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Ghana : Quelle économie pour le solaire ?

Le Ghana fait face à une demande énergétique exponentielle. Estimée aujourd’hui à 3 GW, elle pourrait atteindre 4,2 GW à l’horizon 2026. Le pays opte donc pour le solaire, financé en partie par le dispositif international : « Programme de la croissance des énergies renouvelables. » Le secteur génère déjà de nombreuses retombées économiques et commerciales, dans le public comme dans le privé, et ce grâce au soutien de la Commission de l’Energie. Reportage.

Il ne se passe pas un jour sans que des centaines de clients ne défilent dans les dix boutiques de la société Solarkiosk Ghana. Reparties dans quatre régions du pays, elles commercialisent des équipements fonctionnant exclusivement à l’énergie solaire. Pour Patricia Safo, directrice de la société, le pays développe un nouveau marché créateur de richesses et d’emplois : « Nous vendons des équipements électroménagers solaires tels que des fours, des chauffe-eaux et des mini-systèmes électriques à usage domestique. Les ghanéens font aujourd’hui la découverte de ces gammes et ils en raffolent. Nous faisons aussi le service de maintenance après-vente, ce qui demande une main d’œuvre importante et génère beaucoup d’emplois. »

De 100 000 à 500 000 emplois

A en croire Samuel Abyeku Godwin, détenteur d’un mini-système solaire pouvant générer jusqu’à 10Kw, l’engouement suscité par le solaire au Ghana fait suite aux appels incessants des autorités à diversifier les sources d’énergie. « Les gens ont opté pour cette forme d’énergie depuis que l’Etat, voyant les limites des potentiels hydroélectriques du pays, encourage (fiscalement) les gens à s’équiper. Aujourd’hui, des milliers de foyers disposent de mini-système solaires et d’équipements électroménagers alimentés par cette forme d’énergie. » Comme l’explique son ministère de tutelle, la Commission de l’Energie accompagne le parlement dans la suppression de certaines taxes, et ce afin de rendre beaucoup plus attractifs la production, l’achat et la commercialisation des équipements. La Commission estime ainsi que 100 000 emplois directs et indirects ont été générés par le secteur depuis le lancement du « Programme de la croissance des énergies renouvelables » en 2011, et les prévisions tablent sur  500 000 à l’horizon 2020.

Des financements multiples

D’un coût total estimé à 230 millions de dollar US, le « Programme de la croissance des énergies renouvelables »   est financé par des partenaires multiples : tels que la Banque Africaine pour le Développement, l’International Finance  Corporation (IFC) , le Fonds des Energies Durables pour l’Afrique (SEFA), le Fonds d’investissement climatique (FIC), et des investisseurs privés… Il  vise à faire passer de 0,3% à 10% la part des énergies renouvelables, et notamment du solaire, dans la production énergétique nationale.  Ainsi, les autorités ghanéennes vont installer 30 000 mini-réseaux systèmes solaires domestiques (appelés aussi mini-grids) et près de deux millions de lampadaires solaires à l’horizon 2020. Pour Kwame Ampofo, Directeur de la Commission de l’Energie, « cette vision des autorités ghanéennes va non seulement permettre au pays de satisfaire la demande énergétique locale, mais aussi exporter le surplus de production. » Il est à rappeler qu’en tout 38 200 systèmes solaires et lampadaires sont d’ores et déjà installés dans 120 localités, en plus des 25 mini-centrales, pouvant potentiellement générer près de 1.8 GW.

Un partenariat public-privé

Pour atteindre l’objectif « d’accès universel à l’électricité à horizon 2020 », les autorités encouragent désormais des initiatives venant du secteur privé. « Ce programme visant à booster la production des énergies renouvelables sera aussi porté par le secteur privé – qui aura à intervenir dans la construction, l’ingénierie et l’approvisionnement des équipements », a confié Seth Terkpor, le Ministre des Finances. Une centrale solaire d’une capacité de production de 20 mégawatt vient d’être ainsi construite, en partenariat public-privé, sur une superficie de 100 ares dans la localité de Winneba. Financée à hauteur de 30 millions de dollar US par Beijing Xiaocheng Company, cette centrale solaire produit et vend de l’électricité grâce à un système de raccordement au réseau électrique national. « Il nous a fallu 6 à 8 mois pour construire cette centrale et elle marche bien ! C’est la plus grande à ce jour dans cette sous-région, où il faut désormais penser à décentraliser l’énergie, » a tenu à rappeler Daniel Azu, consultant du projet. La britannique Blue Energy pilote aussi un projet d’installation de centrale solaire d’une capacité de 15MW depuis 2012 sur le même modèle.

Vers la création d’un marché national

Outre les détaxations pour lesquelles elle milite déjà, la Commission de l’Energie envisage l’adoption d’une loi visant à créer un marché national. « Pour rendre ce secteur viable dans le futur, il nous faut mettre en place des règles. Toute entreprise qui envisagerait de produire et vendre sa production d’électricité aux populations doit tout d’abord faire des démarches et signer des contrats avec la société publique en charge du secteur », a expliqué Kwame Ampofo, le directeur de la Commission. Pour l’économiste Albert Mallet., c’est cette future régulation qui devrait libérer le secteur, en attirant ainsi les investissements nécessaires à son développement et à la pérennisation de son modèle économique : «  Avec une nouvelle législation, le secteur sera ouvert à la concurrence et cela pourra permettre d’attirer des devises étrangères. C’est un secteur très compétitif mais qui nécessite d’importants investissements. L’Etat pourra acheter la production des sociétés productrices pour la revendre au plan local ou régional. Cette nouvelle donne pourra faire du sous-secteur de l’énergie solaire l’un des maillons de l’économie nationale. »

Le Ghana a ainsi vu la question énergétique au cœur des débats de sa dernière présidentielle, début décembre. Le pays est en effet un grand exportateur d’électricité vers les pays voisins, et le défi énergétique tient place de moteur de la croissance verte pour la prochaine décennie. C’est pourquoi la transition vers le solaire devient jour après jour un enjeu économique majeur pour toutes les strates du pays.


 

Par BLAME EKOUE

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