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Agro-business : Nouvelles technologies et financements innovants, de nouvelles opportunités

L’heure de la révolution verte a-t-elle sonnée en Afrique ?  Nouvelles technologies et mécanismes de financement innovants semblent offrir de nouvelles opportunités pour une plus grande valorisation du potentiel agricole sur le continent. D’autant qu’il y a urgence : la sécheresse qui sévit en Afrique de l’Est menace de plonger  17 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.

Par Dounia Ben Mohamed
Le 31 mars dernier, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) alertait : « Crise alimentaire : 108 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire grave et aigüe dans plusieurs pays, la situation s’aggrave ». Dans un rapport publié le jour même, l’institution attire tout particulièrement l’attention sur la situation en Afrique de l’Est où une grave sécheresse menace de plonger 17 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. « Nous venons de mobiliser 165 millions afin d’aider les populations affectées par la famine et la sécheresse dans la Corne de l’Afrique », a déclaré M. Neven Mimica, Commissaire européen à la coopération internationale et au développement, à la présentation du rapport. Quatre pays en particulier risquent de sombrer dans la famine : le Soudan du Sud, la Somalie, le Yémen et le nord-est du Nigéria. « Les pertes humaines et celles liées aux ressources ne feront qu’augmenter si nous laissons la situation se détériorer, souligne M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO. Nous pouvons empêcher que des gens meurent de famine, mais si nous n’intensifions pas nos efforts pour sauver, protéger et investir dans les moyens d’existence ruraux, dix millions de personnes resteront en situation d’insécurité alimentaire grave ». Une urgence qui vient rappeler l’incapacité du continent à mettre en place une agriculture moderne et plus résiliente au choc exogène. A nourrir les populations du continent plus largement. Sachant, pour rappel, que le coût  annuel des importations en denrées alimentaires se porte à 35 milliards de dollars en devises étrangères, il atteindra les 100 milliards de dollars d’ici à 2030.

60 % des terres arables non exploitées du monde sont en Afrique

Une aberration compte tenu du potentiel agricole qu’affiche le continent. Un point sur lequel toutes les études et analyses convergent. Avec 60 % des terres arables non exploitées du monde, un formidable potentiel hydraulique, l’Afrique a, non seulement la capacité d’atteindre l’autosuffisance mais, au-delà, de nourrir la planète. Un défi au coeur de toutes les préoccupations. En Afrique comme sur la scène internationale. Car l’enjeu est de taille : nourrir 7 milliards d’individus tous les jours sur la planète. En 2050, le chiffre s’élèvera à 9 milliards alors qu’aujourd’hui même quelque 805 millions de personnes dans le monde ne mangent pas à leur faim si l’on en croit les dernières estimations de l’ONU. Soit une sur neuf. Le challenge est donc de produire plus, beaucoup plus, et vite, tout en préservant l’écosystème. Or, avec le vieillissement démographique qui touche l’Europe, les dérèglements climatiques qui perturbent les productions agricoles, l’épuisement des terres fertiles…, il semble que les solutions soient en Afrique.

«  Libérer le potentiel agricole africain ! » 

A condition d’opérer ce qu’il est convenu d’appeler désormais la révolution verte. Autrement dit de muter du modèle agricole actuel vers l’agro-business, tout en tenant compte des aspects sociaux et écologiques. Pour rappel, l’agriculture c’est aujourd’hui 16,2 % du PIB du continent et plus de 60 % des emplois. Mais malgré des politiques agricoles ambitieuses, le potentiel agricole africain reste largement sous-exploité. La faute à une agriculture qui reste majoritairement traditionnelle, entre les mains de petits producteurs qui ne disposent pas des nouvelles pratiques en vigueur, des moyens techniques et financiers, pour s’adapter et augmenter les rendements qui demeurent trop faibles. Sans filière intégrée, dans l’ensemble des corps de métier sur toute la chaine de valeur, pas de produits transformés, et donc pas de valeur ajoutée. Un diagnostic largement développé dans une étude de la Banque Africaine de Développement, intitulée «  Nourrir l’Afrique : Une stratégie pour la transformation de l’agriculture africaine » et publiée en aout 2016 – qui était également le thème des dernières Assemblées annuelles 2017 de la BAD qui se sont tenues à Ahmedabad, en Inde, en mai dernier. Avec pour fil conducteur une certitude : l’agriculture est la clé de l’accélération de la croissance, de la diversification et de la création d’emplois en Afrique. Encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens. Dans la préface signée par Akinwumi Adesina, président de la BAD et par ailleurs ancien ministre de l’Agriculture et du Développement rural pour le Nigeria,  il invite ainsi à « libérer le potentiel agricole africain ! »

BAD : 24 milliards USD au cours des dix prochaines années à l’appui de la transformation agricole en Afrique

« Le temps est venu pour que l’Afrique se nourrisse elle-même, exhorte-t-il. L’agriculture devrait maintenant être considérée comme une entreprise, pas un mode de vie. Les pays africains doivent poursuivre des politiques et des programmes qui permettront au continent de devenir une région exportatrice nette de produits alimentaires, tout en utilisant l’industrialisation agricole pour ajouter de la valeur aux aliments transformés et aux produits d’exportation. Et nous devons soutenir l’Afrique pour faire face aux énormes défis posés par le changement climatique dans le secteur de l’agriculture. Il est de notre devoir de renforcer la résilience du système alimentaire ».  Et d’annoncer que l’institution, sur la base de sa stratégie « Nourrir l’Afrique », va investir 24 milliards USD au cours des dix prochaines années à l’appui de la transformation agricole en Afrique. « Notre objectif est de contribuer à mettre fin à l’extrême pauvreté, à éliminer la malnutrition, à mettre fin à la dépendance aux importations de produits alimentaires – et de placer l’Afrique au sommet des chaînes de valeur dans les domaines où elle a un avantage comparatif. Le temps pour la transformation agricole en Afrique, c’est maintenant ! »

Contourner les intermédiaires et vendre ses produits aux prix exacts du marché grâce au mobile

D’autant que le contexte actuel offre de nouvelles opportunités pour une meilleure optimisation du secteur. Les nouvelles performances technologiques, notamment, permettent, entre autres, aux agriculteurs, via leur téléphonie mobile, de contourner les intermédiaires et donc de vendre leurs produits aux prix exacts du marché des produits agricoles ; d’avoir accès à des semences de meilleure qualité et aux bonnes pratiques ; les fruits des nouvelles recherches se diffusant également via la téléphonie. Mieux gérer sa production et éviter les déperditions sont également possibles grâce aux nouveaux outils technologiques, les thermomètres et les hygromètres numériques, par exemple, qui transmettent les données par smartphones. Internet plus largement donne un accès plus facile à l’information et à la recherche. L’agriculteur qui reçoit quotidiennement la météo sur son smartphone est mieux en mesure de prévoir et donc d’adapter son activité. Des éléments qui sont en train de changer, progressivement, mais de manière concrète, l’agriculture sur le continent. Avec des initiatives telles que celles de la Bourse d’Afrique de l’Est qui fournit en ligne des services comme l’entreposage, la logistique et l’intelligence de marché sur les stocks et les rendements attendus des principales cultures.

Des solutions innovantes et mieux adaptées aux besoins apparaissent

En termes de financement également, l’agriculture africaine change de visage. Des solutions innovantes et mieux adaptées aux besoins apparaissent. A côté des grandes institutions internationales telles que la Banque mondiale – laquelle a signé le 14 février dernier à Washington avec la Société africaine de réassurance (Africa Re) un accord d’établissement d’un mécanisme de partage des risques… Sous la forme d’un compte d’expérience, il permet de réduire le niveau actuel des primes payées par les agriculteurs assurés et d’inciter les compagnies locales à concevoir des produits d’assurance abordables. Aussi, le Fonds pour l’accélération du développement agricole (FADA), approuvé par le Conseil d’administration de la BAD le 8 mai 2013, et annoncé le 9 mai 2013, qui vise à constituer une réserve de projets et des prêts pour investissement susceptibles d’attirer les privés ou institutionnels, et qui viennent en appui à la politique de transformation de l’agriculture en Afrique. Ou encore, la Banque européenne d’investissement (BEI) qui assure 7 milliards d’euros de volume de prêts par an, dont 10 % hors UE et 1 milliard sur l’Afrique, par la mise en place d’instruments spécifiques pour équiper les petits agriculteurs ;  alors que le marché alimentaire africain constitue une opportunité de financement et d’investissement de l’ordre de 313 milliards de dollars US – 1 billion de dollars US d’ici 2030. Ce sont donc des solutions alternatives qui se développent.

Les PPP, le modèle privilégié par les Etats

Parmi elles, celle de Business Partners (BP) en Afrique du Sud qui a adopté un modèle de financement innovant pour les petites et moyennes entreprises (PME) du secteur agricole ou pour les autres secteurs. Il repose sur une ligne de production de PME en grande série, produisant un grand nombre de PME de qualité, lesquelles sont accompagnées financièrement. Par ailleurs, le concept fait appel à des entreprises qui atténuent les risques et assurent le succès commercial et les remboursements. Repris aujourd’hui au Kenya, il pourrait être adopté par d’autres pays. En attendant, déjà à l’œuvre, les Banques agricoles et rurales sont destinées à jouer un rôle clé dans les économies rurales, en facilitant les opérations financières
et économiques. Mais elles doivent être réformées pour plus d’efficacité.  Certains experts les invitent à suivre l’exemple de la Banrural, une banque publique agricole traditionnelle transformée en banque PPP de développement agricole et rural, innovante et
rentable. Les partenariats publics privés (PPP) justement apportent une double réponse au défi de l’agriculture sur le continent. A savoir que les PPP apportent le financement nécessaire tout en fournissant aux agriculteurs l’accès à de meilleures semences, à la formation, aux intrants, ainsi qu’aux marchés dans des chaînes de valeur clés axées sur le marché. Un modelé privilégié par les Etats aujourd’hui, alors que seuls cinq pays africains consacrent au moins 10% de leurs dépenses totales au secteur agricole (le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Mali, le Niger et le Sénégal).


 

Auteur : DBM // Photos : Programme « Nourrir l’Afrique » de l’AFBD © AFBD

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