post-récolte, de renforcer la résistance aux meurtrissures et de ralentir le mûrissement.

« L’Afrique perdait 100 millions de tonnes métriques de nourriture chaque année, ce qui équivaut à 4 milliards de dollars »

Sachant que les pertes après récolte ne sont pas propres à l’Afrique, puisque 1,3 milliard de tonnes métriques de nourriture, soit environ 30 % de la production alimentaire mondiale, sont perdues chaque année en raison de problèmes liés à la post-récolte, ainsi que le rappelle le Dr Komla Bissi, coordinateur du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) à la Commission de l’Union africaine. L’Afrique perdait 100 millions de tonnes métriques de nourriture chaque année, ce qui équivaut à 4 milliards de dollars, poursuit-t-il. Ces pertes ont le potentiel de répondre aux besoins alimentaires d’environ 44 millions de personnes par an. Des efforts doivent être intensifiés pour s’assurer que les disparités croissantes entre la production et les pertes de nourriture sont traitées si le continent doit atteindre la sécurité alimentaire. Citant au passage la Déclaration de Malabo de l’Union africaine, que les gouvernements africains ont signée en 2014 pour éradiquer la faim et le gaspillage alimentaire, comme une référence pour les gouvernements d’intensifier l’action sur les questions liées aux pertes post-récolte.

« Il est nécessaire d’impliquer les acteurs du secteur privé »

« Il est nécessaire d’améliorer les capacités systémiques des institutions nationales à travers le continent. Au niveau de l’UA, nous travaillons déjà avec les gouvernements nationaux pour développer des stratégies visant à réduire ces pertes, mais il est nécessaire d’impliquer les acteurs du secteur privé alors que nous nous efforçons d’explorer les options permettant d’attirer et d’augmenter les financements pour aborder ce domaine critique », a-t-il ajouté.

« Une volonté politique est nécessaire de toute urgence pour soutenir la mise à l’échelle et l’adoption à grande échelle de ces technologies »

« L’élimination des pertes après récolte est un impératif pour des raisons sociales, économiques, environnementales et de sécurité alimentaire, commente à son tour le Dr Gabriel Rugalema, directeur régional pour l’Afrique orientale et australe au World Vegetable Center. Le Dr Rugalema a noté que l’utilisation de technologies et de pratiques prêtes à l’emploi telles que le séchage au soleil, le blanchiment, le fumage et le salage pour réduire les pertes post-récolte existent et sont accessibles, mais il a ajouté qu’une volonté politique est nécessaire de toute urgence pour soutenir la mise à l’échelle et l’adoption à grande échelle de ces technologies. Toutes les cultures souffrent de pertes post-récolte plus que sur tout autre continent. « Les cultures horticoles, notamment les légumes, les fruits, les herbes et les épices, sont délicates et vulnérables à une détérioration post-récolte rapide », a-t-il souligné. Il a cité le manque de technologies de traitement post-récolte, l’insuffisance des infrastructures routières et le manque de fiabilité des marchés parmi les principales causes des pertes post-récolte. Il estime que les technologies permettant de réduire, voire d’éliminer les pertes après récolte ne manquent pas, mais ajoute que ce qui fait défaut, c’est l’accès à l’échelle pour répondre à la demande croissante.

« Il existe une grande variété de technologies – simples (séchage direct au soleil), intermédiaires (utilisation de l’énergie solaire ou de petits équipements électriques), industrielles (usines ou fabriques à moyenne et grande échelle pour traiter et ajouter de la valeur aux produits agricoles). Il est nécessaire de développer/améliorer les technologies locales et abordables pour répondre à la demande ».

Faciliter l’introduction et la production de technologies moins coûteuses

Opeoluwa Fayomi, fondateur de Plethora Farms au Nigéria, qui a présenté une série de défis auxquels sont confrontés les producteurs de denrées alimentaires au Nigéria et quelques stratégies locales introduites pour réduire les pertes après récolte, a noté que les pertes après récolte menacent les efforts du continent pour atteindre la sécurité alimentaire. Fayomi a déclaré que, les personnes confrontées aux défis de la LPS essaient certaines technologies locales telles que le tranchage et le séchage des tomates, l’utilisation des feuilles de margousier comme conservateur et le décorticage du maïs comme technique de conservation. Elle préconise l’adhésion à de bonnes pratiques agronomiques, ainsi qu’une planification et une mise en œuvre efficaces des stratégies qui traitent de la LPS et, plus important encore, la nécessité de faciliter l’introduction et la production de technologies moins coûteuses qui traitent de la LPS à travers le continent.

Pour rappel, dondée en 2003 pour répondre aux perspectives de sécurité alimentaire de l’Afrique par le biais de la technologie agricole, l’AATF est convaincue que le secteur agricole est un pilier fondamental essentiel pour que l’Afrique consolide sa croissance économique et se taille une nouvelle place en tant que grande puissance économique mondiale et prochain marché de croissance dans le monde. Il a été créé en réponse au besoin d’un mécanisme efficace qui faciliterait et soutiendrait la négociation pour l’accès et la fourniture de technologies et la formation de partenariats appropriés pour gérer le développement et le déploiement de technologies innovantes à l’usage des petits exploitants agricoles en Afrique subsaharienne.

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