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Cameroun : A l’école italienne

Construction du complexe sportif de Yaoundé en vue de la CAN 2019 ; construction également de logements sociaux ; mise en place d’un réseau de transport urbain dans la capitale ; création d’usine de transformation de produits agricoles… Les Italiens s’affichent désormais comme les partenaires privilégiés d’un Cameroun en plein chantier « pré-émergence ». Le fruit de la coopération, récemment intensifiée, entre les deux pays

Par Dounia Ben Mohamed

 

Si la visite en mars dernier du président Paul Biya à Rome, un an après quasiment jour pour jour la visite du président italien, Sergio Mattarella, à  Yaoundé, a donné une nouvelle impulsion aux relations italo-camerounaises, celles-ci étaient déjà bien lancées. Des relations qui s’inscrivent dans la convergence entre des intérêts communs : l’Italie, principale porte d’entrée des migrants africains en route vers l’eldorado européen, cherche des alliés sur le continent pour limiter la pression migratoire en contrepartie d’une aide au développement socio-économique ; le Cameroun, quant à lui, confronté à deux crises – au Nord où Boko Haram poursuit ses exactions mais aussi à l’Est – en appelle au soutien de l’Union Européenne en général, et des Italiens en particulier. « Le Cameroun est une priorité pour l’Italie » déclarera Mattarella à l’issue de son tête-à-tête avec le président Camerounais. Lequel qualifiera l’Italie de « partenaire majeur du Cameroun ».

«  Notre économie est saine et notre dette soutenable. Le climat des affaires s’améliore de jour en jour. L’Italie pourrait devenir l’un de nos partenaires économiques majeurs »

Mais si la sécurité apparait comme le ciment des nouvelles relations italo-camerounaises, l’aspect économique n’en est pas négligé. Bien au contraire. Là encore, en raison d’intérêts communs clairement définis : l’Italie, pays composé à plus de 80% de PME, dotée d’une expertise incontestable dans le domaine industriel, répond aux besoins du Cameroun, un pays en chantier dans le cadre de la Vision 2035 qui doit mener à l’émergence, et travaille donc, à cet effet, à accélérer son industrialisation. « Les conditions que nous offrons aux investisseurs sont, je crois, attractives. Notre économie est saine et notre dette soutenable. Le climat des affaires s’améliore de jour en jour. Il ne fait pas de doute qu’en persévérant dans sa détermination actuelle, l’Italie pourrait devenir l’un de nos partenaires économiques majeurs » indiquait le président Camerounais aux opérateurs Italiens rencontrés à Rome.

L’offre italienne : l’expertise ajoutée à des solutions financières

D’autant que les Italiens, sur le modèle de la méthode chinoise en Afrique, proposent une offre clé en main, associant à la fois l’expertise et le financement. Ceci grâce à trois entités – en particulier l’Agence de promotion des exportations, la Sace (l’Agence italienne de crédit à l’export) et la Simest (la Société financière dédiée à l’internationalisation des entreprises italiennes) – qui accompagnent ainsi l’exportation du savoir-faire made in Italia, et tout particulièrement des PME italiennes. Avec une priorité : « les pays en voie d’émergence, l’Afrique en particulier » ainsi que le souligne Salavatore Rebecchini, président de Simest. « Après les chinois, nous sommes l’agence de crédit à l’exportation la plus importante au Cameroun », indique Alessandro Decio, directeur général de la Sace. « Avec Simest, nous nous occupons de toutes les activités d’appui aux entreprises italiennes en mettant l’accent sur l’Afrique et le Cameroun plus particulièrement ». Sachant que les exportations italiennes ont cru de 15%. « Il y a donc des perspectives de développement très importantes ».

« Permettre aux Camerounais de se frotter à d’autres expertises »

Et dans leur démarche, ils encouragent les opérateurs italiens à nouer des partenariats avec des acteurs institutionnels, mais également des privés. Ce qui est la démarche recherchée par les entrepreneurs camerounais en visite à Rome. Parmi lesquels, James Onobiono. Le célèbre homme d’affaires camerounais, qui a fait fortune dans la production industrielle de cigarettes, a depuis diversifié ses activités. Dans l’immobilier et l’agrobusiness entre autres. Et manifestement le modèle italien l’intéresse tout particulièrement. « C’est le modèle le plus pérenne. Un entrepreneur, qu’il soit Italien, Français ou Camerounais, s’il ne s’inscrit pas dans un investissement durable, se limitera à une opération à court terme. Alors que ceux qui viennent avec un partenaire local, pour construire des usines ou des logements, ils vont s’inscrire dans le temps. Ils vont ainsi permettre aux Camerounais de se frotter à d’autres expertises. Ils apportent également des financements souvent difficiles à mobiliser localement. Tandis que nous, nous leur apportons la connaissance du terrain. Mais également un certain savoir-faire ». De quoi favoriser les échanges entre les deux nations. 

Vision 2035 : une multitude d’opportunités d’affaires

En attendant, le processus est déjà en marche au Cameroun. Dans la foulée de la visite du président italien au Cameroun, en 2016, cinq conventions liant les deux pays ont été signées,  se matérialisant par des investissements italiens au Cameroun. Par exemple, Italferr qui s’est positionné dans le secteur du transport camerounais ;  Iveco, leader mondial dans la construction d’équipements, et qui doit livrer au Cameroun des véhicules de transport en commun et des engins lourds ; dans l’immobilier, Pizzarotti doit construire les 10 000 premiers logements commandés par les autorités nationales ; Piccini, dans le BTP, travaille sur la construction d’un stade omnisport d’une capacité de 60 000 places à Olembé, dans la banlieue de Yaoundé. Lequel doit notamment accueillir les matchs de la Can 2019… Un évènement qui intéresse tout particulièrement les Italiens pour les nombreux chantiers qu’il nécessite.

Plus largement, la feuille de route Vision 2035 offre une multitude d’opportunités d’affaires aux Italiens qui semblent bien décidés à en profiter… Et ils ne sont pas les seuls. Français, Marocains, Turcs et autres se pressent aux portes du pays le plus peuplé d’Afrique centrale. Première économie de la zone Cemac avec une croissance moyenne de 5 %, une inflation à 2,7 % et un taux endettement relativement maîtrisé à 38 % du PIB, un cadre macro-économique qui n’a pas faibli suite à la chute des cours des prix des matières premières sur les marchés. Une résilience que l’on doit à la diversification de l’économie camerounaise. Agriculture, mines, hydrocarbures, industries, services à forte valeur économique, notamment dans les Ntics… autant de secteurs qui portent la diversification de l’économie nationale… et son attractivité.


 

Auteur : DBM // Photos : Le président Paul Biya, en visite au Vatican auprès du Pape, en entretien avec le Cardinal Secrétaire d’Etat, Pietro PAROLIN © PRC (Présidence de la République du Cameroun)

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