• Ntic, « L’Afrique est un continent pionnier »
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Ntic, « L’Afrique est un continent pionnier »

« Si la Côte d’Ivoire a raté le développement industriel, elle ne doit pas rater la révolution informatique » avertissait feu Félix Houphouët-Boigny. Près de 25 ans après sa mort, force est de constater que l’Afrique est pleinement entrée dans l’ère du numérique. Des Ntic qui révolutionnent le continent… malgré des défis qui restent majeurs. A quelques jours de la seconde édition d’Afrobytes, le RDV de la Tech africaine à Paris, Haweya Mohamed, co-fondatrice, assure : « la révolution est en marche ! »

 

Propos recueillis par Lilia Ayari

 

Vous organisez, les 8 et 9 juin prochain à Paris la seconde édition d’Afrobytes, quel est le concept ?

De la Silicon Valley aux acteurs Tech des pays émergents asiatiques, en passant par les acteurs européens, le monde de la Tech prend aujourd’hui conscience des formidables opportunités qu’offre le nouveau consommateur africain connecté. Afrobytes propose à tous ces acteurs d’accélérer leur stratégie en Afrique en leur offrant une réelle « MarketPlace » sur toute la chaîne de valeur, afin de leur permettre de se positionner sur la transformation digitale du continent africain. Il s’agira aussi de dépasser la question des secteurs et d’évoquer les femmes et les hommes qui sont au bout de la chaine, et leurs besoins.

La Tech africaine est à l’honneur en ce moment. Comment évolue le secteur ?

Il est difficile d’évaluer le nombre de startups qui émergent chaque jour sur un continent composé de 54 pays. Néanmoins la tendance est à une croissance forte. En à peine 4 ans, les choses ont fortement évolué. Par exemple sur la plateforme VC4Africa, le nombre de startups à la recherche de fonds a augmenté de 640%, leur qualité s’est également considérablement améliorée. 

Cela participe-t-il réellement à transformer l’Afrique alors qu’on n’arrive pas à sortir de la sous-alimentation, du déficit énergétique, etc…. 

Le continent a en effet un certain nombre de défis à relever et les écosystèmes technologiques africains résolvent en premier lieu des problèmes liés au quotidien. On les appelle « des problem solving companies ».  L’un des défis majeur qui s’annonce est la croissance démographique. Du jamais vu dans l’histoire humaine, un habitant sur quatre dans le monde sera sur le continent africain en 2050 et 40 % des moins de 5 ans seront en Afrique à cette date. Il va falloir, loger, nourrir, transporter, former et éduquer un grand nombre de personnes dans un laps de temps très court. Les nouvelles technologies, les écosystèmes digitaux, qui répondent déjà à de nombreuses problématiques, compléteront et accompagneront les politiques publiques notamment dans les grandes villes.

Comment la Tech Africaine inspire le reste du monde ? Je prends l’exemple du mobile banking – dans le domaine, très clairement, l’Afrique est source d’inspiration… 

L’Afrique est un continent pionnier sur un certain nombre d’usages. Sans conteste c’est sur les FinTech et en particulier la « Mobile Money » que le continent occupe une position de leader mondial. Dans les usages mobiles en général d’ailleurs : en mars de cette année la banque centrale du Kenya a lancé un emprunt obligataire via mobile ! Qui aujourd’hui paie son électricité avec son mobile en France ? C’est monnaie courante dans plusieurs pays d’Afrique. On mesure le décalage des usages avec le Vieux Continent qui n’a jamais aussi bien porté son nom. La « success story » M-Pesa par exemple, lancée en 2007 par Safaricom, le premier opérateur de réseau de téléphonie mobile du pays qui est utilisé par plus de 18 millions de Kenyans et qui compte pour environ 25 % du produit national brut du pays. M-Pesa fonctionne même depuis mars 2014 en Roumanie ! Et son déploiement devrait se poursuivre en Europe de l’Est. En Afrique, Orange est devenu une banque avec « Orange Money » avant de vouloir répliquer la même idée en Europe. L’Afrique est le continent de la transformation digitale et exporte aujourd’hui ses usages à travers le monde entier. La Startup kenyane Msurvey, qui fait du sondage en temps réel via mobile sera présente en juin prochain et a pour priorité de se développer aux Philippines. Ce qui veut dire que l’on commence à sortir du radar des innovateurs des pays émergents et çà c’est une vraie question qui mériterait à elle seule un autre article. 

Les jeunes, en attendant, saisissent les opportunités que leur offre la Tech. C’est la vocation d’Afrobytes, au-delà de cet évènement, de leur offrir une plateforme d’échange ? 

Comme évoqué plus haut, Afrobytes est plus qu’une conférence. Il s’agit d’une « MarketPlace » où toutes les chaines de valeur seront représentées afin de favoriser le business. Nous croyons énormément au B to B mais pour cela il faut créer la rencontre. Nous allons donc réunir sous un même toit les 8 et 9 juin des acteurs Tech du monde entier, faire venir des investisseurs comme le fonds Draper qui détient dans son portefeuille les entreprises Skype, Twitter, Tesla et Space X. Il s’agira d’un moment important, nous voulons offrir aux entrepreneurs africains le meilleur, et qu’ils en profitent : ce n’est pas notre événement mais le leur. Permettez moi d’ajouter que Afrobytes est la seule conférence sur l’innovation africaine portée par des Africains et cela change tout car en étant à l’origine de l’initiative, nous détenons notre narratif et sommes donc à même de pouvoir écrire la conclusion tous ensemble dans un esprit de co–création de valeur.

Qu’est ce qui nous attend pour cette édition d’Afrobytes ?

La rencontre, totalement tournée vers l’opérationnel – entre les acteurs Tech des marchés les plus dynamiques (Nigeria, Afrique du Sud, Rwanda, Kenya, Cote d’Ivoire..) et les acteurs de la Tech mondiale à la recherche de nouveaux relais de croissance – s’effectuera autour d’ateliers, de rencontres B2B et de sessions de networking. Les investisseurs échangeront sur les futures « licornes » qui sauront efficacement tirer profit d’un marché de deux milliards d’habitants en 2050. Qu’ils soient « Millennials », urbains ou ruraux, les attentes et les usages des consommateurs africains seront au cœur des échanges sur les « business models » – particulièrement ceux qui proposeront les produits et services innovants les plus adaptés aux besoins d’une classe moyenne en plein boom. Les thématiques iront de l’étude de marché effectuée via téléphone mobile jusqu’au paiement via mobile. C’est donc tout le parcours client mobile et digital qui sera détaillé avec ses divers champs d’application : FinTech, EdTech, AgriTech, E-Commerce, Smart Cities… Nous aborderons également des thèmes peu explorés mais aux potentiels de croissance gigantesques au vu des tailles de population : eFashion, Entertainment, Job Tech…


 

Auteur : Lilia Ayari // Photo : Haweya Mohamed © DR

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