• Interview  « Une Libye demain reconstruite et pacifiée pourrait profiter non seulement aux Libyens mais également aux Etats frères d’Afrique. »
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Interview  « Une Libye demain reconstruite et pacifiée pourrait profiter non seulement aux Libyens mais également aux Etats frères d’Afrique. »

 Le 5 juillet, l’armée de libération libyenne, menée par le Maréchal Khalifa Haftar -second homme fort du pays avec Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement libyen (GNA) reconnu par la communauté internationale, – arrivait au terme d’un combat de deux ans qui s’est conclu par la libération de Benghazi. Ville symbolique qui a vu l’avènement de la révolution libyenne en 2011 et se veut être aujourd’hui le point de départ du « réveil national libyen ». Difficile alors que le pays reste en proie à de nombreuses milices terroristes et/ou mafieuses. Explication avec Mohamed Dayri, ministre des affaires étrangères libyen.

 

Par DBM, en direct de Tunis.

S’il est désormais acquis qu’il n’y aura pas de nouvelle intervention militaire occidentale en Libye, la communauté internationale ayant opté pour une solution politique, le pays reste divisé. Avec deux gouvernements notamment, le votre conduit par le maréchal Haftar et celui du GNA dirigé par Fayez al-Sarraj. Apres de nombreux échecs, l’UE a tenté une nouvelle réconciliation, la semaine dernière à Tunis, ainsi que le président Macron à Paris. Avec quel résultat ? 

Sur la rencontre de Paris, l’initiative du Président Macron est louable. Elle est dans le droit fil des préoccupations françaises sur la nécessité de parvenir à une solution politique négociée. Nous sommes rassurés quant à la volonté affichée d’assurer un suivi à l’avenir à cette première recentré sur sol européen entre le Maréchal Haftar et le Président Sarraj. Nous avions également accueilli avec beaucoup de satisfaction la création d’un triumvirat le 20 février à Tunis, regroupant 3 pays, la Tunisie, l’Algérie et la Libye, à l’initiative de la Tunisie dont nous attendons toujours les résultats. Des voisins directs avec un intérêt direct et qui connaissent la Libye avec sa complexité dont vous parliez au début. Entre temps, les Emirats ont abrité une réunion entre le maréchal Haftar et le Président du conseil présidentiel Faïez Sarraj, le 2 mai à Abou Dabi mais qui  n’a pas encore été suivi d’effets.  Aujourd’hui il y a des efforts qui tendent à ce qu’il y ait un processus qui engage la Chambre des députés, le parlement dit de Tobrouk, et le Haut conseil d’Etat à Tripoli. Un processus qui doit entériner une révision limitée de l’accord de Skhirat. Aujourd’hui, nous attendons le messie, à savoir le représentant spécial des Nations Unies, Ghassan Salamé, qui doit mener toutes ces négociations mais il n’est pas encore entré en fonction. Or l’accord de Skhirat arrive à expiration en décembre 2017…

Le président du conseil, al-Sarraj, a annoncé la possibilité d’aller vers des élections en mars 2018…

Cette annonce n’engage que lui. Elle a provoqué un véritable tollé dans l’Est. Je rappel, par ailleurs, que je suis natif de Tripoli mais politiquement, je suis affilié à un gouvernement présent à l’Est. Comme d’autres compatriotes de l’ouest, du sud et évidemment de l’est de la Libye.

Ce n’est donc pas une question de tribalisme ou de régionalisme comme l’affirment certains experts ?

Non effectivement, comme moi, des natifs de Tripoli ont rejoint un camp politique et militaire, certains viennent de l’Ouest, du Sud. Parce qu’ils adhérent à un projet ; une vision de l’avenir de la Libye de demain. Il n’est donc question ni de tribalisme ni de régionalisme.

Quid de l’Union africaine ? La crise libyenne avait, il faut le rappeler, confirmer l’échec de l’institution qui s’était unanimement exprimée contre l’intervention occidentale en Libye…

Les discussions avec l’UA sont du même ordre qu’avec le reste de la communauté internationale : elles souffrent d’une multitude d’acteurs et d’un manque de coordination. Par conséquent, j’exhorte les investisseurs publics et privés européens et africains afin que l’Afrique et l’Europe conjuguent leurs efforts, en vue de soutenir la paix civile en Libye. Ce qui est dans l’intérêt de tous : une Libye demain reconstruite et pacifiée pourrait profiter non seulement aux Libyens mais également aux Etats frères d’Afrique.

Reste à stabiliser le pays. L’UE attend le retour de l’Etat pour régler le problème des migrants alors que de votre côté, vous appelez au soutien de l’UE pour rétablir l’autorité de l’Etat et par conséquent régler le problème des migrants… C’est le serpent qui se mord la queue ?

C’est tout à fait cela. D’autant que nous souffrons toujours du dogme imposé par le Conseil de sécurité des Nations Unis qui maintien l’embargo qui frappe l’armée  nationale  libyenne. Or on ne peut pas combattre le terrorisme sans restituer l’autorité de l’Etat. Je tiens à m’inscrire en faux contre l’assertion qui soutien que nous comptons deux projets d’avenir : il y a un camps qui est le notre et qui a bénéficié à deux reprises du soutien populaire et de l’autre côté, un chaos imposé par des milices islamistes et autres alliés. Donc qu’on ne nous dise pas qu’il y a un autre camp avec derrière lui un projet porteur d’avenir. Cela étant dit, nous sommes d’accord pour une solution politique avec des  compatriotes prêts à s’engager pour reconstruire la Libye nouvelle sur des bases démocratiques et institutionnelles.

 

Le fait est que la communauté internationale a reconnu ce gouvernement, et non le vôtre. Même si depuis, grâce à votre présence militaire notamment, vous avez intégré à la table des négociations de manière plus ou moins officieuses…

A ce jour, il n’y a pas de reconnaissance juridique de notre gouvernement mais de fait dans la mesure où l’on reprend langue avec nous de façon officieuse. Alors que haut et fort des contacts sont établis avec d’un côté le président de la Chambre des députés qui est toujours selon l’accord de Skhirat légitime et surtout avec le maréchal Haftar. Je tiens à souligner que la communauté internationale a décidé le 16 mai 2016 d’accorder de la légitimité au gouvernement mis en place par le conseil présidentiel, une émanation de l’accord de Skhirat du 17 décembre 2015. Cette décision n’est pas du goût de la chambre des députés  libyens puisque  celle-ci reconnaît toujours le  gouvernement d’intérim dont je suis membre. Parce que le gouvernement de Tripoli dit de concorde nationale, GNA, n’a pas encore obtenu la confiance de la Chambre des députés. Nous, non plus ne reconnaissons ce gouvernement qui a été mandaté par le conseil présidentiel pour  expédier les affaires urgentes et qui a été soutenu à Vienne par la Communauté internationale. Nous sommes porteurs d’un projet qui vise en premier lieu à rétablir l’autorité de l’Etat, un état de droit, démocratique.  Nous sommes porteurs de ce projet puisque  à deux reprises, aux élections de  juillet de 2012 et de juin 2014 il y a eu une victoire écrasante de notre camps. Les islamistes eux ont toujours été mis en minorité.

La libération de Benghazi marque une étape cruciale pour vous, à double titre… 

La libération de Benghazi couronne un combat inlassable mené depuis le 16 mai 2014 par l’armée nationale libyenne.  Une armée qui est partie de rien pour une libération totale le 5 juillet. Une armée qui combat, il faut le souligner, avec des moyens obsolètes. Nous avons exprimé un certain soulagement après le 5 juillet parce que la bataille de Benghazi est symbolique de la reconstruction de la Libye après les affres que nous avons connus depuis 2011. Benghazi, une ville où Kadhafi avait prononcé son discours du 1er septembre pour annoncer le renversement de la monarchie Senoussi  ; Benghazi c’est aussi la ville d’où est parti, le 17 février 2011, le soulèvement populaire qui a abouti au renversement du régime de Kadhafi. Les Libyens voient donc en Benghazi une ville phare, prélude au réveil national  de la Libye.

 Ceci  étant dit, pour construire cette Libye de demain, il faut reconstruire la Libye d’aujourd’hui. Et pour cela faire venir des investisseurs. A l’heure actuelle, cela reste difficile, même si l’aéroport de Benghazi a récemment rouvert…

 

Comme vous le voyez, nous avons déjà commencé à penser la Libye de demain qui doit, à l’évidence être reconstruite sur de nouvelles fondations, un Etat de droit, doté d’ institutions démocratiques, mais aussi des projets économiques d’avenir profitables aux Libyens et qui pourrait contribuer à leur bien être. Les investisseurs étrangers, autant publics que privés, devraient ainsi être intéressés à soutenir des efforts conjugués et non éparses, en vue de rétablir la stabilité politique et restituer la sécurité sur l’ensemble du territoire libyen. Or nous constatons hélas un éparpillement de ces efforts compte tenu des rivalités régionales et  internationales. Il y a des possibilités aujourd’hui de mener des projets dans l’Est, désormais pacifié, toutefois les investisseurs étrangers hésitent encore à investir dans un pays politiquement divisé. D’où mon appel à des efforts conjugués.

Une Libye nouvelle avec d’autres sources de revenus que le  pétrole, même si la production affiche une production record…

En effet, la Libye est surtout connue pour sa production d’or noir ainsi que ses réserves mais on n’oublie que le sol libyen regorge également d’or, surtout au sud d’énormes réservoirs hydrauliques, sans oublier l’énergie solaire qui pourrait être utilisée et exploitée en Libye. Nous avons également une bande côtière de 1900 km face à laquelle, dans les eaux territoriales libyennes, il y a de multitudes de richesses en poisson et autres ressources halieutiques. Sans oublier le pétrole, au large des côtes libyennes où est exploité l’un des plus grands puits pétroliers… La Libye bénéficie également de richesses archéologiques, grecques et romaines, dont le théâtre romain le plus intact de par le monde jusqu’à présent. Par conséquent un tourisme intelligent pourrait être mis en œuvre. Sans oublier un tourisme du Sahara fort apprécié  avant 2011 par de nombreux amateurs.  Autant  de potentiels pour une Libye de demain qui pourrait, selon certains observateurs, être comparés à un autre Dubaï, avec une population peu nombreuses, de nombreuses ressources, une position géostratégique au nord de l’Afrique et à proximité de l’Europe. Un atout pour les Etats enclavés, comme le Niger, le Tchad et le Nigeria, avec lesquels autrefois un commerce de  caravanes existaient. Pour preuve, la confrérie Senoussi a conduit de nombreux Libyens, de l’Est comme de l’Ouest, à s’établir, et s’épanouir, au Nord du Nigéria. Aujourd’hui encore, certains de leurs descendants parlent le Haoussa. Cette migration autrefois religieuse pourrait reprendre aujourd’hui, autour de ce triangle, Libye-Tchad-Niger et Nigéria ; renforcé par des aspects historiques et des intérêts économiques évidents.

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