• Joly Andres De privilégiée en Afrique à intérimaire en France
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Joly Andres De privilégiée en Afrique à intérimaire en France

 Après dix ans de galère, Joly Andres, trentenaire originaire du Gabon a enfin trouvé sa place dans le monde professionnel français. Dans un livre, ni amer ni larmoyant, elle raconte son parcours fait de rêves et de désillusion dans l’univers des grands groupes du CAC 40. Des entreprises qui, à l’image de la société française, peinent encore à voir les travailleurs originaires du continent africain comme des atouts.

Par Lilia Ayari

Certaines personnes, rares même si elles sont de plus en plus nombreuses, préfèrent à la voie royale tracée par papa s’en sortir par elles-mêmes. Au risque de connaitre des parcours complexes, semés d’embûches et d’humiliation, mais au final la réussite n’en n’est que plus belle. C’est la leçon que nous pourrions tirer de l’histoire de Joly Andres. Une quête de l’épanouissement professionnel et donc personnel qu’elle raconte dans un livre, « A la conquête du bonheur professionnel »*. Pour mieux comprendre son itinéraire, il faut remonter aux sources de sa propre histoire qui démarre, il y a une trentaine d’années, à Libreville. Née d’un mariage entre un homme issue d’une ethnie du Sud du Gabon, et une femme, Fang du nord, au sein d’une fratrie de quinze enfants, Joly Andres grandie dans un milieu plutôt privilégié. Les fonctions de son père, proche du pouvoir, lui feront voyager et découvrir le monde tout autant que l’Afrique. Aussi, après avoir réalisé tout son cursus scolaire au pays, après le bac la jeune femme aspire tout naturellement à poursuivre des études supérieures à l’étranger. « Mon père n’a pas bien compris mon choix. J’avais une voie toute tracée chez moi au Gabon où j’aurai pu bénéficier de son réseau mais moi justement je ne voulais pas, je voulais réussir par moi même. J’avais juste envie de travailler… même si j’ai toujours eu la même intransigeance : trouver un emploi qui corresponde à mes études. » Car en effet, Joly est surdiplômée, de l’HEIP Paris, ILERI, ILECI, INSEEC, IHESP, etc.

«  Ce n’était pas l’image que j’avais de Paris, ville de la diversité mais en fait oui c’était bien le problème même si on est face à une discrimination plus subtile. »

Quand vient l’heure d’aller chercher du travail, conditionnée par les écoles qu’elle a fréquentée, elle va frapper aux portes des grandes boites. Elle décroche rapidement un poste au sein de la Direction des Achats groupe d’un grand groupe pétrolier. «  Je commence par un stage puis on m’encourage à postuler, ma candidature est validée mais on me dit qu’il n’y a pas de poste disponible. A cette époque le métier des achats n’est pas encore reconnu comme tel donc je n’y vois rien de mal. On me propose un intérim pour rester dans les viviers de l’entreprise.  Je vais  enchaîner les missions d’intérim, entre temps je vois se succéder les directeurs d’Achats, à chaque fois je dois refaire mes preuves mais je me dis que ça fait partie du jeu jusqu’à ce qu’une des directrices d’Achat  me lâché dise qu’il faut que je pense à aller voir ailleurs. » Autour d’elle on lui assure que c’est en raison de ses origines, de sa couleur de peau mais Joly refuse d’y croire. «  Ce n’était pas l’image que j’avais de Paris, ville de la diversité mais en fait oui c’était bien le problème même si on est face à une discrimination beaucoup plus subtile. En effet je vais être la seule noire pendant des années au sein de cette Direction Achats, une arrivera mais à un poste d’assistante. » Pourtant, nous sommes en 2008, Nicolas Sarkozy est au pouvoir et il chante les mérites de la diversité. Les entreprises sont encouragées à signer une charte de la diversité. Y compris le groupe pour lequel elle travaille. Où, contre toute attente, on l’invite à partir. « J’en souris aujourd’hui mais à l’époque c’était dur j’en ai souffert. »

« Professionnellement elle est très bien mais elle n’est pas blonde aux yeux bleus! »

Blessée et humiliée, Joly ne se décourage pas pour autant et trouve un autre emploi, chez un leader mondial de la sécurité et de la Défense de la sécurité. « En intérim, encore une fois, mais c’est un super job, en tant que cheffe de projet Achats à l’export, j’équipais les gouvernements de tous les outils technologiques sur les chants de guerre, ce qui était dur, car je me suis retrouvée face à un univers masculin (80% d’ingénieurs) mais c’était un beau challenge. Je sortais  d’une expérience où humainement j’étais blessée, là on me confiait un poste à responsabilités, c’était une renaissance. Le directeur m’avait donné ma chance et me garantissait un emploi.  Sauf qu’à ce moment, le groupe décide du gel des embauches du fait de la crise. Je reste donc deux ans en intérim. Mais ça reste une très bonne expérience : j’étais reconnue pour mes compétences. Et je ne suis pas de nature à me plaindre.  Je prends des coups, je pleure et je me relève. » Entre temps, une femme qui travaille pour un grand groupe énergétique lui propose un job. « Elle ne comprend pas que je n’ai pas été recrutée par mes précédents employeurs. Elle appelle mes référents, on lui dira sans détour : professionnellement elle est très bien mais elle n’est pas blonde aux yeux bleus! C’est toute l’ambiguïté entre dans ces grands groupes qui opèrent entre autre en qu’Afrique mais qui ne nous voient pas comme des atouts. » Malgré tout, Joly est recrutée, en intérim toujours mais cette fois il se transforme très vite en CDI. Elle voit enfin le bout du tunnel. «  J’aurai mis environ dix ans. Non pas pour construire une carrière mais juste pour décrocher un emploi stable. Alors que je voyais les autres intérimaires se faire embaucher, moi je restais sur le carreau… Parce que je n’étais pas blonde aux yeux bleus… »

« Le monde a changé, nous ne sommes plus dans des relations entre colons et colonisés. Nous devons mettre en place des relations plus équilibrées. Sans ce complexe de supériorité d’un côte, d’infériorité de l’autre. »

De cette expérience, difficile, elle a fait un atout, une force. Et c’est le message qu’elle lance aujourd’hui à travers ce livre. Ni larmoyant ni amer, il ne vise qu’à partager une histoire, pas si singulière malheureusement, pour faire évoluer les consciences tant en France qu’en Afrique. «  Il y a une méconnaissance finalement de toute la valeur qu’on pourrait apporter et la peur de l’étranger en France qui fait qu’on continue de nous percevoir comme des personnes qui vont venir voler le pain des honnêtes travailleurs français.  J’interviens souvent sur ce sujet dans l’entreprise qui m’emploie et ailleurs en parlant des beetween. Parce que nous sommes finalement dans cet entre deux.  On est des atouts et on doit devrait nous prendre considérer comme des alliés plutôt que comme une menace. Qui mieux que nous, natifs de ces pays, pouvons accompagner les sociétés françaises en Afrique. Parce que l’on peut avoir tous les diplômes du monde, les codes culturels ça ne s’apprend pas dans les écoles de commerce. Le monde a changé, nous ne sommes plus dans des relations entre colons et colonisés. Nous devons mettre en place des relations plus équilibrées. Sans ce complexe de supériorité d’un côte, d’infériorité de l’autre. » Et à ce niveau, Joly en est convaincue, ce sont les beetween, les fils et filles de la diaspora africaine disséminés à travers le monde qui permettront de dépasser les clichés et seront de véritables ponts avec l’Occident.

Active militante contre les discriminations, toutes les discriminations, Joly est également membre du réseau Women In Networking, représentant le groupe pour lequel elle travaille actuellement et au sein duquel elle participe à l’accompagnement vers l’autonomisation le développement du leadership des femmes. Elle milite ainsi contre la discrimination des personnes issues de l’immigration à des postes stratégiques au sein des grands groupes.

Entre temps, elle travaille déjà sur son deuxième livre. « Parce que ça ne s’arrête pas à la conquête du travail, ensuite il faut réussir sa carrière professionnelle ». Mais cela, c’est une autre histoire…

Pour la suivre https://www.facebook.com/joly.leadershipfeminin/


*Juin 2017, Le livre actualité éditions (Maison Hachette).

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