• Le Togo attire les groupes bancaires panafricains
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Le Togo attire les groupes bancaires panafricains

Le Togo bénéficie d’une stabilité politique depuis quelques années qui contribue à attirer des institutions bancaires. Avec seulement 7 banques commerciales au début des années 2000, le paysage bancaire en compte aujourd’hui 13 dont 11 filiales. Cette ruée des banques panafricaines sur le Togo fait suite à d’importantes réformes amorcées par les autorités du pays visant à assainir le climat des affaires, laissant entrevoir un avenir radieux pour le secteur.

Pendant longtemps, l’accès à un compte bancaire au Togo était un luxe réservé à une frange de la population. Cette situation étant due à des habitudes traditionnelles de thésaurisation, et à la faiblesse des revenus de la population constituée à 60% de jeunes.  Mais les différentes réformes engagées depuis 2008 par les autorités togolaises visant à redynamiser le climat des affaires – notamment la création d’un guichet unique pour le commerce extérieur, l’allègement fiscal et le renforcement de la protection des investissements – ont su redynamiser le secteur bancaire. Cette tendance s’est faite ressentir aussitôt avec la hausse du taux de bancarisation.  Aujourd’hui avec 19,61%, le Togo enregistre le second meilleur taux de bancarisation dans l’espace UEMOA après la Côte d’Ivoire. Pour Dr. Blaise Ayira, Professeur d’économie à l’Université de Lomé, cette situation s’explique par plusieurs facteurs. « Il s’agit : de la stabilité politique ; la position stratégique du Togo en tant que porte d’entrée des importations pour les pays de l’Hinterland – avec la politique des grands travaux réalisés au port, à l’aéroport  et sur le réseau routier.  Il faut aussi noter que l’amélioration du climat des affaires, le développement du secteur des mines, ainsi que l’évolution des investissements publics y sont pour quelque chose ».

Des atouts pour le Togo

Aujourd’hui, le Togo offre la meilleure pénétration du réseau bancaire dans l’UEMOA avec 1 guichet pour 35.000 habitants contre 45.000 en Côte d’Ivoire et 164.000 au Niger. La pénétration géographique suit aussi une courbe ascendante avec un point de vente pour 336km² contre 629 en Côte d’Ivoire et 13.000 au Niger. Le ratio dépôt/PIB du pays a aussi connu une tendance haussière ces trois dernières années pour atteindre 38% en 2016 ; ce qui est supérieur au ratio moyen au sein de l’UEMOA, soit 25%. « Le marché bancaire togolais se dynamise depuis quelques années et cette situation contribue à attirer de grands groupes bancaires. Je pense qu’avec les reformes macroéconomiques et structurelles en cours, le Togo peut devenir au fil des années un Singapour de la sous région, c’est-à-dire une place financière fiable. Mais avant d’en arriver là, il a fallu tout d’abord procéder à un assainissement du secteur bancaire. Aujourd’hui, cette ruée s’explique par la confiance retrouvée dans le secteur », a expliqué Charles Mivedor, un consultant en banque et finance. Selon la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’activité bancaire, mesurée au total bilan, a progressé de 15%, en glissement annuel, pour ressortir à 2.003 milliards à fin juin 2016 contre 1.928 milliards de Fcfa au cours de l’année 2015.

Les banques panafricaines s’en mêlent

Après l’arrivée de plusieurs groupes bancaires panafricains dont Diamond Bank et Attijaribank en 2011, suivis de Bank of Africa en 2012 et de la Société Générale en 2016, c’est au tour d’United Bank of Africa de jeter son dévolu sur le Togo.  Ce groupe bancaire nigérian, avec une présence dans 19 pays africains, qui compte plus de 8 millions de clients dans divers points de vente  à travers le monde, envisage de s’implanter très bientôt au Togo. Le président de ce groupe bancaire, Tony O. Elumelu, a tenu à réaffirmer l’intention de son institution de profiter de la dynamique du marché bancaire togolais lors de sa récente visite au pays. « Les filiales africaines de notre banque sont en forte croissance et nous comptons profiter de cela pour évaluer les atouts du secteur au Togo » a-t-il expliqué.  Pour sa part  Kossi Ténou, le directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pense que les indicateurs sont globalement satisfaisants et que cela attire les grands groupes bancaires : « il y a une forte mobilisation de l’épargne, un accroissement du crédit, des taux d’intérêt orientés à la baisse et la gratuité des services bancaires ; tout cela contribue à dynamiser l’activité et à attirer des groupes bancaires ».

Des perspectives d’avenir pour le marché

Tous les signaux sont au vert pour faire de ce secteur un des piliers de l’économie  nationale. Toutefois, il doit faire face à la montée en puissance des instituions de microfinances qui contribuent aussi à hauteur de 20 à 30% au Produit intérieur brut. Mais pour les acteurs du secteur, une cohabitation avec les systèmes financiers décentralisés ne constituerait pas un frein à l’essor du marché bancaire au Togo. « Les banques travaillent avec ces institutions de microfinances qui sont aussi leurs clients. Elles sont là pour atteindre les couches les plus vulnérables qui sont hors de portée du système bancaire classique » rassure la direction de l’Association des professionnels des institutions de microfinance (APIM-Togo).  Avant de conclure : «  le secteur mise également sur l’économie numérique et la privatisation des banques qu’a déjà impulsée l’Etat togolais ».


 

Auteur : Kouevi Mawu // Photos : Agences bancaires, Banque Diamond, Banque togolaise pour le commerce et l’industrie © DR

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