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Tunisair : un repositionnement stratégique

A quelque mois de son soixante-dixième anniversaire la compagnie aérienne tunisienne, Tunisair, a entrepris un virage décisif pour son avenir. Avec un positionnement vers le nord réaffirmé, mais une orientation au sud plus marquée. Ali Miaoui, Deputy Chief Executive officer, nous présente les grandes lignes de la stratégie  2017-2020 de Tunisair.

Propos recueillis à Tunis, par Dounia Ben Mohamed

Avant de parler de l’avenir de la compagnie et de cette stratégie – que représente Tunisair aujourd’hui ? – une compagnie aérienne qui redécouvre son africanité…

Il faut commencer par rappeler que la compagnie a été créée en 1948 et fêtera ses soixante-dix ans l’année prochaine. Au cours de ces années elle a transporté plus de 115 millions de passagers dont 88 millions de touristes et Européens. Malheureusement Tunisair, pendant un moment est restée hors du marché africain. A partir des années 90, elle s’est positionnée sur le continent, en commençant par les pays avec lesquels la Tunisie avait une histoire en partage : le Sénégal, le Mali, le Burkina…

Avec une orientation vers le sud qui doit être confirmée par la nouvelle stratégie 2017-2020 ?

Aujourd’hui on met en place une nouvelle stratégie 2017-2020 qui va changer totalement l’état d’esprit de la compagnie mais aussi le positionnement de Tunisair sur l’échiquier africain. En passant de 6 à 13 vols par semaines sur l’Afrique notamment. On ouvre ainsi deux destinations par an. Ce n’est pas un choix mais une évidence parce que nous sommes africains, même si on a mis un peu de temps à s’en souvenir. Nous allons donc réaliser en trois ans ce que nous n’avons pas fait en vingt ans. L’année dernière Niamey, cette année Conakry, en septembre Khartoum, l’année prochaine Douala. Et à partir de 2018 également, pour la première fois nous mettons le cap sur l’Afrique anglophone avec Accra et Lagos. Avant de revenir, à partir de 2020, à nos amours avec un retour en Afrique francophone, l’Afrique centrale plus précisément, probablement Libreville.

Que représente le trafic intra-Afrique dans votre chiffre d’affaires actuel ?

En termes d’activité, nous sommes à 8%, uniquement pour l’Afrique Subsaharienne, et si on intègre l’Afrique du Nord on est à 17/18%. Mais en termes de chiffre d’affaires on passe à 12% sur l’Afrique Subsaharienne, parce que les prix sur l’Afrique sont plus chers que sur l’Europe.  Jusqu’à présent, notre clientèle africaine est essentiellement sur un trafic de continuation. Elle prend Tunisair pour aller vers l’Europe. Sachant que Tunisair a un très fort réseau européen avec 4 vols quotidiens sur Paris. Ensuite les autres composantes de ce trafic ? D’abord les étudiants, un pôle très important parce qu’historique. Quand ces élèves brillants retournent après leurs études dans leurs pays avec des hauts postes ils gardent ce lien affectif avec la Tunisie. Il y a également le trafic composé pour le tourisme médical. Ce sont les fondamentaux de la relation entre la Tunisie et l’Afrique. Il y en a une autre, avec un très fort potentiel, c’est le tourisme d’affaires.

Est-ce la crise politique et la baisse du trafic via l’Europe qui vous ont poussé à vous orienter davantage sur le sud ?

Non pas vraiment, même s’il  est vrai qu’après la révolution, on a vu le trafic baisser, mais il a repris depuis 2016, et en 2017 on assiste déjà à une hausse de l’activité de 17%. On a fait l’erreur de ne pas le faire avant, mais aujourd’hui ce repositionnement sur le continent s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie globale de développement. L’Afrique est un continent qui connait un très fort développement. Aujourd’hui la Tunisie se tourne sur l’Afrique et nous comptons sur nos frères africains pour doubler notre présence et tripler notre fréquence dans les deux années à venir. Car la réussite de Tunisair ne dépend pas que de nous, mais aussi de la volonté de nos pays de faire en sorte que les conditions d’un  partenariat public-privé se mettent en place. Tunisair ne peut pas remplir les vols. L’Etat, tous les ministères, et le privé doivent nous assister. Pour l’inauguration de la ligne Tunis-Conakry, plus de la moitié des passagers étaient des hommes d’affaires tunisiens qui avaient des relations économiques avec l’Afrique. Notre objectif n’est pas d’ouvrir des lignes pour les fermer un an après ! Sur Abidjan, on assurait deux vols par semaine, aujourd’hui on est passé à un vol quotidien parce que l’affluence était là. Surtout, nous assurons des connexions avec des correspondances courtes, et une qualité de service que l’on améliore continuellement. Plus une politique tarifaire : sur Conakry on a baissé nos prix pour encourager les Guinéens… car c’est aussi là notre objectif : permettre aux Africains de voyager moins cher en toute sécurité et avec une qualité de service.

Pour se positionner comme le hub entre l’Europe et l’Afrique, avez-vous le cadre adapté en termes d’infrastructures, de logistiques, de services, et ce au niveau de l’aéroport Tunis Carthage ? Sachant que Casablanca est déjà bien avancé dans cet objectif, il y a également Istanbul qui mène une offensive très agressive sur l’Afrique via Turkish Airlines et qui prévoit une trentaine de lignes directes dans les années à venir…

Évidemment nous ne sommes pas les seuls. Vous citez Turkish Airlines, mais il y a également les compagnies nationales d’Afrique subsaharienne telle qu’Ethiopian Airlines, qui se développe très vite. Mais le réseau est encore très mal desservi… Nous devons impérativement construire ses routes aériennes avec nos amis africains. Le continent connait les taux de croissance parmi les plus élevés, mais les prix restent eux aussi très élevés pour aller d’un pays à l’autre. Notre stratégie consiste précisément à pratiquer des prix très attractifs pour voyager plus et mieux. Quant à l’aéroport de Tunis Carthage, en ce qui concerne nos objectifs à court terme, en 2020, oui il est suffisant. Mais sa capacité ne nous permettra pas d’aller au bout de nos ambitions, c’est à dire une trentaine de lignes et une centaine de fréquences. L’Etat a, à ce titre, décidé de créer un nouvel aéroport. Ils doivent encore décider de son implantation. Mais il sera conçu sur le principe du hub, comme Casablanca ou Istanbul. Personne ne dit que la compagnie Tunisair est parfaite mais le fait est qu’elle existe depuis 70 ans. Parce que le tourisme a été développé en Tunisie dès les années cinquante. Et notre pays a su se rendre attractif avec un produit de qualité et un sens de l’accueil. Une terre d’hospitalité.


 

Auteur: Dounia Ben Mohamed // Photo: Ali Miaoui, Deputy Chief Executive officer © DR

 

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