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Togo : Le solaire pour résorber la crise énergétique

Le Togo subit ces derniers mois un déficit énergétique. Dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, et même en pleine capitale, la suspension de la fourniture de l’électricité est fréquente, parfois sur de longues durées. Alors que Lomé ne produit que moins de la moitié de ses besoins énergétiques, et que ses fournisseurs historiques (Nigéria et Ghana) connaissent leurs propres difficultés, l’énergie solaire apparaît comme la solution tant attendue pour résoudre une crise aux causes profondes.

Un déficit structurel

 

Le Togo, qui ne produit que 40% de ses besoins énergétiques, présente un déficit énergétique de plus de 630 gigawatts. Lomé ne possède par exemple qu’un seul barrage sur le fleuve Nangbéto. Ce dernier, selon la Compagnie d’énergie électrique du Togo (CEET), ne fournit à plein potentiel qu’à partir d’octobre, quand l’eau atteint son  niveau maximal. Ce qui signifie qu’en temps ordinaire, le déficit énergétique peut plonger près des 2/3 de la population togolaise dans le noir.

 

D’un autre côté, le financement de la CEET ne lui permet d’avoir les moyens d’affronter seule la crise. La direction parle « d’une dette gouvernementale de 17 milliards de FCFA environ, alors que le groupe perd déjà près de 20 millions à cause des branchements illégaux courants sur le territoire. » Si la finition du projet d’un second barrage tout comme la future construction d’une centrale thermique sont bien sûr porteurs d’espoir, le Togo choisit surtout de miser sur le solaire, source inépuisable d’énergie.

 

Un potentiel en devenir

 

Pour libérer ce potentiel en devenir, diverses actions sont financées sur le territoire. A Agomé Sevah, par exemple, à plus de 110km de Lomé, « quatre femmes illettrées illuminent les ménages grâce à l’énergie solaire. » Elles ont suivi une formation en Inde et ont reçu leur équipement du Pnud (Programme des Nations Unies pour le développement) qui a déjà électrifié 175 foyers alentours. Ces actions du Pnud s’ajoutent à celles de la Saber (Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables) qui a réalisé 13 000 lampadaires solaires au Togo, destinés à électrifier des zones sombres. « Notre action a touché 55% des populations nationales et ont permis la création de plus de 3 000 emplois sur deux ans », comme l’explique Thierno Bocar Tall, patron de la Saber.

 

Enfin, la Banque ouest africaine de développement (BOAD) a procédé en début d’année à la remise officielle d’installations pour la fourniture d’énergie solaire dans deux maisons familiales de SOS Villages d’Enfants Togo. Estimé à 19,8 millions de FCFA pour ce seul projet, le soutien de la banque a permis l’acquisition de panneaux solaires, la réalisation des travaux d’installation et la formation d’agents pour l’entretien du réseau.

 

80 Milliards pour le PROVES

 

Le directeur de la Communication de la BOAD, Saïdou Ouedraogo, explique la politique du groupe : « A côté du financement de projets de développement,  la BOAD  soutient également le  renforcement de l’autonomie énergétique dans le cadre de sa  Stratégie Environnement et Climat 2015-2019. »

 

La BOAD contribue à l’installation de l’énergie solaire chez tous les pays membres et a donc accordé un premier prêt de 6 milliards de FCFA pour le développement du réseau d’électricité solaire togolais. Destiné à l’électrification de 62 localités réparties dans 5 régions du pays, le projet financé s’inscrit dans la mise en œuvre du Programme de valorisation de l’énergie solaire (PROVES).

 

Budgétisé pour un montant de 80 milliards de francs CFA, le PROVES consistera à raccorder des abonnés basse tension, assurer l’éclairage public grâce au solaire et à électrifier une partie des zones dîtes off-grid (c’est-à-dire hors-réseau).

 

Un défi gouvernemental

 

Du côté du gouvernement, la Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi (SCAPE) promet « des mesures relatives aux énergies renouvelables pour accompagner le développement de l’électricité ».

 

Parmi ces mesures, le Togo travaille principalement à l’exonération de taxes pour l’importation d’équipements liés aux énergies renouvelables et à la construction de trois centrales. Ainsi, le gouvernement togolais a lancé son appel d’offres en septembre. Publié par l’autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARSE), ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme de développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.

 

« Le Togo disposera très bientôt de trois mini-centrales solaires photovoltaïques avec réseaux de distribution basse tension », a confirmé le Direction générale de l’ARSE.

 

Des PME innovantes

 

Les industriels Togolais n’ont pas attendu la COP22 pour peaufiner leur travail. Dans une banlieue de Lomé, une société d’ingénierie a mis sur pied une unité d’assemblage d’automobiles et de tricycles électriques fonctionnant à l’énergie solaire pour une autonomie de 100 km.

 

Le ministre de l’énergie et des mines du Togo, Marc Ably Bidamon est resté très impressionné. « C’est une très grande avancée. Nous pouvons nous dire qu’avec un peu de travail en plus on arrivera à des voitures dotées d’une autonomie de plusieurs centaines de kilomètre. Ce sera une très grande révolution ici », a-t-il dit.

 

Le recours aux énergies renouvelables, ou mieux à l’énergie solaire est aujourd’hui indispensable au développement du Togo. Outre ses engagements internationaux qui l’obligent à y souscrire, le Togo est contraint par ses propres besoins internes. Selon la Saber, quelques millions de Togolais n’ont toujours pas accès à l’électricité et dans plusieurs villes de l’intérieur, le délestage est fréquent, avec de lourdes conséquences sur l’économie. Avec un taux d’ensoleillement constant tout au long de l’année, le solaire doit donc devenir un outil providentiel pour l’économie verte togolaise.


Par Emmanuel ATCHA

 

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