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Anisia Uzeyman « Neptune Frost est lié au pays où je suis née, le Rwanda… »

Coup de cœur du jury du Festival de Cannes 2021, Neptune Frost est un film à la croisée de l’afro-futurisme et de la comédie musicale. Une fiction unique en son genre, et qui puise dans la mémoire de sa co-réalisatrice, la franco-rwandaise Anisia Uzeyman. Portrait. 

Par DBM 

Avec six films projetés cette année sur la Croisette, dont deux en lice pour la Palme d’or (Lingui-Les liens sacrés  du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et Haut et fort du Marocain Nabil Ayouch), l’Afrique a réussi son retour au plus grand festival de cinéma de la planète. Mieux, la quantité a ici rimé avec qualité puisqu’au-delà des deux-longs métrages primés, hors sélection officielle- Feathers de l’Égyptien Omar El Zohairy, et Haut et fort de Nabil Ayouch- tous les films du continent présents à Cannes ont suscité l’intérêt des festivaliers. À commencer par le très original Neptune frost, une comédie musicale onirique contant une histoire d’amour entre un hacker androgyne et un mineur de coltan. Le film, qui faisait partie de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, a de fait visé dans le mille, le président du jury, Spike Lee, lui décernant « son coup de cœur ».

Réalisée par la franco-rwandaise Anisia Uzeyman et son époux américain, le talentueux touche-à tout Saul Williams  (poète, musicien, acteur et maintenant cinéaste), l’œuvre est assurément iconoclaste, nimbée dans une esthétique afro-futuriste au service de dialogues qui n’excluent pas, à l’occasion, une certaine critique sociale du monde contemporain. Mais plus encore, le film renvoie à l’évocation affective d’un ailleurs, bien ancré dans l’histoire personnelle de la réalisatrice.  «  Pour moi le film n’est pas lié à un moment particulier mais plutôt au pays où je suis née, le Rwanda. Un endroit qui m’est très intime, et que je voulais regarder avec un soin particulier », confie l’artiste, qui explique qu’elle a voulu raconter « l’histoire d’une jeune femme de ce pays déterminé, avec du pouvoir. » Une trajectoire de vie qui rappelle, à bien des égards, le propre parcours de la cinéaste. 

« Je voulais raconter l’histoire d’une jeune femme de ce pays déterminée, avec du pouvoir »

Née en 1975 au Rwanda, Anisia Uzeyman ressent très tôt sa vocation artistique. Une inclination qu’elle assouvit dans un premier temps au théâtre national de Bretagne, avant de faire ses classes de comédienne aux côtés de Françoise Lepoix (L’entre-deux rêves de Pitagaba), Kossi Efoui (Io), Xavier Durringer (Surfeurs) et Sofie Kokaj (Mange ta glace). Repérée par le monde de cinéma, l’actrice joue ensuite dans Nid de guêpes, d’Emmanuel Finkiel et Florent-Emilio Siri (2002), Aujourd’hui d’Alain Gomis (2013) et Ayiti, mon amour de Guetty Felin (2016). Une expérience de la caméra qui lui donne bientôt des envies de devenir elle-même réalisatrice. Ce sera chose faite en 2016, avec Dreamstates, un premier film expérimental, entièrement tourné à l’iPhone. Ce souci d’indépendance, elle le traduit également dans son domaine originel, le théâtre : après avoir travaillé sous la houlette de mentors, elle passe à l’écriture et à la mise en scène de deux textes, Immaculé et HOW/Particule, qui seront joués à la Générale de Paris, un projet de coopérative artistique, politique et sociale, dont les ambitions créatrices font justement écho à Neptune Frost. 

« Le film est à propos de ça : on montre comment on se voit, comment on se rêve, comment on se projette »

« Parmi ces jeunes artistes, il y en a tellement, issus comme moi de la diaspora, qui travaillent sur la réappropriation de leur image », rappelle ainsi Anisia Uzeyman qui a quitté le festival en soulignant combien son film [était] justement « à propos de ça : [montrer] comment on se voit, comment on se rêve, comment on se projette ». Une chose est sûre, après avoir gagné les cœurs des plus grands à Cannes, la réalisatrice franco-rwandaise ne devrait avoir aucun mal à se « projeter » sereinement dans l’avenir.  

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