• Médias Le droit à l’information plaidé à Tunis
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Médias Le droit à l’information plaidé à Tunis

C’est une première. Et le symbole est fort. La capitale tunisienne a été choisie pour accueillir les 1ères Assises internationales du journalisme qui se tenaient du 15 au 17 novembre 2018. Plus de 500 journalistes d’Europe, d’Afrique et du monde arabe s’y sont réunis. L’occasion d’un plaidoyer en faveur de la liberté d’expression, ciment de toute démocratie, et pour l’amélioration des conditions de travail des journalistes, « la lumière » des citoyens.

Par Dounia Ben Mohamed, à Tunis 

L’actualité aura offert toute leurs légitimités aux 1ères Assises internationales du journalisme qui se tenaient du 15 au 17 novembre 2018, à la Cité de la culture, à Tunis. L’assassinat, avec des méthodes que l’on pensait révolues, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à Istanbul ; ainsi que l’adoption, lors du Forum sur la paix à Paris, le 12 novembre dernier, de la Déclaration internationale sur l’information et la communication portée par Reporter sans Frontières et signée par 12 pays à ce jour, rappelle, s’il fallait le démontrer, à quel point la liberté d’expression et de presse, ainsi que le droit à l’information, restent des combats à mener. Et la Tunisie, à la veille du septième anniversaire de sa révolution, apparaît ainsi comme le décor idéal pour accueillir la manifestation. « Notre association, “Journalisme et Citoyenneté”, a la conviction que pour avancer dans la fabrication d’une information de qualité, on ne doit pas en parler seulement entre nous, journalistes, mais avec le public. Notre métier n’a de sens que s’il est au service du public. Ce que les journalistes ont tendance à oublier, rappelle Jérôme Bouvier, fondateur et organisateur des premières Assises du journalisme. Depuis 12 ans, nous organisons les Assises, à cet effet, à Tours. Nous recevions de plus en plus de demandes de confrères du continent qui souhaitaient y participer, ce qui était compliqué pour un certain nombre de raisons, notamment en matière de visas. On s’est donc dit pourquoi ne pas organiser une rencontre sur la rive sud de la Méditerranée et faire dialoguer ensemble les professionnels des deux rives. »

La liberté de la presse et d’expression « une réalité » en Tunisie

C’est ainsi qu’est née l’idée de ces Assises internationales. Une première en Afrique. Et pour l’abriter, le choix de la Tunisie « s’est imposé comme une évidence » explique Jérôme Bouvier. « Parce que cette petite lumière rouge que l’on voit sur nos affiches, qui illustre la capacité du journaliste à éclairer le débat public, c’est aussi la Tunisie, ce pays phare qui mène un combat difficile, pour la démocratie, la liberté d’expression et de la presse. »  « Un honneur » et un signe d’encouragement pour le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, présent à l’ouverture, assurant que la liberté de la presse et d’expression est devenue « une réalité » en Tunisie, « un droit garanti par la Constitution ». « Nous disposons de lois qui protègent cette liberté, les journalistes et leurs sources sans pour autant s’ingérer dans leurs tâches, assure le premier ministre. L’État soutient la liberté de la presse, défend les journalistes et les protège des infractions qui pourraient porter atteinte à leurs droits notamment en ce qui concerne l’affaire des journalistes disparus en Libye, Nadhir Guetari et Sofiène Chourabi. La liberté de la presse est un acquis que nous n’abandonnerons jamais. La Tunisie sera également le premier pays arabe à abriter, en juin 2019, le 1er Forum mondial du journalisme ».

« Au Burundi, ce ne sont pas seulement les journalistes qui fuient, mais des médias entiers contraints à s’exiler au Rwanda »

En attendant, près de 500 journalistes, originaires d’Europe, d’Afrique et du monde arabe, participaient à ces Assises. Y compris « de pays compliqués, une Irakienne Yézidis; des Yéménites, Libyens… » relève Jérôme Bouvier. Avec au programme des débats, des ateliers, des formations… Autour d’un thème centrale « un journalisme utile aux citoyens ». « Le bon journalisme c’est celui qui ne passe pas sur nos chaînes de télévision », définira, un brin provocateur, le journaliste tunisien Maher Abderrhamane interrogé sur la question lors de la soirée d’ouverture organisée par Reporter Sans Frontières. L’occasion pour l’ONG de rappeler que la liberté d’expression et de presse reste à un combat à mener dans nombres de pays, y compris les démocraties occidentales. « Au Burundi, ce ne sont pas seulement les journalistes qui fuient, mais des médias entiers contraints à s’exiler au Rwanda », illustre Trésor Kibangula, journaliste congolais basé à Paris. D’où l’importance, souligne, Christophe Deloire, secrétaire général de RSF International, de la Déclaration internationale sur l’information et la communication, lancée symboliquement 70 ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme. « La Déclaration, dans un contexte où la crise de confiance dans les démocraties et la montée en puissance de régimes despotiques représentent un risque pour les libertés, la concorde civile et la paix, aura pour objet d’énoncer des principes, de définir des objectifs et de proposer des modalités de gouvernance » explique Christophe Deloire.

« Cette déclaration est importante, la question est comment, nous, nous allons l’appliquer alors que des journalistes sont aux mains des pouvoirs, politiques et économiques… »

D’ores et déjà signée par 12 chefs d’État, à Paris lors des commémorations du 100ème anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale (11 novembre) et le Forum de Paris sur la paix (11 au 13 novembre), dont le président tunisien Béji Caïd Essebsi, « cette Déclaration arrive au bon moment, juge Souhayr Belhassen, journaliste et défenseur des droits de l’homme en Tunisie. Pour rappeler qu’il y a un exercice de la liberté qui doit être protégé. » Y compris, dans son pays, la Tunisie, « une démocratie naissance » souligne-t-elle avant d’inviter à « balayer devant chez nous. Il y a une harmonisation à faire entre le code pénal et la constitution. Les organes de régulation n’existent pas. Et l’impunité règne. Et c’est insupportable. Cette déclaration est importante, la question est comment, nous, nous allons l’appliquer alors que des journalistes sont aux mains des pouvoirs, politiques et économiques… »

« Un changement radical depuis la révolution »

Un constat partagé par Mahdi Jelassi, membre du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, qui appartient à cette nouvelle génération de journalistes qui a émergée après la révolution de janvier 2011. « Avant la révolution, je travaillais pour un journal d’opposition, souligne-t-il avec de noter « un changement radical depuis la révolution », qui s’est traduit par l’arrivée de nouveaux journalistes. Ceci dit, si selon lui, on ne peut parler de retour de la censure, mais de tentatives de « pression ». « La corruption dans la société touche aussi les médias. Les hommes d’affaires exercent leur pouvoir, les responsables politiques également, et il y aussi une forme d’autocensure. » Même si, observe-t-il : « la nouvelle génération de journalistes est loin de ce sectarisme. »  C’est d’ailleurs la vocation de son Syndicat, protéger les journalistes, y compris à travers des propositions de lois, dont certaines sont adoptées. « Nous avons des ateliers communs avec les patrons de presse et les responsables du gouvernement depuis quatre ans. Avec beaucoup de difficultés, on arrive quand même à trouver des consensus. Par exemple, nous avons réussi à faire adopter le projet de loi sur la presse électronique. » D’autre part, fort de cette expérience, de la transition démocratique, le Syndicat travaille aujourd’hui avec ses homologues Libyens, Marocains… Subsahariens.

Semer des graines… en attendant la 2ème édition en 2020

Un partage d’expérience également au programme de ces Assises. Si permettre à ces journalistes de se rencontrer étaient l’un des objectifs, les Assises nourrissent d’autres ambitions.  « Ce n’est pas une formule, j’y crois beaucoup, les participants vont semer un certain nombre de graines, indique Jérôme Bouvier. Il y a déjà l’idée de croiser les regards, échanger, partager. Ensuite, il y a quelques projets concrets : rassembler dans un collectif tous les journalistes d’investigation du Nord et du Sud de la Méditerranée. Il y en a un autre, créer un réseau d’hackers pour la région EuroMéd…  Des projets de formation, ce qui est très important nous. Le Globe Reporters Tunisie s’est créé, on espère d’autres initiatives. Ce sont des bouteilles à la mer. Et on se retrouve à Tours au printemps prochain (pour les Assises annuelles) pour recueillir les premiers fruits. » En attendant, la prochaine édition internationale, programmée à 2020. A Tunis à nouveau.


 

Par Dounia Ben Mohamed, à Tunis 

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