• Agrobusiness : Champions africains vs multinationales
  • Agrobusiness : Champions africains vs multinationales

Agrobusiness : Champions africains vs multinationales

OCP, Rouiba, Agrisatch, Olam… De plus en plus d’acteurs africains essaiment dans le secteur de l’agriculture en Afrique. Et ils rivalisent avec les groupes internationaux.

Par Lilia Ayari

 

Depuis octobre 2014, un programme est en train de semer les graines d’un réel développement de l’agriculture au Gabon. Un pays où pendant longtemps l’activité a été négligée au profit de l’or noir. Mais avec l’instabilité des cours du pétrole sur les marchés, le Gabon, engagé dans un processus de diversification de son économie, tente de valoriser les fruits de son sous-sol. Un des principaux objectifs du projet agricole « Gabonaise des Réalisations Agricoles et des Initiatives des Nationaux Engagés » (Graine). Le fruit d’un partenariat public-privé entre les autorités nationales et le singapourien Olam qui a donné naissance à la Sotrader, l’entité qui porte le projet. Et il semble que les premiers fruits ont été récoltés à en croire le bilan effectué l’an dernier alors que le programme, en vigueur dans quatre provinces du territoire, était lancé dans le Haut-Ogooué. A terme, à l’horizon 2020, il devrait concerner l’ensemble du pays. Le projet, qui vise à favoriser l’entreprenariat agricole, concerne essentiellement les petits agriculteurs à qui il donne une aide technique et une formation, afin d’accroître leur productivité, mais également pour faciliter l’accès à de l’équipement moderne, à des crédits abordables ainsi qu’à des titres de propriété. Et contre toute attente, l’engouement a été immédiat : dès la première année, le programme a généré quelque 1 200 emplois et devrait s’étendre sur un total de 200 000 hectares. D’ici 2020, 30 000 habitants répartis sur 1 600 villages devraient participer à l’initiative.

Graine : 30 000 villageois initiés à l’agriculture au Gabon d’ici 2020

Un engouement contre toute attente. Mais en s’adressant aux petits agriculteurs, qui ont été encouragés à s’organiser en coopératives, au nombre de 14 000 personnes au total, en leur procurant des lopins de terre de quatre à sept hectares de superficie, créant ainsi des revenus en zone marginalisée, une formation solide, des équipements… Graine a encouragé les villageois à se tourner vers l’agriculture. Le pari d’un homme en particulier, Gagan Gupta, directeur général d’Olam Gabon, convaincu du potentiel agricole du pays. « Bientôt, le pétrole ne sera plus la principale richesse du Gabon ! L’avenir c’est l’or vert ! » assure-t-il. Et ses ambitions sont loin de se limiter au programme Graine. Olam Gabon, filiale de la firme singapourienne Olam International – née en 1989 au Nigeria dans le but d’exporter des noix de cajou vers l’Inde, aujourd’hui présente dans 70 pays, dont 25 en Afrique, présente au Gabon depuis 1999, premier distributeur mondial de noix de cajou, et second distributeur mondial de café, aujourd’hui majoritairement détenue par le japonais Mitsubishi et par Temasek, le fonds souverain de la république de Singapour – porte une série d’autres projets dans le pays. Dans l’huile de palme notamment, alors qu’il a inauguré le 11 avril dernier sa plus grande usine d’huile de palme en Afrique, la deuxième usine du groupe Olam au Gabon, et ce sur le site de Bilala au sein du lot n°1 de la plantation de Mouila, dans la province méridionale de la Ngounié. Une huile « certifiée RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), ce qui garantit une huile de qualité, respectant les standards du label », souligne le groupe dans un communiqué.  D’une superficie de 17 hectares, l’usine permettra de traiter 90 tonnes métriques de régimes de palmier par heure et de produire 138 700 tonnes métriques d’huile de palme par an ». Une activité peu populaire dans le pays en raison des importantes déforestations qu’il suscite. Ce qui n’est pas pour arrêter le groupe qui opère également dans l’hévéa, l’engrais et dans le développement de la zone économique spéciale de Nkok dédiée à l’industrie du bois.

OCP Afrique : une ambition, « Nourrir la planète »

Déjà premier producteur mondial de phosphates, l’Office chérifien des phosphates (OCP), ambitionne, à travers sa filiale OCP Afrique créée l’an dernier, de répondre au défi de la sécurité alimentaire en Afrique. Selon sa feuille de route, « Nourrir la planète », le Marocain mise sur la disponibilité des terres arables sur le continent, pour s’imposer comme un géant de l’agrobusiness en Afrique. Avec une stratégie ambitieuse : l’ouverture de 15 nouvelles filiales dans 15 pays africains. En l’occurrence Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Kenya, Ghana, Nigeria, Zambie, Bénin, République Démocratique du Congo, Angola, Tanzanie, Zimbabwe, Mozambique, Ethiopie et Rwanda. Une offensive rapide qui repose sur des partenariats finement ciblés dans les territoires visés. Et un positionnement fort : le groupe entend être présent sur toute la chaine de valeur. Et ce, en fournissant aux producteurs agricoles locaux  les moyens nécessaires au développement de leur activité. Des solutions complètes en somme, avec appui technique et financier. Les filiales dans les quinze pays ayant pour activité principale la commercialisation d’engrais, d’intrants et de produits agricoles adaptés au contexte local. Tout en développant des activités dans l’agrobusiness. Mais en respectant les normes du développement durable assurent les représentants d’OCP. « Pour permettre aux producteurs de répondre aux besoins des populations, la transformation agricole du monde – et celle de l’Afrique en particulier – doit s’appuyer sur une agriculture performante, précise et durable, seule à même de garantir le développement d’un potentiel capable de nourrir une Afrique en pleine croissance. C’est cette conviction forte, partagée avec l’ensemble de ses partenaires, qui conduit OCP Africa à développer une recherche d’excellence, afin d’atteindre l’indispensable augmentation des rendements dont le continent a besoin, dans le respect des principes d’une agriculture familiale très largement majoritaire en Afrique ».

Agrisatch, un acteur de référence de l’agrobusiness dans la sous-région

Avant de devenir une personnalité publique en prenant la tête de la Chambre de commerce et d’industrie du pays, Jean-Baptiste Satchivi est avant tout un homme d’affaires qui a fait d’Agrisatch, sa société, un acteur de référence de l’agrobusiness dans la sous-région. Le résultat d’un sens des affaires inné chez ce diplômé en économie et commerce international ainsi qu’en entreprise et développement  (Université Paris V René Descartes). « Tout a commencé en 1988, lorsque je me suis lancé dans les activités économiques avec une poissonnerie de taille modeste, qui s’appelait Poissonnerie Dantopka, à Cotonou », rappelle-t-il dans la presse. Il ira ensuite très vite, sautant les étapes : en 1988 également, il crée le Comptoir de distribution de produits alimentaires (CDPA) qu’il transforme, en à peine 18 mois d’expérimentation, en une Société à responsabilité limitée (Sarl) aujourd’hui leader de la distribution des produits agroalimentaires au Bénin et bien au-delà – essaimant dans la région, avec un chiffre d’affaires de l’ordre 30 milliards de francs CFA. Dans le secteur de la volaille notamment.  Grâce à son complexe intégré avicole ultramoderne basé à Tori, dans la commune de Tori-Bossito, à une trentaine de kilomètres de Cotonou, le groupe Agrisatch produit environ 90 000 œufs par jour. En mettant en avant la production locale, de qualité et saines, il participe à limiter l’importation massive de poulets congelés au Benin. Et il poursuit encore sa route avec la Société de brasserie et de boissons (SBB), créée il y a dix ans et qui produit des jus mais également une bière « Obama Beer », concurrente directe de la  « La Béninoise »,  une production de la Société béninoise de brasserie (Sobebra), filiale du groupe Castel. Aujourd’hui, fort de son parcours, à travers son mandat de président de la CCI du Benin, il invite ses compatriotes, les jeunes en premier lieu, à saisir les opportunités que leur offre l’agrobusiness.

Rouiba, pionnière dans l’agrobusiness en Algérie

Habitué des médias et des forums internationaux pour ses prises de position sans concession à l’égard des autorités publiques comme de ses homologues du privé, Slim Othmani est le modèle même de l’entrepreneur en Algérie. Pionnier dans l’agrobusiness, exportateur au Maghreb, il contribue à faire bouger les lignes dans le pays… Mais loin des cercles politiques. Président du Think tank Care, il a fait le pari de miser sur la jeunesse en accompagnant les jeunes entrepreneurs, à travers le parrainage de programmes tels que In Jay Algerie, en y partageant sa propre expérience. Président du conseil d’administration de la Nouvelle Conserverie algérienne (NCA-Rouiba), première entreprise familiale cotée à la Bourse d’Alger, il est un leader dans son secteur d’activité : la production de jus. En dépit d’un contexte fragilisé par un environnement anxiogène marqué par la dévaluation du dinar, la perte du pouvoir d’achat et l’inflation ainsi qu’un marché saturé, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 7,85 milliards de dinars en 2015, en hausse de 6 % par rapport à l’année 2014, a produit 113 millions de litres, soit une croissance de 8 %. Le bilan total de l’entreprise a connu aussi un accroissement de plus de 1,130 milliard de dinars par rapport à 2014, s’expliquant par les investissements industriels, notamment l’acquisition d’une seconde ligne aseptique PET. L’un des facteurs clés de cette « réussite » pour l’entreprise réside dans une croissance de plus de 60 % du segment PET en nombre de cols, soit 32 millions d’unités produites, grâce aux nouvelles capacités installées en 2015. « Une réussite historique pour nous », selon le directeur général de NCA-Rouiba, Sahbi Othmani, le cousin germain du grand patron. NCA-Rouiba garde donc la tête du marché en détenant plus de 20 % des parts sur le segment des boissons aux fruits. Les exportations de l’entreprise ont fait un bond qualitatif avec une croissance de 173 % en 2015, essentiellement sur la Libye et la Tunisie. Alors que le groupe a célébré son cinquantième anniversaire, il prévoit de conquérir de nouveaux marchés, en Europe et en Afrique.

Dangoté : 210 000 emplois dont 80% dans l’agriculture d’ici 2018

 Le cimentier multimilliardaire, Dangoté, mise lui aussi sur l’or vert. Il a ainsi annoncé la création de 210 000 emplois dont 80% dans l’agriculture d’ici 2018. Une mesure, a-t-il expliqué, destinée à insuffler une nouvelle dynamique à l’économie nigériane marquée par la chute des cours du pétrole. « Nous devrions accorder une attention particulière au secteur agricole en ce qui concerne les investissements, surtout en ce moment où le pétrole paraît de moins en moins digne de confiance, a-t-il indiqué à la presse locale. Le Brésil, qui a les même particularités que le Nigéria, a 350 milliards de $ de réserves en devise. 80%  de cette somme provient de l’agriculture. Le Brésil est désormais le premier producteur mondial de canne à sucre, de soja, et de volailles ». En attendant d’emprunter le même chemin, il a posé un premier pas dans le secteur avec l’ouverture, à Kano, de la plus grande usine de transformation de tomates du continent.


 

Auteur : Lilia Ayari // Photos : Agriculteurs et cueilleurs © AFBD

Vous pourriez aussi aimer

Le dossier du mois

Côte d’Ivoire- La classe moyenne conditionne les nouveaux produits d’assurance et de banque

Dans une étude IPSOS rendue publique en octobre 2015, le groupe CFAO fait une incursion dans la sphère de la classe moyenne africaine du Maroc, du Nigéria, du Kenya, de

Reportages

Kenya: l’Afrique de l’Est vers l’union politique

Grâce à une certaine prospérité économique, la troisième génération des dirigeants de l’Afrique de l’Est s’oriente vers une union politique – afin de réaliser les rêves des grands hommes d’État

Le dossier du mois

« Nous travaillons à la valorisation des énergies renouvelables » – Yamako Soungalo Soulama

Le Centre Écologique Albert Schweitzer du Burkina Faso (CEAS-Burkina) œuvre dans le domaine des énergies renouvelables à travers son département « recherche, action et innovation. » Nous avons rencontré l’Assistant