• Législatives algériennes : Travail et logement au cœur des préoccupations des jeunes électeurs
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Législatives algériennes : Travail et logement au cœur des préoccupations des jeunes électeurs

A Hussein Dey, en périphérie d’Alger, des jeunes adultes discutent dans la rue. « Ma n’votich » (Je ne vote pas), lance l’un d’eux. Ces jours-ci, cette phrase est pratiquement dans toutes les bouches. Il suffit de tendre l’oreille pour comprendre que le principal sujet de discussion est l’élection du 4 mai. A Alger centre, c’est le même refrain. Depuis plusieurs jours, les différents partis ont disposé des groupes sur la rue Didouche Mourad, l’une des artères les plus fréquentées de la capitale. 

Des jeunes interpellent les passants et les appellent à voter pour le candidat du parti qu’ils représentent. Sauf qu’après quelques minutes d’une conversation très formelle, ils indiquent qu’eux-mêmes n’iront pas voter. La raison ? « Ce sont tous des menteurs », nous répond l’un d’entre eux. Ces derniers ne sont pas membres du parti pour lequel ils tractent. Ils sont seulement employés à 1000 dinars la journée, pour leur faire de la publicité. « Notre travail, c’est de distribuer les flyers », confirme un autre jeune rencontré plus loin. Dans ce groupe qui tracte pour un candidat différent, le plus vieux a seulement 23 ans et veut déjà quitter le pays. « Ma n’sotich », (Je ne saute pas) nous dit-il en référence à la formulation détournée et utilisée par un comédien algérien qui boycottera les élections. Dans sa séquence vidéo, qui rencontre beaucoup de succès sur les réseaux sociaux, le podcasteur Chemseddine Lamrani ne dit pas explicitement qu’il n’ira pas voter mais tout le monde a compris son message.

« Tout ce qu’on veut, c’est un travail stable »

L’économie algérienne est actuellement marquée par la chute des cours de pétrole et devrait connaître un ralentissement de sa croissance en 2017, indiquent les prévisions de la Banque Mondiale.  Dans le pays, le taux de chômage était officiellement de 10,5% en septembre 2016, selon les chiffres publiés en début d’année par l’Office national des statistiques. Il touche principalement les jeunes de moins de 25 ans, qui sont 26,7% à ne pas travailler.

Chez cette tranche de la population, la principale préoccupation reste donc le travail. « Même si je vote, personne ne fera attention à moi ensuite », affirme Azzedine, âgé de 25 ans. Il indique n’avoir jamais exercé son droit de vote, que ce soit pour les législatives ou les présidentielles. « Toute la jeunesse est laissée pour compte. Tout ce qu’on veut c’est un travail stable », se plaint un de ses collègues de 19 ans. « Il sont tous pareils, ils promettent des choses puis disparaissent ».

Bakir Djehlane, est gérant d’entreprise. Lui non plus ne déposera pas de bulletin dans l’urne. « Je ne peux pas donner ma voix à quelqu’un qui ne la mérite pas. Le niveau des personnes qui siègent au parlement n’est pas bon », indique l’homme de 36 ans. « Moi, je suis commerçant et il arrive qu’en l’espace de 24 heures, le ministère du Commerce nous change les lois ! ». Il  dénonce l’incompétence des candidats qui « promettent des projets aux citoyens, alors que leur travail consiste à légiférer. Je n’ai jamais voté mais je suis les élections à la lettre », conclut Bakir.

Paradoxe 

Les élections sont donc partout dans les rues et dans les discours, mais les candidats ont toujours du mal à mobiliser les foules. Pourtant, ces dernières semaines, les membres du gouvernement ont multiplié les sorties médiatiques pour appeler les Algériens à voter. D’ailleurs, les médias ont aussi été appelés à ne pas donner la parole aux boycotteurs.

En France, où le vote a débuté samedi 29 avril, Djamel Bouras, député FLN de l’immigration pour le nord, explique avoir effectué plusieurs campagnes de sensibilisation au sein des mosquées, sur les marchés et dans les associations. Mais certaines organisations comme l’ADDRA (association des Algériens des deux rives et leurs amis) et DARE (Diaspora des Algériens résidant à l’étranger) ont appelé leurs membres à ne pas aller voter. Elles dénoncent l’absence de présence de députés qui restent sourds aux revendications de la diaspora.

Le vote est une « obligation »

Pour d’autre algérois, il est impensable de ne pas exercer son droit de vote. Ahmed Birech, est docteur en sociologie de la famille. Cet employé du ministère de l’Habitat considère que le vote est une obligation. « Bien sûr que notre pays rencontre des problèmes et qu’il existe des personnes qui ne sont pas biens. Mais qui votera à notre place ? », s’interroge le trentenaire. « Il faudra bien laisser un message à nos enfants et à nos petits-enfants et essayer de redresser l’Algérie. Hormis les lois, j’attends de nos parlementaires qu’ils soient à l’origine de programmes et qu’ils répondent aux attentes des personnes qui n’ont pas de logements et qui n’ont pas de familles », espère-t-il.

Lors des dernières échéances en 2012, 42,9% des électeurs avaient voté. Le Front de Libération National (FLN) était sorti vainqueur en remportant 220 des 462 sièges de l’Assemblée.


 

Auteur : Zahra Rahmouni // Photo : Affiches de campagne électorale, Alger © DR

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