Emmanuel Macron à Alger : « Il faut moderniser l’économie algérienne »

Le président français, Emmanuel Macron, était à Alger mercredi 6 décembre pour une visite express durant laquelle il s’est entretenu avec plusieurs responsables politiques, dont le premier ministre Ahmed Ouyahia et le président algérien Abdelaziz Bouteflika.

 

Par Zahra Rahmouni, à Alger

Branle-bas de combat à Alger. A la veille de l’arrivée d’Emmanuel Macron, les travailleurs municipaux s’affairaient encore sur les rues Didouche Mourad et Larbi Ben M’hidi, principales artères du centre ville de la capitale. Les trottoirs sont rabotés, les passages piéton rafraichis et plusieurs fleurs ont été plantées en prévision du passage du président français.

« Il devrait visiter une fois par mois et passer par Chevalley, Draria (des quartiers excentrés d’Alger) », s’amuse un chauffeur de taxi qui déplore que les travaux de rafraichissement ne bénéficient qu’au centre ville.

Mais si les autorités algériennes ont effectué un grand coup de balaie dans la capitale, c’est que cette « visite de travail et d’amitié » de quelques heures à Alger, la première depuis son élection en mai 2017, représentait un enjeu de taille : consolider les fraîches mais solides relations nouées lors de la précédente visite du candidat Macron à Alger. Ce dernier avait su s’attirer les sympathies d’une partie de l’intelligentsia locale en fustigeant la colonisation. Un sujet encore très sensible dans le pays.

Un tapage non nécessaire

En attendant, du côté de la population, l’ambiance était plutôt à l’indifférence voir à la colère. La plupart des personnes interrogées sont incommodées par le blocage du centre ville. Les commerces tournent au ralenti et des Algérois venus effectuer des démarches administratives sont renvoyés chez eux. Certains élèves n’ont pas pu accéder à leur école et il faut faire plusieurs détours pour parvenir aux ruelles qui entourent la principale artère Larbi Ben M’hidi, du nom d’un héros de la guerre de libération algérienne. Une jeune femme tente de se frayer un passage vers son domicile et ne décolère pas. « C’est indigne et même une trahison de le faire passer par cette rue. Les gens auraient du boycotter la visite et rester chez eux au lieu d’attendre derrière les barrières », lance-t-elle. Le dispositif de sécurité est impressionnant, les sacs font l’objet de fouilles, un hélicoptère tourne en permanence et les éléments de la police nationale sont déployés sur les toits proches de la librairie du Tiers Monde où le président français a fait une halte.

A une centaine de mètres, près de la Grande Poste, un groupe d’étudiants de 24 à 25 ans discutent. Ils disent ne rien attendre de cette visite. « Il ne vient que pour les intérêts politiques et économiques de la France. Macron ne verra d’Alger que l’image qu’ils veulent lui en donner. Cette visite n’a d’intérêt que pour les personnes qui vont en bénéficier, il ne vient pas pour trouver de solutions à nos problèmes et de toute façon, on peut les régler seuls. Qu’il vienne aujourd’hui ou demain pour une journée ou plusieurs jours cela ne changera rien pour moi », s’exclame Hamid, étudiant en travaux publics.

Pourtant le président français a bien un message pour la jeunesse du pays. « L’avenir des jeunes algériens qui veulent réussir ce n’est pas forcément d’aller en France », a déclaré ce dernier dans un entretien accordé au site algérien TSA. Venu accompagné de Xavier Niel, patron de Free, il plaide pour la création d’une « école 42 » en Algérie destinée à la formation chaque année de 5000 à 10 000 jeunes algériens passionnés par le numérique.

Le président français veut lutter contre l’immigration illégale. « Ce n’est pas un projet d’avoir le visa pour la France » a-t-il expliqué lors de la conférence de presse qui s’est tenu en début de soirée. Il reconnait néanmoins que le système de visa doit être simplifié pour les hommes d’affaires, journalistes, étudiants et autres acteurs du monde culturel qui souhaiteraient se rendre en France. 

Mémoire, sécurité et économie

Sur le volet historique, le président français refuse la repentance et appelle plutôt à un travail conjoint et des gestes réciproques. Il s’engage à procéder à la restitution des crânes de résistants algériens et indique qu’un travail législatif sera effectué dans ce sens. Il appelle aussi les autorités algériennes à faire des efforts pour que les Français qui ont une histoire avec l’Algérie, pieds-noirs et descendants de Harkis, puissent visiter le pays s’ils le souhaitent.

Sur le plan de la sécurité, il a rappelé l’importance stratégique du partenariat franco-algérien et la nécessité de maintenir des relations étroites en matière de lutte contre le terrorisme dans la bande sahélienne et afin d’oeuvrer à la stabilisation politique de la Libye.

Accompagné d’entrepreneurs français, il a annoncé sa volonté de créer un fonds d’investissements franco-algérien à destination des Français et binationaux souhaitant investir en Algérie ainsi que les entrepreneurs Algériens intéressés par le marché français. « Mon objectif est que Peugeot réussisse à s’implanter », a déclaré Emmanuel Macron qui ne cache pas que l’Algérie peut mieux faire pour attirer les investisseurs. « Le contrôle des change reste très contraignant, les règles de majorité aussi, ce n’est pas une économie qui s’est ouverte. Il y a une modernisation du cadre d’investissement qui doit se faire », explique-t-il.

Une visite d’Etat en Algérie est prévue pour 2018. En attendant, la 4ème session du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français se tiendra demain à Paris et permettra d’avancer sur plusieurs projets d’investissements et de partenariats au cours des prochaines semaines, a indiqué le président français.


 

 Par Zahra Rahmouni, à Alger
Crédit Photo Zahra Rahmouni : « Les ministres algérien et français des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel et Jean-Yves Le Drian lors de la visite d’Emmanuel Macron à Alger ».

Vous pourriez aussi aimer

Actualité

« Cette application sera dans les années à venir la bourse agricole par excellence en Afrique »

Dans le souci de permettre à l’agriculture de sortir des sentiers battus au Togo et en Afrique de l’Ouest,  une plateforme numérique dénommée « E-agrobusiness » a été lancée en mai

Actualité

Togo : Les Etats africains se mobilisent contre la piraterie maritime

Du 2 au 7 novembre 2015, la capitale togolaise, Lomé, abritera la «Conférence africaine sur la piraterie maritime». Cette rencontre de l’Union Africaine se focalisera sur deux axes à savoir

Actualité

Gabon : les femmes à l’avant-garde de la lutte contre la pauvreté

Face à la crise du marché pétrolier qui frappe le Gabon, les femmes ont choisi de se lancer dans l’entrepreneuriat pour nourrir leurs familles et pour leur épanouissement personnel. Exerçant