• Tourisme : que gagne réellement l’Afrique ?
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Tourisme : que gagne réellement l’Afrique ?

Si les Etats redoublent de stratégie pour développer leur offre touristique, à ce jour, le secteur participe peu à la croissance inclusive compte tenu de son potentiel. Et pourtant, les études démontrent que le secteur du tourisme est un fort pourvoyeur de richesses locales et d’emplois. Enquête.

Par Lilia Ayari

 

Le 25 avril dernier, à l’occasion du premier anniversaire de leur partenariat, Jumia Travel et AccorHotels présentaient le rapport « Hospitality Report Africa », un état des lieux du secteur du tourisme et de l’hôtellerie en Afrique en 2016. L’étude, inédite, réalisée à partir des données de Jumia Travel et du groupe AccorHotels, ainsi que des contributions de l’Unesco et d’Ethiopian Airlines, vise à mieux valoriser le potentiel touristique du continent, par une meilleure évaluation de ce dernier. « L’idée de notre partenariat est une ambition partagée de ce que nous pouvons apporter au développement du tourisme en Afrique et une volonté d’offrir des solutions adaptées à tous les voyageurs africains » a déclaré Paul Midy, CEO de Jumia Travel. « Nous voulons démocratiser le voyage en Afrique via notre plateforme de réservation d’hôtel, en réduisant le coût du voyage, en facilitant l’accès à l’information et en adaptant nos services à une clientèle locale, et nous sommes fiers d’avoir partagé cette vision avec AccorHotels » a ajouté Paul Midy.

58 millions de touristes en 2016

On apprend ainsi dans les conclusions de cette étude, que 58 millions de touristes ont visité le continent en 2016, soit une hausse de 8 % par rapport à 2015. Et les prévisions pour 2017 sont de 64 millions. La tendance est donc à la hausse. Mieux, à l’horizon 2027, le chiffre devrait atteindre les 110 millions. Mais en attendant, lit-on dans le rapport, si « l’Afrique a connu de grandes avancées ces dernières années dans le développement des infrastructures pour décloisonner le continent, de grands défis subsistent encore dans la construction des routes, d’aéroports et de trains, ainsi que dans l’approvisionnement électrique. » Principaux freins au tourisme en Afrique, selon un sondage mené en 2016 dans 10 pays : le coût, les restrictions de visa, la réservation d’hôtels et les liaisons aériennes. Sachant que l’Afrique ne représente que 3% du trafic aérien mondial. Même si le pourcentage doit atteindre les 4,8% dans les cinq années à venir, grâce notamment à l’augmentation des vols de compagnies internationales vers le continent, cela reste insuffisant à un véritable décollage de l’activité touristique.

Tourisme 7,8 % du PIB africain

Celle-ci est pourtant un véritable vecteur de croissance pour le continent. A ce jour, toujours selon le rapport Jumia-Accor, le tourisme représente 7,8 % du PIB africain (165 Milliards USD) en 2016. Si d’autres études ont révélé l’impact direct du tourisme sur le développement socio-économique, en termes de création d’emplois notamment et de richesses locales ; pour l’heure, les retombées, en dehors de l’apport en devise, restent faibles comparées au potentiel du continent. « Libérer le potentiel touristique de l’Afrique » c’était précisément les conclusions d’un autre rapport, signé la Banque africaine de développement (BAD), l’Africa Tourism Monitor, dont la dernière édition a été publiée en 2016. « L’industrie du voyage et du tourisme génère 105,4 millions d’emplois directs, ce qui équivaut à 3,6% de l’emploi total du monde, soulignent les auteurs. Le tourisme en Afrique quant à lui génère 8,7 millions d’emplois. Si on y ajoute les emplois indirects, on passe à 20 millions. Soit 7% de l’emploi total sur le continent ». Pour aller plus loin, le rapport invite les leaders politiques à faciliter les mesures d’octroi des visas et à œuvre en faveur d’une meilleure intégration régionale.

PPP : l’expertise et le financement

Car le tourisme en Afrique reste cher. Le manque de desserte aérienne, et d’infrastructures adaptées, participe à l’augmentation des coûts. De même, la formation des acteurs du secteur est à développer. Dans les métiers de l’hôtellerie mais également sur toute la chaîne : des guides touristiques aux restaurateurs en passant par les voyagistes. Et dans ce cadre, le modèle adopté en Afrique est encore celui des partenariats publics-privés. Lesquels donnent l’opportunité aux Etats de trouver à la fois les financements et l’expertise en vue de la mise en place d’une véritable offre touristique conforme aux nouveaux standards internationaux. Et les leaders mondiaux de l’hôtellerie tel que Accor, Mariott ou encore Carlson Rezidor Hotel Group n’ont pas manqué de s’intéresser à un continent qui affiche de formidables perspectives ainsi que le reconnaissait, dans un communiqué publié par W Hospitality Group Hotels Chain Development, Matthew Weihs, directeur général de Bench Events, organisateur du « Forum africain de l’investissement hôtelier » (AHIF). « L’augmentation de 30 % dans le développement du réseau hôtelier (en 2016) est étonnant et démontre clairement que l’Afrique possède encore un potentiel fantastique de progression ». Une autre niche reste à exploiter : celle du tourisme intra-Afrique. Avec l’explosion d’une classe moyenne africaine, désireuse de mieux connaître son continent. Mais à ce niveau, le marché est peu exploité…

 

  • L’intégralité de l’étude Hospitality Report Africa : https://travel.jumia.com/en-gb/hospitality-report-afrique
  • Le rapport de la BAD : https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/Africa_Tourism_Monitor_Unlocking_Africa%E2%80%99s_Tourism_Potential_%E2%80%93_Vol_3_%E2%80%93_Issue_1.pd

 


 

Auteur : Lilia Ayari // Photo : Illustrations tirées de l’Africa Tourism Monitor de l’AFBD © AFBD

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