• Interview  Casimir Berthier Fotso Chatue

Interview Casimir Berthier Fotso Chatue

« Je prône au Cameroun la création d’une Société Nationale de Monnaie Électronique »

GoSat est le premier opérateur à fournir la connexion Internet par satellite au Cameroun. Dans moins de trois mois, la structure et ses partenaires vont connecter tout le pays et l’Afrique centrale au haut débit. Dans cette interview exclusive accordée à ANA, son Président directeur général donne les motivations de ce déploiement dans un pays qui vise l’émergence numérique à l’horizon2020.    

Vous avez procédé au lancement des activités commerciales de GoSat le 26 juillet 2017 à Douala. Ce jour, votre entreprise, qui fait dans la fourniture de la connexion internet par satellite, a présenté ses offres aux populations. Quel bilan dressez-vous deux mois après le lancement de cette opération ?

Nous avons un bilan en demi-teinte de ce lancement. Sur le plan technique, nous avons réalisé avec nos partenaires anglais et français une prouesse technologique jamais égalée en Afrique Centrale : fournir avec un satellite de nouvelle génération HTS des débits internet, ce qui est inédit , 20 fois supérieures à ce qu’il y avait avant, quand ça existait,  à des PME/PMI, structures et administrations en zone rurale ou particulier quelque soit l’endroit où ils se trouvaient dans notre zone de couverture.L’engouement des populations rencontrées pendant notre caravane de 1000km et 12 villes et villages des régions du littoral et surtout de l’ouest à été très élevé. Pour le passage à l’étape commerciale, le même enthousiasme n’a pas été observé de la part des pouvoirs publics qui trainent encore à sortir le cadre règlementaire devant encadrer la diffusion de ce type d’accès à Haut débit démocratisé et y attacher les moyens d’accompagnement nécessaires.

En partenariat avec Konnect Africa, filiale africaine d’Eutelsat, vous avez décidé de connecter tous les internautes camerounais par satellite. Qu’est ce qui a motivé une telle initiative ?

Nous n’avons pas et nous n’ambitionnons pas de connecter tous les Camerounais par satellite. Nous avons offert notre modeste contribution dans la mise en place des infrastructures à larges bandes, nécessaires pour permettre au gouvernement d’avancer plus rapidement dans sa politique qui consiste à faire du Cameroun un pays numérique á l’horizon 2020 à hauteur d’au moins 20% en droite ligne de l’émergence 2035, en apportant des solutions complémentaires aux solutions mobile et fibre optique actuelle. J’ai quitté ce pays il y a 30 ans à la sortie de la plus prestigieuses des Écoles technologiques du pays, je ne serais pas revenu avec ce projet si je ne pensais pas que ce que j’ai appris et réalisé dans d’autres cieux dans ce domaine ne me permettait pas de remettre à mon pays tout ce qu’il m’a donné. Je suis un fruit du secteur éducatif public du Cameroun à l’époque et il y a plus de 40 ans, l’éducation nationale nous réunissait dans les maisons du parti et dans les défilés du 11 février pour nous remettre des prix d’encouragement et nous recevions des traitements mensuels de l’État pendant nos années de grandes Écoles. Donc « Give Back to myroots » sans compter a été ma principale source de motivation.

Quelle est la particularité de la connexion Internet  fournie par GoSat ?

Nous apportons aux populations des zones couvertes, une solution immédiate de connectivité à l’ Internet Haut Débit sans utiliser des infrastructures terrestres parfois inexistantes ou mal entretenues qui causent ces instabilités et portent un tort à l’effort de sensibilisation des populations vers le chemin de la numérisation. En clair, quelque soit votre lieu de travail, d’habitation ou d’expression de vos activités administratives, sociales ou économiques, nous vous installons, une heure après notre arrivée sur votre site, une petite parabole satellite de 74cm qui vous ouvre vers le monde un débit bidirectionnel atteignant les 20Mégabits par seconde, c’est à dire capable pour les uns, de vous faire accéder aux Giga données des bibliothèques de savoir disponibles sur le net et de les avoir en moins d’une heure là où d’autres connexions feraient des jours entiers pour les télécharger, et pour les autres réaliser des transactions administratives ou financières sans quitter leurs bureaux, et donc un gain de temps incalculable.

Les pouvoirs publics ont pris sur eux de suspendre Internet dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest ce qui a occasionné beaucoup de pertes. Comment avez-vous réagi ?

Ecoutez, pas de questions pièges ! Toute initiative dans quelques pays que ce soit, visant à la restriction des libertés individuelles ne doivent jamais être saluées. Les libertés d’expression ou plutôt les « libertés digitales » sont des droits fondamentaux et d’ailleurs une résolution des Nations Unies pas plus tard que l’année dernière, condamnait les restrictions d’accès à Internet qui se font et continuent à se faire dans certains pays. Cette résolution, malgré le fait qu’elle était non contraignante donc pas force de loi, n’avait d’ailleurs été signée que par 47 pays qui se reconnaitront, et on espère que d’autres vont les rejoindre.

Pour nous en tant qu’opérateur et fournisseur de service internet, le même texte des Nations Unies condamnait des appels à la haine de nos utilisateurs et des incitations à la violence sur internet et ceci nous contraint, de mon point de vue en tant qu’opérateur à combattre ces comportements et à livrer aux autorités ceux qui utiliseraient nos réseaux internet pour se livrer à de tels comportements.

Nous avons à GoSat mis en place avec nos partenaires la notion de traçabilités par adresses IP fixes et par adresses Mac émettrices. C’est dire que nous pouvons remonter sur tout message sortant de nos réseaux GoSat, le site d’origine, le nom de l’abonné GoSat et le propriétaire de l’installation car ceci est récupéré au moment de l’installation ici au Cameroun et archivé dans notre base de données sécurisée en ligne sur le cloud. C’est le même processus que lors de l’identification des cartes SIM GSM que nous nous sommes imposées, mais encore plus poussé parce que nous connaissons la position géographique exacte en longitude et latitude de chaque installation GoSat, de chaque utilisateur, le satellite utilisant ceci pour recevoir ou envoyer ses informations. En cas d’enquête, nous pouvons mettre ces données protégées à la disposition des pouvoirs publics et même les aider à remonter à l’adresse Mac de l’ordinateur ou du portable émetteur du message derrière le point GoSat, quitte au gouvernement de savoir par d’autres moyens le propriétaire du portable en s’adressant au propriétaire du lien GoSat que nous aurions communiqué.

Si une demande de suspension de ce site précis par le gouvernement doit avoir lieu, c’est juste un clic de souris par nous à Afrikanet GoSat Cameroun et seul ce site sera interrompu ou même rayé du réseau et mis ainsi hors d’état d’émission, et pas l’ensemble des sites d’une région comme avec d’autres opérateurs.

Cette coupure a-t-elle motivé ce déploiement de GoSat ?

Non et Non ! J’ai expliqué ma motivation à créer GoSat que je mets à disposition dans deux pays phares de la sphère Francophone en Afrique à savoir le Cameroun et la Côte D’Ivoire en évoquant mon enfance et mon éducation dans les écoles de Douala et plus tard de Yaoundé. Les technologies de traçabilité que moi et mes partenaires européens avons développées nous permettent d’avoir les moyens de servir l’État, s’il fait appel à nous dans le contexte que vous avez évoqué pour ainsi éviter une situation où tout le monde est impacté par les agissements punissables de certains utilisateurs d’internet mal intentionnés n’obéissant pas aux règles de tolérance, de dialogues saints et d’expression non incitative à la violence prônée par les Nations Unies, pour que tout le monde tire profit de ce merveilleux outil de développement et de réduction de la pauvreté qu’est Internet.

Jusqu’ici, GoSat est le seul opérateur qui donne cette opportunité issue des dernières technologies aux Camerounais. On suppose que c’est un gros investissement. Combien cela vous rapporte-t-il en retour ?

Permettez  que je ne rentre pas dans les chiffres. Sachez tout simplement que mes partenaires anglais et français (pour une fois qu’ils travaillent ensemble dans une entente cordiale pour notre profit à nous les Africains) ont mis l’équivalent de prêt du dixième du budget de L’État Camerounais de cette année dans les infrastructures satellites et de connectivité pour que ces projets expérimentaux qui nous donne les perspectives que j’ai longuement évoqué puissent voir le jour pour la première fois ici en Afrique centrale, c’est à dire largement plus qu’une société nationale de renom se félicite cette semaine d’avoir transféré dans les caisses de l’État.

Quant à ma contribution personnelle, je dois tout simplement remercier ma famille et particulièrement mon épouse qui, tombée amoureuse du Cameroun il y aura bientôt 30 ans, me laisse les embarquer en fonds propre dans des projets de ce types où l’on a comme retour, juste le sourire et des sauts de joies d’un enfant d’une école rurale en zone couverte ici ou d’un lycée en zone défavorisée qui, connectée par Gosat au haut débit dans la journée, redécouvre d’un coup le monde et retourne chez lui le soir en imaginant les multiples possibilités qui désormais s’offrent à lui dans sa quette du savoir, dans son inventivité et dans sa préparation à aller à l’assaut des nouveaux métiers de demain pour d’abord son bien et ensuite le bien de notre pays.

Pour le moment, seules les populations de deux régions (ouest et littoral) du Cameroun, peuvent jouir de la connexion internet par satellite de GoSat. Qu’en est-il des autres régions ?

Très bonne question pour savoir notre timing. Mes partenaires ont prévu le lancement d’un nouveau satellite dans moins de trois mois qui va couvrir les autres parties du Cameroun et aussi d’autres pays d’Afrique centrale et de l’Ouest.  Mais notre calendrier d’implantation et de divulgation de ce moyen de connectivité ouvrant le chemin vers le numérique ne dépend pas seulement de nous. Les retours sur investissement de mes partenaires sur ces phases expérimentales dans les parties couvertes déjà constituent un des points d’encouragement et des signaux pour aller de l’avant et l’Etat Camerounais doivent y jouer un grand rôle.

Dans notre pays, l’Etat doit véritablement s’emparer du volant du train numérique en s’imposant et en respectant sa propre feuille de route vers la numérisation.  Il doit mettre en place une politique de transformation numérique en commençant par implémenter une administration électronique et en incitant la plupart des sociétés d’Etat á lui emboiter le pas dans leur secteur d’activité pour servir la population avec des démarches facilitées par l’outil numérique. L’Etat doit imposer des filaires ou créer des écoles spécifiques en stratégie numérique. La veille et l’intelligence numérique pour améliorer son quotidien doit être l’affaire de tous les acteurs économiques de ce pays. En prenant le leadership dans les aspects de cybersécurités l’Etat doit faire bouger le Noeux gordiens de la fluidité de l’économie : La monnaie, et je vais expliquer. En effet, la mise en place de la monnaie électronique ne doit pas être le seul fait des sociétés de télécommunications privées, vue le rôle central qu’elles jouent dans l’économie numérique. Elle ne doit pas être celui de l’Etat non plus, car on sait ce que ça devient dans ce cas. Il faut un véritable partenariat public privé pour fluidifier et rassurer tous les acteurs économiques.Le taux de bancarisation de notre pays est autour de 15%, en avance sur certains pays d’Afrique centrale certes, mais très loin des autres pays d’Afrique du Nord qui caracole en tête avec plus de 70%, par contre la finance électronique nous donne une véritable chance de rattrapage car la bancarisation numérique nous crédite malgré les insuffisances que j’ai mentionné de bon élève. Je prône au Cameroun la création d’une Société Nationale de Monnaie Électronique pour fluidifier notre route vers l’émergence numérique, accélérer la confiance des usagers, favoriser les eProjects et e-commerce,  intégrer nos administrations centrales et régionales pour accélérer les démarches des citoyens, pour donner le pouvoir financiers aux planteurs et á tout le monde agricole et rural car c’est notre ressource première. Notre expertise à Afrikanet GoSat en Angleterre peut être sollicitée.

En mettant en place des structures et ressources adéquates pour le  développement du numérique avec des mesures incitatives en matière d’infrastructure, d’aide á la connectivité, l’Etat en sera le plus grand bénéficiaire et les connexions internet de qualité telle que les nôtres á GoSat, ne devraient pas trouver un accueil timide de la part de nos autorités mais au contraire, comme dans certains pays pour ne citer que le Rwanda, la Côte d’Ivoire et même l’Ouganda bénéficient des encouragements du fond spécial des télécommunications pour étendre la couverture rapidement vers toutes les autres régions du pays qui en ont le plus besoin.


 

Propos recueillis par Didier Ndengue

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