• Chine « La Tunisie est pour nous un axe centrale »

Chine « La Tunisie est pour nous un axe centrale »

En marge d’un forum sino –tunisien organisé le 7 juillet à Tunis, une importante délégation chinoise, composée d’acteurs du privés et du public, ont fait le déplacement, exprimant leur volonté de renforcer leur partenariat avec la Tunisie,  un pays jugé central dans le bassin méditerranée avec un accès privilégié à l’Europe, le monde arabe et l’Afrique. Un allié stratégique donc pour l’Empire du Milieu qui a lancé, en 2013, le programme «  One Belt, One Road », la nouvelle route de la soie. 

Par Dounia Ben Mohamed, en direct de Tunis
Si la Chine est un pays à l’histoire plusieurs fois millénaire, la Tunisie également. Depuis plus de trois milles ans, ce pays le plus petit certes, mais également le plus au nord du continent africain avec un accès privilégié au continent européen, à l’Afrique- à laquelle il a donné son nom- et au monde arabe, joue un rôle central au coeur du bassin méditerranéen. Et pas uniquement en tant que carrefour commercial. Au contraire, à ce niveau les affaires ont faibli : les échanges avec la Chine, 0.2% des exportations tunisiennes, représentent près du tiers du déficit commercial tunisien, alors que les importations en provenance de la Chine représentent 8.4% des importations totales de la Tunisie.
« Quand vous cherchez à investir dans un pays, vous recherchez des zones stables, où la société est stable, où l’environnement des affaires est stable. C’est le facteur principal d’attractivité de la Tunisie pour les investisseurs chinois. »
Le forum de Tunis, organisé dans la capitale tunisienne le 7 juillet à la Maison de l’entreprise, dont le thème était «  Tunis-Chine : un partenariat d’avenir », avait justement pour ambition de renforcer la coopération entre les deux pays. Une importante délégation chinoise composé d’acteurs du public, du privé mais aussi d’universitaires, a spécialement fait le déplacement à cet effet. Avec un même message : pour la Chine, la Tunisie est amené à devenir un partenaire stratégique. Et c’est Ma Zhenxuan, président du Public diplomacy & culture exchange center, qui l’explique le mieux. «  Premièrement, nous avons de bonnes relations avec la Tunisie, nos pays partagent une tradition d’amitié vieille de plus de 2000 ans. Deuxièmement la Tunisie a une position géographique très stratégique, avec des connexions avec l’Afrique, l’Europe, le monde arabe et même l’Asie. Ce qui en fait le hub de la région. Et troisièmement, contrairement à d’autres pays africains, la Tunisie est un pays stable. Aujourd’hui le monde entier le reconnaît, y compris les Chinois, la Tunisie est le premier pays à avoir vécu le printemps arabe de 2011 et le seul à avoir traversé avec succès sa transition démocratique. Par conséquent, quand vous cherchez à investir dans un pays, vous recherchez des zones stables, où la société est stable, où l’environnement des affaires est stable. C’est le facteur principal d’attractivité de la Tunisie pour les investisseurs chinois. »
Un véritable « Plan Marshall chinois » sur les 30 prochaines années
Pourtant le pays qui se confirme le plus dans son ambition de hub pour l’Afrique dans la région, c’est le Maroc où  les Chinois sont bien implantés. La Banque chinoise d’import-export China Exim Bank a ouvert, le 28 mai 2016 un premier bureau de représentation à Rabat qui doit desservir le Maroc ainsi que 26 pays africains de l’Afrique du Nord, du Centre et de l’Ouest, afin de fournir des services financiers aux entreprises chinoises de la région, sachant qu’elle dispose depuis 1999 d’une plateforme équivalente à  Johannesburg qui couvre l’Afrique de l’Est et australe. Mais alors que la Chine, deuxième investisseur mondial et premier marché émetteur à l’échelle mondiale, s’est orienté depuis 2013 dans une nouvelle stratégie, la Tunisie voit son intérêt renforcé. Intitulé « One Belt, One Road » (OBOR ou Belt and Road Initiative, BRI), ou autrement dit « La ceinture économique des routes de la soie et de la route maritime de la soie du 21ème siècle », le programme porté par le Président XI Jinping  vise à développer à la fois l’influence chinoise et un cordon de stabilité économique dans des régions reculées d’Asie centrale, entre l’Europe et la Chine, mais aussi le long des côtes des pays des mers d’Asie du sud-est, d’Océanie, jusqu’à la corne de l’Afrique. Cette initiative englobe plus de 60 pays, qui représentent 60% de la population mondiale et 33% du PIB mondial. Un véritable « Plan Marshall chinois » sur les 30 prochaines années, selon les observateurs,  doté d’un capital initial de 100 milliards de dollars, qui prévoit des investissements dans les domaines des infrastructures, le commerce, la connectivité, mais aussi en matière d’investissements, de financements ou encore d’échanges entre experts.
« Nous croyons fermement que la Tunisie va jouer un rôle essentiel dans le renforcement de cette politique Une ceinture, une route. »
«  Nos ancêtres ont parcouru les terres et les déserts, surmonter les mers, pour construire cette route de la soie qui a pu connecter les Asiatiques les Européens et les Africains. Cette route a ouvert de nombreuses fenêtres pour des échanges amicaux entre de nombreux pays et écrire de nombreuses pages de l’histoire des hommes. Aujourd’hui, la Chine a entrepris de relancer, à travers le BRI, une nouvelle plateforme de paix et de coopération qui va promouvoir l’ esprit d’échanges entre les cultures chinoises et des pays qui se trouvent tout au long de cette route, indique Ma Zhenxuan. Nous croyons fermement que la Tunisie va jouer un rôle essentiel dans le renforcement de cette politique Une ceinture, une route. »
« Le co-investissement , dans le cadre d’une démarche régionale, serait envisageable avec nos partenaires chinois. »
Une opportunité pour les autorités tunisiennes, engagées dans la nouvelle feuille de route Tunisie 2020 qui vise à relancer l’économie nationale et attirer de nouveaux investisseurs. «  A première vue, les deux pays présentent des écarts importants qui  ne pourraient en faire des partenaires idéaux. Et pourtant, on voit qu’il y a un potentiel fort de créer un partenariat important, indique le ministre du développement de l’investissement et de la coopération,  Mohamed Elfadhel Abdelkafi avant de souligner les facteurs d’attractivité du pays. Il y a une infrastructure qui est en train de se developper, une proximité avec le marché Européen, l’Afrique et nous sommes en train d’intégrer la Comesa, un marché qui regroupe 19 pays. La Tunisie c’est également et surtout un bassin d’emploi et d’innovation, un cadre juridique, des institutions en pleine mutation , en progrès pour les mettre aux attentes des investisseurs internationaux, débureaucratiser et numériser le climat des affaires pour le rendre plus attractif. Nos amis Chinois sont les bienvenus. Nous sommes la pour les accompagner et les soutenir dans cette belle dynamique en cours. Les conditions sont réunies pour un vrai partenariat. » Mais la Tunisie, pays qui a payé cher le prix de son indépendance et de sa souveraineté, a clairement défini le cadre de ce nouveau partenariat ainsi que l’explique le ministre : «  Nous on pense que le co-investissement , dans le cadre d’une démarche régionale, serait envisageable avec nos partenaires chinois. » Avec les marchés africains en première cible de ce co-investissement.
« Nous avons des efforts à fournir pour être plus visibles en Chine »
Si les conditions pour ce « partenariat d’avenir » entre la Tunisie et la Chine semblent réunies, Dhouha Mizouni Chtourou, PDG de Carthage Olive Oil et vice-présidente du conseil d’affaires tuniso-chinois, au sein de l’Utica, principale section patronale nationale, invite ses compatriotes à plus d’efforts. «  J’ai participé au plus gros forum agro-industriel organisé en Chine, tous les pays y étaient représentés avec d’importants pavillons, y compris le Maroc. Pour la Tunisie, nous n’étions que deux exposants, producteurs d’huile d’olive… Nous avons des efforts à fournir pour être plus visibles en Chine. » Le visa entre la Chine et la Tunisie a déjà été supprimé, pour attirer notamment les touristes chinois mais également les investisseurs, une premier étape concrète qui devrait ouvrir la voie à ce nouveau partenariat sino-tunisien.


Par Dounia Ben Mohamed, en direct de Tunis

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