• Cameroun 2017, année des crises… et des espoirs

Cameroun 2017, année des crises… et des espoirs

Crise en zone anglophone ; crise économique et financière nationale et régionale ; crise sécuritaire. Mais alors que bilan économique de la crise dans les régions anglophones, au même instant, le Fonds monétaire internationale a signé un accord de prêt de 666, 2 millions de dollars le 26 juin 2017 en échange d’un programme triennal visant à redresser l’économie nationale. Une lueur d’espoir ?

Par Didier Ndengue, à Douala

Aucune entreprise exerçant dans la contrée en crise n’a encore dressé le bilan de ses pertes économiques, depuis le depuis des hostilités le 11 octobre 2016. Au regard de la nouvelle tournure des événements orchestrés par les séparatistes anglophones, les observateurs avertis pensent que la « situation ne prendra pas fin d’aussitôt ». Même la dernière session parlementaire n’a pas pu trancher la question.

Paul Biya, le président de la République n’arrive toujours pas à apaiser les tensions dans les deux régions. Au contraire, le locataire d’Etoudi, de retour du Sommet Union africaine-Union européenne à Abidjan, à la fin du mois de novembre dernier, s’est indigné contre ceux qu’il qualifie de « terroristes ». Une colère exprimée par le chef de l’Etat après des exactions sur ses forces de l’ordre. « J’ai appris avec émotion l’assassinat de quatre militaires camerounais et de deux policiers dans le sud-ouest de notre pays », a-t-il déclaré courroucé, quelques minutes après avoir frôlé le tarmac de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen.

Après cette sortie musclée de Paul Biya, les opérations militaires se sont accentuées dans la région concernée. Le bilan actuel fait état de plusieurs morts dans les camps des militaires et des séparatistes anglophones.

Villes fantômes

Dans un reportage diffusé à la télévision nationale il ya quelques jours, on voit les rues vides dans plusieurs villes des régions anglophones. Les marchés sont également affectés.  La tension a forcé plusieurs familles à déserter la ville de Bamenda et ses environs. Près de 5000 personnes auraient quitté le pays, selon les medias camerounais, pour se refugier au Nigeria voisin.

Alors qu’on la croyait sous contrôle, la crise qui a éclaté le 11 octobre 2016 avec les revendications des avocats anglophones, prend des proportions considérables. Avant cette nouvelle tournure des événements, avec un mouvement qui se radicalise de part et d’autres, les hommes de droit étaient considérés marginalisés. Désormais, ils sont suivis dans la rue par des enseignants des mêmes régions. Ceux-ci dénonçaient la « francophonisation » du système éducatif du Cameroun.

Malgré plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement camerounais n’a pas pu apaiser les tensions dans les deux régions. Plusieurs résolutions ont pourtant été prises pour mettre fin aux multiples grèves. Aujourd’hui, les revendications se sont traduites par des mouvements sécessionnistes. Et ce sont les entreprises installées dans les régions en crise qui paient le lourd tribut dans cette tragédie. Celles qui utilisent par exemple la connexion Internet ont connu des moments difficiles en janvier 2017 avec la coupure d’Internet par les autorités. La répression du ministère des Postes et des Télécommunications avait pour but de mettre fin aux multiples images sanglantes qui inondaient les réseaux sociaux à l’époque.

Pour un retour de la connexion dans la région, un collectif dénommé #BringBackOurInternet piloté de main de fer par Rebecca Enonchong, l’entrepreneur Tech la plus influente du pays, a vu le jour. Sur les réseaux sociaux, ses membres revendiquaient la restauration d’Internet. En avril, Paul Biya a exaucé leur vœu en remettant Internet. Mais les startuppers et les opérateurs de téléphonie mobile (Orange, MTN, Nexttel, Camtel, etc.) disent avoir enregistré des pertes énormes à cause de cette interruption.

Revoici le FMI  

Pendant que l’armée camerounaise tente de remettre les pendules à l’heure dans les régions anglophones, l’économie nationale reste fortement menacée. Deux facteurs majeurs ont poussé les hautes autorités à fait recours au Fonds monétaire international (FMI) cette année. La chute du prix du brut au niveau mondial et la guerre contre les terroristes nigérians Boko Haram, sont les causes profondes de ce retour à l’ajustement structurel du FMI. Ces deux facteurs ont eu une incidence significative sur les finances publiques. Pour donc remédier à ce  déficit budgétaire, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a approuvé le 26 juin dernier, un accord de prêt de 390, 4 milliards de FCFA (666, 2 millions de dollars) en faveur du Cameroun. L’institution financière de Bretton Woods a immédiatement rendu disponible un montant de 171, 3 millions de dollars au titre de la « facilité élargie de crédit ».

« Taux de croissance projeté à 3, 7% en 2017 contre 4, 4% en 2016 »

Ce prêt est en échange d’un programme économique à mener sur trois ans visant à restaurer la viabilité budgétaire et à débloquer la croissance du secteur privé, avait-on appris. Depuis le début des crises citées supra, il y a un ralentissement de l’économie nationale avec un taux de croissance projeté à 3, 7% en 2017 contre 4, 4% en 2016 selon le FMI. L’aide de l’institution financière internationale arrive donc au moment opportun selon  son directeur général adjoint, Mitsuhiro Furusawa, qui rappelle que « le Cameroun a été durement frappé par la chute des prix du pétrole ainsi que par des facteurs d’insécurité…. qui ont affecté l’activité de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique Centrale (CEMAC) », avait-t-il commenté au sortir du Conseil.

Le Cameroun est le deuxième pays de la région à bénéficier de l’aide du FMI après le Gabon. Mais le pays se trouve dans une position moins critique que les autres membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). « Sa gestion a été plus prudente », pensent les économistes locaux.  Pour répondre au déficit budgétaire le gouvernement a décidé déjà en 2017, la création d’une taxe sur les séjours hôteliers, le rétablissement de la taxe spéciale sur les produits pétroliers et l’élargissement du champ d’application de la taxe sur les jeux de hasard.

Le secteur privé reste sceptique    

A en croire le DGA du FMI, l’économie la plus importante de la sous-région Afrique centrale « fait face à une décélération de sa croissance, à un déclin de sa marge budgétaire et à une hausse rapide de sa dette publique ». Toute chose qui justifierait l’intervention du FMI. Mais Célestin Tawamba, le président du Groupement Inter-patronal du Cameroun (Gicam) voit le retour au FMI d’un mauvais œil. Pour le plus important regroupement des patrons du pays, ce programme triennal « traduit une orientation nouvelle dans la conduite de la politique économique du Cameroun et, sous-jacent à lui, des contraintes et des risques importants pour les entreprises ».

« Onze ans après l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, il suscite, par ailleurs, des interrogations et inquiétudes tant il révèle une insuffisance des capacités autonomes d’anticipation et d’ajustement permanent de la part de notre pays », s’étonne le patronat, qui a adressé une correspondance au Premier ministre Camerounais Philémon Yang le 25 août 2017 et dans laquelle il formule des remarques et des propositions pour la mise en œuvre efficace du programme dans l’intérêt bien compris des entreprises.


 

Par Didier Ndengue, à Douala

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