• Afrique : la Diaspora peut-elle renforcer l’économie ?
  • Afrique : la Diaspora peut-elle renforcer l’économie ?

Afrique : la Diaspora peut-elle renforcer l’économie ?

Si personne ne connait vraiment le niveau de représentativité de la Diaspora africaine, la Banque mondiale estime qu’elle est présente dans tous les continents. En Amérique du Nord, elle compte 39 millions d’âmes; 113 millions en Amérique latine; 13,6 millions dans les Caraïbes; et 3,5 millions en Europe. Cependant, et ce malgré la distance, la Diaspora joue un rôle très important dans la transformation socio-économique et la croissance du continent africain. Surtout en termes financiers : les rapports indiquent que les envois de fonds vers l’Afrique en 2016 ont dépassé 50 milliards de dollars pour l’Afrique du Nord (et le Moyen-Orient) et 30 milliards pour l’Afrique subsaharienne.

Plusieurs Diasporas…

Pour Beatrice N. Kabutakapua, écrivain et chercheur en sciences sociales, la définition de la Diaspora africaine change en fonction des points de vue. Certains la considèrent de façon très large, c’est-à-dire incluant tous ceux qui ont un lien avec le continent, même faible, tels les afro-américains et les « afropéens ». D’autres parlent de la Diaspora « contemporaine » constituée des nouveaux groupes de personnes qui ont quitté le continent après les années d’indépendance. Mais pour les gouvernements, la Diaspora africaine, quoique mal définie, se reconnaît d’abord dans les personnes impliquées dans le développement de l’Afrique.

Gianpaolo Bucci, Directeur et Producteur du projet Villes Invisibles, qui estime dans son projet que « Le monde entier est notre foyer », la définit comme étant un flux cohérent de migrations du continent africain, déterminé non seulement par les conflits, les crises politiques et économiques, mais aussi par des facteurs culturels (les influences postcoloniales)… En d’autres termes « une perception commune dans des sociétés occidentales qui ont établi de nouvelles communautés solidaristes dans le reste du monde ».

Contribution économique et développement

D’après la Banque Mondiale, la Diaspora africaine d’Amérique du Nord est la communauté « la plus instruite, la plus compétente et la plus investie », et l’Institution évalue son pouvoir économique à 53 milliards de dollars par an. C’est grâce à cela qu’elle apporte déjà une forte contribution au développement de l’Afrique « à travers les envois de fonds » selon Bucci, mais aussi « grâce aux entrepreneurs qui effectuent leur retour sur le continent et qui mettent à profit leurs connaissances et leurs compétences acquises soit à l’étranger, soit dans leur pays d’origine ».

Pour autant, Kabutakapua, pour qui le poids économique de la Diaspora ne doit pas exempter les gouvernements africains de leurs propres défis, nuance : « Quant au développement économique de l’Afrique, je crois qu’on ne devrait pas trop faire pression sur les enfants de la Diaspora, car il y a encore des gouvernements qui sont censés trouver des solutions pour le continent. On devrait plutôt faciliter la tâche à la Diaspora africaine pour créer de nouvelles opportunités en Afrique et non se mettre dans la tête qu’ils sont la solution providentielle pour l’économie du continent ».

Vers une plus grande reconnaissance

« De mon point de vue, celui d’un journaliste et chercheur d’origine africaine, l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les Africains d’Europe est la représentation et la reconnaissance. Je pense qu’il y a encore trop de préjugés liés à l’Afrique et qui offrent une représentation myope et inégale du continent… Ce qui, au finish, peut affecter négativement les contributions au développement » met en garde Kabutakapua.

Même analyse pour Bucci. Pour ce professionnel de l’audiovisuel, « le manque de reconnaissance et de visibilité dans la plupart des pays européens » dont souffre la Diaspora résulte avant tout « des médias et de la politique qui se concentrent essentiellement sur les questions migratoires. Cela traduit une image stéréotypée des afro-descendants qui affecte sérieusement leurs interactions avec les sociétés et pour beaucoup leurs réussites économiques personnelles… Par conséquent, l’accès des afro-descendants à un plus large éventail d’opportunités, quelle que soit l’image positive de la Diaspora, reste encore limitée par des préjugés ».


 

Auteur : Idriss Zackaria Idriss // Photos : Beatrice N. Kabutakapua, écrivain et chercheur, Gianpaolo Bucci, Réalisateur/Producteur © DR

Vous pourriez aussi aimer

Nord-Sud

« Il faut renforcer nos relations commerciales avec l’Allemagne » – Alpha Barry, ministre burkinabé des Affaires étrangères.

L’Allemagne – qui investit chaque année 10 milliards de dollars sur le continent, dont 90% repartis entre l’Algérie, Le Nigeria et l’Afrique du sud – envisage désormais de booster ses

Le dossier du mois

« L’Afrique a tout pour réussir le pari de l’intégration régionale » – Marie Chantal Uwitonze

Directrice de MACH Consulting – cabinet de conseil spécialisé en relations UE-Afrique et ACP-UE – Marie Chantal Uwitonze a travaillé plus de 10 ans dans les plus grandes organisations internationales

Nord-Sud

Coopération « Pour l’Italie, le Cameroun est un partenaire prioritaire »

Un an après la visite du Président de la République italienne à Yaoundé, c’est au tour du chef de l’état Camerounais de rendre visite à son homologue, Sergio Mattarella, à