• Mouna Kadiri : « Le club Afrique Développement, un plaidoyer au nom du secteur privé africain ! »

Mouna Kadiri : « Le club Afrique Développement, un plaidoyer au nom du secteur privé africain ! »

Annoncé en 2016, le Club Afrique Développement – plateforme mise en place par le groupe bancaire marocain AttijariBank – est aujourd’hui opérationnel.  Une initiative, née du besoin exprimé par les entrepreneurs et décideurs africains et internationaux – qui participent chaque année au Forum International Afrique Développement – de pérenniser la rencontre. Le Club a ainsi vocation à créer des synergies entre les acteurs du secteur privé sur le continent. Il compte déjà plus de 400 membres dans 12 pays du continent, après un lancement de ses représentations dans sept pays : le Sénégal, la Tunisie, la Côte d’Ivoire, la République du Congo, le Gabon, le Cameroun et le dernier en date, le Mali, depuis le 11 mai à Bamako. Et c’est une femme qui le dirige, Mouna Kadiri. Interview exclusive pour ANA.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

 

Le Club Afrique Développement existe depuis un an, il est opérationnel depuis quelques mois. Vous avez été nommée officiellement à sa tête. Rappelez-nous en la genèse et le concept… 

L’histoire du Club est intimement liée à la genèse du Forum Afrique Développement. Lui-même, à l’histoire d’AttijariBank. Le groupe s’est engagé en Afrique depuis 2004. Après des premiers pas au Sénégal et en Tunisie. Au fur et à mesure de la crise financière internationale de 2008, de grands groupes bancaires européens ont cédé les parts de leurs filiales africaines considérées comme non prioritaires. Ce qui est apparu comme une opportunité pour tous.  C’est ainsi que nous avons procédé au rachat de 5 banques. D’un seul coup. Ce qui a été considéré par les économistes comme « historique », et qui nous a propulsé sur les radars panafricains, avec un modèle de développement qui reste la prise de contrôle. Un parti pris : un, on prend 51% du capital ; deux, on met en réseau les banques, en créant ainsi des synergies très rapidement. Tant en termes de métier, de système d’informations, de mise en conformité, de partage de services… Autrement dit, un transfert de savoir-faire et une mise en réseau.

Seconde étape : la direction du groupe a souhaité également mettre en réseau les commentateurs économiques. C’est dans ce cadre que la première édition du Forum Afrique Développement a eu lieu en 2010. Très modestement, parce que c’est n’est pas le métier d’une banque d’organiser des évènements. Ceci dit, nous visions 500 participants, et finalement nous en aurons 1000. Et dès le départ, on a été surpris par le niveau d’appétence exprimée par les opérateurs économiques. Sachant que le cœur de ce forum est la mise en relation entre les entreprises, des pays entre eux, à travers des B2B. On a fait évoluer le concept en fonction des demandes.  Entre 2012 et 2016, sont apparus des plans de développement « émergence » – où chaque Etat organise de façon précise sa stratégie économique et tente d’attirer les investisseurs.  A partir de la 4ème édition, on s’est rendu compte que les attentes devenaient de plus en plus exigeantes, donc on a pris la décision de pérenniser l’esprit du Forum éponyme à travers la mise en place du Club Afrique Développement.

Concrètement, que fait le Club ? Quelles sont ses missions ? 

Il s’articule autour de 3 dynamiques : un plaidoyer économique au nom du secteur privé africain qui est capté dans un livre blanc et qui traduit ses recommandations, lesquelles sont transmises à tous les décideurs et influenceurs africains afin qu’ils en tiennent compte ; deuxièmement, la mise en relation, tout au long de l’année, de l’ensemble de ses membres avec les banques du groupe, où en fonction des demandes nous les accompagnons dans des prises de RDV spécifiques ; troisièmement, la mise à disposition de données fiables. Aujourd’hui on a fédéré nos expertises. On peut donner accès aux appels d’offre émis par les Etats et institutions publiques en temps réel. Avec par exemple la convention BPI France qui met en relation près de 10 000 opérateurs économiques européens, idem avec notre partenaire en Amérique latine et son carnet d’adresses de 13 000 operateurs.

Lancé en 2016, le Club est donc aujourd’hui opérationnel. Où et comment existe-t-il dès à présent en Afrique ?

On compte aujourd’hui 400 membres et sept présences locales. On s’est aligné sur le modèle économique du groupe qui met en relation ses banques. Le Club met en relation ses clubs locaux dans chacun des pays où Attijari est présente.  Nos banques assurent le rôle de représentantes du Club. Elles organisent également des cycles de rencontres pour débattre des enjeux en cours dans les pays. Par exemple, en Côte d’Ivoire, le 20 avril à Abidjan, nous avions initié une rencontre sur le thème des opportunités d’investissement dans le tourisme. Et cette année nous allons organiser des missions de découverte dans les pays.

Vous vous éloignez de votre rôle d’acteur bancaire. Comment allez-vous concilier vos activités dans des pays où vous vous présentez comme partenaire de développement mais où vous concurrencez également les acteurs bancaires locaux ? 

C’est une démarche évolutive : on avance progressivement et on s’adapte à la demande. Et nous avons dans notre réseau d’autres banques. On est dans le partage de savoir-faire. Nous avons des défis communs et nous allons les porter, ensemble, aux décideurs économiques. On ne peut avancer qu’ensemble.


 

Auteur : Dounia Ben Mohamed // Photo : Mouna Kadiri, Présidente du Club © DR

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