Junior NDONG NDONG « Repenser notre modèle de formation »

Junior NDONG NDONG « Repenser notre modèle de formation »

 Créé il y a cinq ans, Junior Achievement se veut une alternative du chômage des jeunes au Gabon. Un pays qui affiche, entre autre paradoxe, celui d’une jeunesse sur diplômée qui ne répond pas aux besoins du marché du travail local. Conseiller spécial à la présidence du Gabon en charge de la jeunesse, Junior NDONG NDONG analyse le problème et présence les solutions testées dans le pays.

Le Gabon présente un paradoxe en matière de formation : Les jeunes sont surdiplômés par rapport au besoin du marché du travail. D’où un taux de chômage de plus en plus important…

C’est vrai, que lorsque l’on évoque le problème du chômage des jeunes au Gabon, l’inadéquation formation-emploi revient à chaque fois. Chaque année, plusieurs milliers de jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail avec des profils inadaptés. Ce paradoxe pose ainsi, la nécessité de repenser notre modèle de formation dans son ensemble, afin de l’adapter aux profils exigés par l’orientation économique prise par notre pays. L’environnement économique actuel commande donc que la politique d’offre de formation soit en adéquation avec le marché du travail pour réduire ce taux de chômage. C’est en réponse à cette préoccupation que les plus hautes autorités ont opté pour une série de programmes et inciter plusieurs conventions visant à favoriser l’employabilité et l’autonomisation des jeunes dans notre pays.

JA Gabon se présente comme une de ses alternatives avec l’objectif d’orienter les Gabonais vers l’auto entreprenariat. Rappelez-nous la genèse de ce programme  et ses évolutions ?

Nous avons lancé à l’initiative du chef de l’Etat, six programmes avec JA dont l’objectif est d’accélérer le processus d’autonomisation des jeunes.
Tout a commencé avec le forum national de la jeunesse de 2011 à la suite duquel est née la politique nationale de la jeunesse. Aussitôt le président a demandé à ce que nous trouvions une solution, à travers la mise en place d’un dispositif d’incubateurs sectoriels visant à autonomiser les jeunes compatriotes.
Parmi lesquels le programme Yts Time pour les jeunes déscolarisés, Mini-entreprise pour les lycées, Yep pour les étudiants, Start up pour les entrepreneurs, Career succès pour les jeunes diplômes en quête d’emploi et Mon quartier pour les enfants âgés de moins de 12 ans.
Junior Achevement est né dans ce cadre, il y a  5 ans. A ce jour, il a formé près de 10 000 jeunes, et a organisé deux grands Prix de l’Excellence pour primer les meilleurs projets.

 

 

En effet, c’est un programme de sensibilisation et d’initiation à l’entreprenariat dédié aux jeunes de 16 à 35 ans, qui est destiné à favoriser l’accélération de l’autonomisation de la jeunesse gabonaise pour un développement durable. Il permet de présenter aux jeunes les concepts d’entreprenariat, de les accompagner à trouver une idée d’entreprise innovante, de le donner les outils pour monter un projet d’entreprise et produire un business model cohérent. Plus concrètement, il a pour vocation de permettre de répondre aux défis économiques et sociaux auxquels est confrontée la jeunesse gabonaise. De stimuler l’initiative des jeunes et de leur donner le gout d’entreprendre. De les aider à monter des projets d’entreprises viables. A rencontrer des professionnels du monde des affaires. Il permet également aux jeunes d’avoir des aperçus pratiques sur la façon de lancer une entreprise. Apprendre à interpréter des défis et les transformer en opportunités, qui pourront ainsi être traitées comme des idées novatrices. A cet effet, Junior Achievement a mis en place des programmes d’initiation à l’éducation financière, à l’employabilité et  à l’entreprenariat, à travers un incubateur national de soutien aux jeunes souhaitant avoir une instruction financière de qualité, ayant une idée, un projet ou déjà en activité ou cherchant un emploi. Un équipement est mis à disposition gratuitement afin que les jeunes formés et incubés soient dans les meilleures conditions de travail et de créativité.

D’autres programmes similaires ont été tentés au Gabon, dont Graine, mais les résultats sont encore limités. L’entreprenariat n’est pas encore un concept intégré dans la gabonitude ?

Il faut dire d’abord qu’au Gabon, les jeunes ne constituaient pas le groupe de personnes les plus susceptibles de créer leur propre entreprise en raison de leur manque d’expérience et de moyens financiers, mais force est de constater aujourd’hui qu’ils sont nombreux à envisager sérieusement cette possibilité. La crise qui frappe notre pays a créé un choc naturel chez les jeunes. Nombreux sont ceux qui ont compris que la lutte pour l’existence est avantageuse aux plus aptes. Ça parait dur dit comme ça, mais cette crise a opéré naturellement une rupture mentale chez le jeune gabonais. C’était important car cela a favorisé l’intérêt des jeunes pour l’entreprenariat et l’esprit d’initiative.

Quel rôle peut et doit jouer le secteur privé dans ce sens ?

L’entrepreneuriat peut jouer un rôle important dans la croissance économique de notre pays mais pour atteindre cet objectif,  les gouvernements et les preneurs de décisions doivent se focaliser sur certains points essentiels ; tels que la promotion de l’entrepreneuriat, l’instauration d’un environnement favorable à la création d’entreprise, faciliter  l’accès au financement et assurer le suivi des entreprises.                                                         Par la promotion de l’entrepreneuriat, on sous entends la vulgarisation du phénomène et l’encouragement de l’esprit d’entrepreneuriat. Cela passe donc par la mise en place de stratégies intégrées pour la jeunesse, incluant entre autre l’amélioration de leur participation à la prise de décision.

Plus largement, comment adapter la formation au besoin du marché au Gabon ? Les programmes scolaires, au Gabon comme ailleurs en Afrique, restent calqués sur le modèle français et pas toujours adaptés aux réalités et aux nouveaux défis du continent.

Même si la jeunesse gabonaise doit s’ouvrir au monde, elle doit se former en tenant compte de son environnement et de ses particularismes pour mieux affronter les nouveaux défis du moment. Elle doit toujours s’interroger sur son avenir et vivre le présent en étant un partenaire digne,  capable de travailler pour son pays. Déconstruire les mentalités passe par un changement de comportement qui consiste à rompre définitivement avec le mode de penser, de production et de consommation du modèle ou du référant dominant. La formation étant une  assurance pour l’avenir, les jeunes se doivent choisir les plus utiles et les plus adaptés pour accéder dans le monde de l’emploi. Ce choix ne concerne pas que les scolaires mais également d’autres types de jeunes car on dit souvent que « la formation ne finit pas et n’a pas d’âge »

Pour en savoir plus : http://www.jagabon.org/

 

Propos recueillis par DBM

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