• Plan Maroc Vert : un modèle à dupliquer ?
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Plan Maroc Vert : un modèle à dupliquer ?

En avril dernier, se tenaient les neuvièmes assises de l’agriculture, à Meknès, au Maroc. L’occasion pour le pays hôte de dresser le bilan du Plan Maroc Vert (PMV), lancé en 2008.

Par Lilia Ayari

C’est sur de bonnes nouvelles que se sont ouvertes, le 17 avril dernier, les Assises de l’agriculture, à Meknès au Maroc. Pour sa neuvième édition, la rencontre, qui se tenait en marge du 12ème salon de l’agriculture au Maroc (SIAM), réunissait une quinzaine de ministres de l’agriculture du continent, ainsi que le ministre italien pour les politiques agricoles, alimentaires et forestières, Maurizio Martina, et sa consœur Isabel Garcia Tejerina, ministre espagnole de l’Agriculture, de l’alimentation et de l’environnement. Sur le thème « Agriculture et sécurité alimentaire au fil de l’eau », les assises ont pour objectif de sensibiliser et mobiliser les opérateurs agricoles, tout autant que les décideurs publics, et plus largement le grand public, sur l’impératif d’une gestion hydrique efficiente et respectueuse des impératifs environnementaux. Et c’est sur un contexte favorable, du moins pour le Royaume, que le ministre de l’agriculture marocain, Aziz Akhannouch, a introduit les débats. En effet, la campagne agricole 2016-2017 a bénéficié d’une pluviométrie favorable et de températures modérées, ce qui a permis de réaliser des ventes record de semences certifiées, en hausse de 52% par rapport à la campagne précédente. « Aussi, les premières prévisions indiquent une récolte céréalière record autour de 102 millions de quintaux, ce qui représentera une hausse de 203% comparativement à la campagne précédente, et en dépassement des objectifs ciblés par le Plan Maroc Vert », a souligné le ministre. Ajoutant  au passage que « plus de 300.000 exploitations agricoles ont été créées grâce au PMV. Ce qui a permis d’atteindre 1,8 million d’exploitations à ce jour. Avant l’opérationnalisation du PMV, 4,9 tracteurs étaient enregistrés pour chaque 1.000 hectares… contre plus de 8 actuellement ». 700.000 ha de systèmes agricoles ont été transformés en exploitation de haute valeur ajoutée (arbres fruitiers) et 20% des terres non exploitées (zone de culture sèche) ont pu être transformées.

« Une révolution agricole verte»

L’occasion pour le ministre de dresser le bilan du Plan Maroc Vert. Initié en 2008, il vise à faire de l’agriculture un des moteurs de croissance de l’économie nationale dans les quinze prochaines années. Pour atteindre ses objectifs ambitieux, le Plan Maroc Vert cible les exploitations familiales de petites et moyennes tailles et les exploitations entrepreneuriales disposant de grandes surfaces et d’un accès aux capitaux. Prévu jusqu’en 2020, il affiche des résultats déjà concluants : le Maroc a considérablement augmenté les investissements publics alloués au secteur agricole, ce qui a notamment eu pour résultat une hausse des surfaces cultivées, suscitant l’intérêt de nombreux acteurs du développement agricole ouest-africain. « Une révolution agricole verte s’est opérée » selon Aziz Akhannouch, chiffres à l’appui. Ainsi, le PIB agricole a progressé de près de 60% depuis 2008 pour atteindre  108 milliards de DH en 2016. Les exportations ont grimpé à 27 milliards de DH en 2015, soit un bond de 78%. Enfin, sur la même période, 300 000 nouvelles exploitations agricoles ont été créées, portant leur effectif global à 1,8 million.

Des solutions novatrices concrètes

« Le Plan Maroc Vert a dressé les contours d’une stratégie claire de développement de l’agriculture marocaine et a d’ailleurs fait de l’agriculture nationale l’un des principaux leviers de croissance économique et sociale de la décennie, analyse Jamal Eddine El Jamali, directeur général du groupe Crédit Agricole du Maroc. Une banque qui a mobilisé 45 milliards de DH pour la PMV. Il a mis en place une approche efficiente des problématiques agricoles et un modèle gagnant qui a permis de solutionner et dépasser les défis auxquels est confrontée l’agriculture marocaine. Il a pris en compte la dualité de ce secteur vital pour notre pays et les contraintes liées à cela, dualité qui se reflète dans la coexistence d’une agriculture moderne à haute valeur ajoutée et une agriculture plus petite, vivrière relevant plus du solidaire. Il y a apporté des solutions novatrices et concrètes qui ont fait leurs preuves et ont permis d’enregistrer de francs succès reconnus aujourd’hui à l’échelle internationale ».

« L’exemple du Maroc servira à convaincre certains états africains que le développement de nos pays passe nécessairement par le développement de nos agricultures »

Une réussite qui fait école sur le continent où un certain nombre de pays, dont la Gabon, la Côte d’Ivoire, ou encore plus récemment la Guinée, ont mis en place des versions « locales » du Plan Maroc Vert. « L’exemple du Maroc servira à convaincre certains pays africains que le développement de nos pays, quelles que soient leurs richesses en matières premières minérales, passe nécessairement par le développement de nos agricultures » a indiqué Alpha Condé, président en exercice de l’UA, invité d’honneur des assises. Sachant que Conakry et Rabat sont liés par trois projets pilotes agricoles signés en février dernier par les chefs d’État : un projet d’aménagement hydro-agricole d’une superficie de 200 à 300 hectares ; un projet d’agrégation de petits agriculteurs guinéens autour de la filière maïs ; et un accord de fourniture de 100 000 tonnes d’engrais, signé par l’Office chérifien des phosphates (OCP).

Évoquant l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (AAA) – lancée en faveur de l’agriculture africaine durant la COP22, par une coalition de 27 pays dont le Maroc était le chef de file – le président guinéen assure, cette initiative : « constitue une réponse concrète et innovante aux défis communs posés par les changements climatiques aux paysans africains sur l’ensemble du continent. Si elle est soutenue, et moi je la soutiens vigoureusement, elle permettra de lever des financements très importants au profit de la petite agriculture africaine ». L’initiative AAA vise à réduire la vulnérabilité de l’Afrique et de son agriculture aux changements climatiques. Elle promeut et favorise la mise en place de projets concrets pour améliorer la gestion des sols, la maîtrise de l’eau agricole, la gestion des risques climatiques et les capacités et solutions de financement. A ce jour, elle bénéficie du soutien de 25 pays africains.


Auteur : Lilia Ayari // Photos : cultures irriguées et agriculteurs au Maroc © DR

 

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