• « Alger : Un potentiel à valoriser »
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« Alger : Un potentiel à valoriser »

Le Sofitel d’Alger est un des principaux, et rares à ce jour, établissement touristique haut de gamme de la capitale algérienne, avec une clientèle d’affaires majoritairement. Jérôme Rotrou, Directeur d’exploitation de l’hôtel, après des expériences dans d’autres pays dont le Maroc, confirme la tendance : l’Algérie affiche un très fort potentiel, y compris le tourisme, mais le secteur, comme d’autres, est à développer. Interview.

 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

 

Rappelez-nous l’histoire du Sofitel d’Alger… Depuis quand l’enseigne est présente dans le pays ?

Le Sofitel Alger est né il y a 25 ans d’un contrat de management entre le groupe Accor et l’EGT (NDLR : L’Entreprise de Gestion Touristique) qui est une des branches du ministère du Tourisme, en charge en Propriété et gestion des hôtels. L’établissement a été construit à la suite de cet accord. Puis, le groupe s’est développé sur d’autres sites : en 2001, il a pris la direction du Mercure près de l’aéroport d’Alger et à partir de 2005, avec la création de Sieha (NDLR : Société immobilière d’exploitation d’hôtellerie algérienne), un joint-venture avec le groupe Mehri, pour l’ouverture d’autres établissements dans plusieurs grandes villes algériennes sous les marques Ibis et Novotel, 5 hôtels aujourd’hui en exploitation (Ibis Alger, Ibis Oran, Ibis Tlemcen, Ibis et Novotel Constantine). En attendant les Novotel et Ibis à Sétif. Enfin en 2014, le groupe a pris sous contrat le Mercure du Palais des Congrès d’Alger, à Aïn Benian, qui est un accord de management avec un autre groupe privé propriétaire et dont l’ouverture est prévue courant 2018. Nous sommes le premier investisseur hôtelier étranger en Algérie.

C’est donc en pleine décennie noire que le groupe s’est implanté en Algérie. Un pari risqué ?

L’hôtel en lui-même, un hôtel de centre-ville, est plus orienté sur une clientèle business. Cette tendance s’est confirmée avec la décennie noire, même si elle a impacté fortement l’activité loisirs. Mais on a continué à fonctionner. Ce n’était pas toujours facile mais nous sommes restés.

Justement, c’est votre segment : la clientèle business ?

Notre segment, c’est le luxe et le business principalement. Et effectivement, 90% de notre clientèle est business même si l’on tend à développer une activité de loisirs parce que notre hôtel a des atouts à ce niveau, un certain nombre d’aménagements, dont une piscine extérieure et intérieure, plusieurs terrasses, de la restauration complète, et on développe actuellement les activités bien-être avec un véritable spa, etc…

A travers cette clientèle business, comment mesurez-vous l’attractivité de la destination Alger ? Voyez-vous arriver plus d’investisseurs ? De quelles régions principalement ?

La moitié de notre clientèle est européenne, l’autre nationale. Des affairistes en quasi-exclusivité. Quand on regarde les indicateurs, on sent un léger fléchissement lié à l’activité de la pétrochimie. Malgré tout, ce n’est pas tout à fait la crise en ce qui nous concerne. Le taux d’occupation reste stable malgré l’impact sur le segment business spécifique à la pétrochimie, compensé par d’autres segments, comme le pharmaceutique, le secteur bancaire, les télécoms…

Et sur l’activité loisirs, pas de frémissement ?

Aout 2015, on a connu un pic d’activité sur la partie estivale mais qui ne s’est pas confirmé cette année. Mais en même temps, il est compliqué de développer l’activité de loisirs. Il n’y a pas d’attractivité à ce niveau sur cette destination. En raison d’un manque d’activité évident en termes de loisirs. Il y a quelques activités culturelles mais encore énormément de choses restent à développer.

Vous qui travailliez au Maroc, le potentiel existe-t-il en Algérie en termes de tourisme de loisirs ? Quels sont les freins ?  

Je suis convaincu que sur l’Algérie il y a un gros potentiel, avec des sites comme Tipaza entre autres. Il y a des circuits touristiques, essentiellement orientés vers le sud. Mais il faut encore développer les infrastructures, les produits, et surtout une plus grande ouverture à international. Sur les cinq prochaines années on va rester sur le développement business.

Quels sont vos projets à venir ?

On va démarrer un important projet de rénovation. Aujourd’hui, l’hôtel est vieillissant. On a besoin de produits plus modernes. Les standards ont évolué depuis les années 90. Dans l’esprit du développement sur le loisir, à travers le projet So lounge – ce qui n’est pas une discothèque à part entière mais quelque chose de plus élitiste et qui correspond à une clientèle d’affaires aspirant à des prestations de luxe. Ainsi qu’une plus grande ouverture sur la ville, en vue d’attirer une belle clientèle locale. Un projet à moyen terme, à l’horizon 2020. Au-delà de cela, l’hôtellerie ce n’est pas seulement les murs, mais également l’art de servir. On va donc développer le service, à travers de la formation en interne. Des produits qui vont toucher beaucoup plus émotionnellement le client. C’est à ce niveau que l’on met l’accent. Face à la nouvelle concurrence mondiale, et l’essor de l’Airbnb, nous devons répondre aux attentes de la clientèle beaucoup plus vite, et savoir anticiper. Cela ne concerne pas que nous mais l’ensemble des hôteliers. Notre métier, tel qu’on l’a connu il y a trente ans, n’est plus le même. On remet en question notre manière de faire pour aller vers quelque chose de moins industriel, pour un service plus individualisé, plus émotionnel. Y compris grâce aux nouvelles technologies. Cela peut paraître antinomique mais les Ntic nous offrent cette capacité d’anticipation, avec des agents plus mobiles, moins figés derrière un desk.


 

 Auteur : Dounia Ben Mohamed // Photos : les grandes enseignes hôtelières à la conquête de l’Afrique © DR

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