• Macron à Ouagadougou « Un rendez-vous manqué »
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Macron à Ouagadougou « Un rendez-vous manqué »

La visite du président Français Emmanuel Macron au Burkina Faso a suscité diverses réactions au sein de l’opinion publique et du monde universitaire. Dans cette interview, Ibrahim Nonkane, enseignant en Droit à l’Université Ouaga 2 revient sur l’opportunité de cette visite, son contenu et les résolutions du dernier sommet Union Africaine-Union Européenne.

 Propos recueillis par Ibrahima Sanou à Ouagadougou

Quelle appréciation faites-vous de l’ambiance qui a prévalu autour de la visite du président Emmanuel Macron à Ouagadougou ?

C’est une visite qui a été marqué par des  manifestations d’étudiants autour de l’université Ouaga 1 Pr Joseph KI-ZERBO. Nous sommes dans un Etat de droit où la liberté de manifester existe. Donc je respecte la décision de certains citoyens de manifester leur opposition à la visite du président Emmanuel Macron mais je n’ai pas compris qu’ils le fassent dans la violence tout en voulant empêcher d’autres de le rencontrer. Nous sommes dans la mondialisation. Le Burkina Faso a des relations diplomatiques avec la France matérialisées par la présence de l’ambassade de chacun dans le pays de l’autre. Le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, a eu à faire des visites en France sans souci. Il est donc tout à fait normal que le président français Emmanuel Macron vienne aussi au Burkina Faso. Ces genres de visites permettent aux Etats de se parler pour mieux se comprendre. Sur la scène politique internationale, on a vu le président Américain Donald Trump aller en Palestine et être accueilli, alors qu’on sait que les Etats-Unis ont toujours soutenu Israël.

Pour certains, l’adresse du président Français à l’Afrique à partir de Ouagadougou est une continuation de l’impérialisme français sur le continent africain ?

De mon point de vue, la visite du président Macron au Burkina Faso ne peut en aucun cas être vue comme de l’impérialisme. Il est jeune comme nous et il est venu s’adresser aux jeunes, toucher les réalités du pays. L’occasion était belle comme l’a fait le président Sankara lors de la visite du président Mitterrand en 1986, de l’accueillir et lui dire notre vision de ce que doivent être les relations entre nos deux pays. La visite était une opportunité de se parler entre Burkinabè et Français. Mais cette opportunité a été un gâchis dans les deux sens. Un gâchis pour la partie française parce que le président Macron en venant ici,  s’attendait à voir une jeunesse mûre, qui sait ce qu’elle veut, qui a pris son destin en main. Mais au lieu de saisir cette opportunité d’échange, certains étudiants ont créé la psychose autour de cette visite si bien que les étudiants qui étaient présents lors des échanges à l’université,  ont paniqué et manqué d’inspiration pour poser les questions essentielles. Ce fut donc un rendez-vous manqué pour le peuple Burkinabè et c’est triste. Il fallait se garder de toutes ses protestations et préparer sérieusement la visite. Ce qui n’a pas été fait alors que le président Macron a lui a bien préparé son discours à l’Elysée avant de venir.

Que penser justement du contenu du discours du président Emmanuel Macron, premier acte de la politique africaine du nouveau chef de l’Etat français ?

Beaucoup de choses ont été dites. Il a invité la jeunesse africaine à tourner la page du passé pour construire avec la France l’avenir.  Je suis parfaitement d’accord avec lui parce que, que ce soit la jeunesse française aujourd’hui, y compris Macron ou la jeunesse Burkinabè, ils ont hérité d’un passé commun. Nous n’allons pas continuer à vivre dans ce passé sans jamais nous résoudre à aller de l’avant. La France elle-même a vécu un passé douloureux avec les rois et les deux grands guerres mondiales, mais elle a su dépasser ce passé pour aller de l’avant. Je suis allé en Allemagne, j’ai constaté que c’est un pays qui a subi beaucoup d’injustices et qui a connu un traumatisme important après la deuxième guerre mondiale. Mais ce passé a été un tremplin pour eux de bondir de l’avant.  Ils ont travaillé et se sont développés. Aujourd’hui, l’Allemagne est le leader de l’Union Européenne. C’est un peuple qui est moins extrême parce qu’il a appris de ses erreurs passées. C’est par le travail que nous burkinabè devons mener pour nous imposer sur le devant de la scène mondiale. Je retiens aussi du discours du président Macron, deux engagements : déclassifier tous les documents liés à l’assassinat du président Thomas Sankara et faciliter l’extradition de François Compaoré. Ce sont des engagements et nous devons lui accorder du temps et le bénéfice du doute quant à leur exécution comme beaucoup d’autres engagements qu’il a pris concernant la politique française. Je trouve qu’il est encore trop tôt pour le juger actuellement.

Le dernier sommet Union Africaine et Union Européenne tenu à Abidjan s’est concentré sur le problème de l’immigration des africains et l’esclavage des noirs en Libye. Les résolutions  adoptées sont-elles à la hauteur du défi?

Le sommet a décidé de l’évacuation immédiate des réfugiés mais il faut aller au de-là de cela. Il faut un travail de sensibilisation, il faut faire comprendre aux migrants qu’ils peuvent rester en Afrique et construire leur vie et trouver le bonheur. Le problème est psychologique d’autant plus que ceux qui partent ne sont pas forcément des chômeurs ni des pauvres. Ce sont des personnes qui ont des moyens car ils déboursent des sommes importantes pour arriver en Libye. Je crains que s’ils ne sont pas assez sensibilisés à ce niveau et même s’ils sont ramenés, ils vont se préparer à repartir. Je crois que c’est ensemble que l’Union Africaine et l’union Européenne trouveront les solutions qu’il faut. C’est un phénomène entre l’Afrique et l’Europe et les conséquences sont subies par les deux parties, cela n’a rien à voir avec l’impérialisme. C’est comme si mon enfant fuit pour aller chez toi et je te demande de l’aide pour qu’il n’aille plus chez toi et reste chez moi…


 

 Propos recueillis par Ibrahima Sanou à Ouagadougou

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