• Fiad 2017 : Les ambitions marocaines s’affirment… et interrogent.
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Fiad 2017 : Les ambitions marocaines s’affirment… et interrogent.

Deux chefs d’Etats, une trentaine de délégations africaines, plus de 2000 opérateurs  économiques… La 5ème édition du Forum Afrique Développement, qui se tenait les 17 et 18 mars à Casablanca, confirme le succès de cette plateforme, initiée par le groupe bancaire Attijariwafa, qui renforce ainsi son ascension continentale. A l’image du Royaume chérifien qui accélère sa stratégie panafricaine et multiplie ses ambitions. Loin d’être une fin en soi, le « retour à la maison », autrement dit au sein de l’Union africaine, n’est qu’une étape. Quelles seront les suivantes ? 

 

Le président Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et le Guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union Africaine resté dans les coulisses, des ministres, des représentants d’institutions publiques et privées d’une trentaine de pays du continent, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Benin, ainsi que le Rwanda, seul pays anglophone. Sans oublier le Burkina, invité d’honneur. Et surtout plus de 2000 opérateurs économiques.  Incontestablement, d’année en année, le Forum Afrique Développement, qui se tenait les 17 et 18 mars à Casablanca, plateforme initiée par le groupe bancaire Attijariwafa pour créer des synergies entre les acteurs du secteur privé africain, confirme son succès. Se positionnant comme le RDV d’affaires incontournable dans l’agenda des leaders publics et privés du continent. Du moins, de l’Afrique francophone essentiellement. Une zone où l’institution bancaire a étendu ses ramifications. A travers elles, celles du Royaume chérifien. Et justement, l’édition du Fiad 2017 se tenait à un moment particulier pour le Maroc, ce qui n’aura échappé à personne, et qui fut signifié de manière très implicite par le PDG d’Attijari, Mohamed El Kettani, dès son discours d’ouverture.
Cette édition du Fiad se tient  « à un moment historique pour le royaume : le retour dans sa famille, l’Union africaine, et sa demande d’adhésion à la CEDEAO. »

« La réunion de cette grande famille africaine, allusion au Fiad, se tient à un moment historique pour le Royaume : le retour dans sa famille, l’Union africaine, et sa demande d’adhésion à la CEDEAO sous la conduite éclairée de sa majesté le roi Mohamed VI. » Le ton de la manifestation, avec une connotation du coup beaucoup plus politique, est ainsi donné. Le chef de l’état du Burkina Faso lui-même, Rock Kabore, reprendra à son tour l’expression. « Ce retour au sein de sa famille ne peut que renforcer les liens déjà si solides entre le Royaume et les autres pays africains. » Des relations, soulignera le ministre des affaires étrangères marocaines Salaheddine Mezouar, qui appellent à plus d’ambitions pour une Afrique « décomplexée et solidaire qui croit en ses capacités ; une Afrique capable d’inscrire son nom et de s’imposer dans un monde en mutation impitoyable qui écrasera les plus faibles. » Autrement dit une Afrique réunie et fraternelle, sous l’impulsion d’un Maroc qui ne dissimule pas ses ambitions de leadership.

 

Un dessein panafricain dans lequel Attijari joue un rôle certain 

Premier investisseur dans la zone francophone, désormais positionné en Afrique anglophone, le Royaume met incontestablement un coup d’accélérateur dans sa stratégie panafricaine. Pour preuve, les dernières tournées royales. Si le roi VRP multiplie ces dernières années les visites officielles dans les pays frères avec lesquels il renouvelle les liens d’amitié – et par la même occasion les partenariats économiques à travers de juteux contrats pour les champions marocains, les entreprises phares de l’expansion marocaine – celle-ci n’auront jamais été aussi nombreuses. Jouant à fond la carte de la coopération Sud-Sud, le Maroc confirme sa percée continentale, à tous les niveaux, diplomatique, économique, culturel, et cultuel même. Un dessein panafricain dans lequel le groupe Attijari, dont l’actionnaire de référence est la Société nationale d’investissement (SNI), la holding royale et bras financier des ambitions marocaines en Afrique, joue un rôle certain.

 

Le Club Afrique développement : pérenniser l’esprit du forum

C’est dans ce cadre que s’inscrit le forum et depuis l’an dernier le Club Afrique développement.  « Dès la quatrième édition, on s’est rendu compte que les attentes étaient non seulement plus importantes mais plus exigeantes. Donc on a pris la décision de pérenniser l’esprit du forum à travers le Club Afrique développement », explique Mouna Kadiri, en charge de la jeune institution. Concrètement, lancé en 2016, toujours sous l’impulsion de la SNI, le Club, qui compte à ce jour 400 membres, des sociétés privées mais également des institutions publiques, fonctionne sur le même modèle que la Banque : il met en relation, à travers ses agences locales, les opérateurs économiques adhérents autour de découvertes de marchés, de missions sectorielles, de l’accès à̀ de l’information fiabilisée et des appels d’offres émis dans 13 pays en Afrique. Une activité qui dépasse largement le rôle d’une institution bancaire et qui n’aura manqué de soulever quelques interrogations dans les couloirs du Hyatt, l’hôtel qui accueillait la manifestation. « Renforcer la coopération Sud-Sud, fédérer les énergies, mutualiser les expertises, c’est dans notre intérêt à tous, indique le représentant d’un organisme patronal béninois. Mais là où cela nous interpelle c’est que la mission est confiée à une banque et non à institution patronale. » Même si la CGEM, le patronat marocain, est partie prenante du projet, à travers sa directrice, Myriam Bensalah, très présente au forum.

 

Allié ou concurrent ? 

Plus largement. Des questions commencent à se poser « sur le deal que nous propose le Maroc, poursuit un banquier ouest africain… S’il agit d’un partenariat gagnant, comme ils le prétendent, d’être plus forts ensemble pour faire face aux enjeux mondiaux, il va falloir que le Royaume joue lui aussi la carte de la réciprocité. Pour dire les choses plus directement : qu’il ouvre son marché. Si moi demain je veux m’implanter au Maroc je ne le pourrais pas car la  législation est extrêmement protectrice. Alors que chez moi je suis directement concurrencé par les banques marocaines. » Attijari entre autres. A la fois allié et concurrent ? Un rôle difficile à jouer tant par le groupe marocain que pour le Royaume…


 

 

Auteur : Dounia Ben Mohamed // Photos : Prix Silver des Trophées de la Coopération Sud-Sud : SANIA, Côte d’Ivoire – Allocution de M. Mohamed El Kettani, Président du groupe Attijariwafabank – © DR.

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