• Aissata Seck : « On doit faire beaucoup plus pour la mémoire des tirailleurs africains »
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Aissata Seck : « On doit faire beaucoup plus pour la mémoire des tirailleurs africains »

Le centenaire de l’armistice a été commémoré en grandes pompes à Paris par Emmanuel Macron entouré de dizaines de chefs d’états. L’occasion de célébrer tous les combattants issus du vieux continent, venus également des Etats-Unis… Mais aussi d’Afrique, alors sous l’empire colonial. Ce dernier hommage fut encore bien timide pour Aissata Seck, maire adjointe à Bondy (93) aux anciens combattants et au Devoir de mémoire. Avec sa pétition lancée le 11 novembre 2016, devenue virale sur le web, elle a arraché à François Hollande la naturalisation de tous les tirailleurs sénégalais et maliens de sa ville. Et même au-delà.

Propos recueillis par Mérième Alaoui

Pouvez-vous rappeler le contexte de votre combat pour la naturalisation générale des tirailleurs africains de votre ville, Bondy ?  

Avant d’être élue je m’occupais des démarches administratives de ces messieurs dans le cadre associatif. Puis je me suis rendue compte que les demandes de naturalisation de ces anciens combattants pour la France étaient systématiquement refusées. Le motif ? Ils ne remplissaient pas les critères… Pourtant, ils ont fait la guerre 39-45, l’Indochine ou l’Algérie… Puis j’ai constaté que lors des commémorations du 11 novembre et du 8 mai, ils n’étaient pas conviés aux côtés des anciens combattants de la ville. Pas forcément par mauvaises intentions, mais personne ne les connaissait ! Puis j’ai lancé cette pétition qui est vite devenue virale. En quelque mois, le président Hollande a accepté notre requête. C’était très important pour ces vieux messieurs qui étaient obligés de vivre un certain temps dans leur foyer pour maintenir leurs droits, payer de coûteux timbres fiscaux à chaque renouvellement de leur titre de séjour. Avec le recul, ce qui m’a marqué, c’est à quel point cette demande légitime a fait l’unanimité. Nous avons très vite rassemblé 60 000 signatures. J’ai reçu des messages de tous bords, même de partisans de l’extrême droite qui trouvaient notre combat juste. Il est vrai que suite au film « Indigènes » de Rachid Bouchareb, les anciens combattants ont obtenu la revalorisation de leur pension. Mais ils n’étaient pas reconnus comme Français pour autant ! C’est chose faite. Depuis, j’ai reçu beaucoup de demandes de familles venues de partout pour les aider à faire valoir leurs droits, même à titre posthume pour un père, un grand-père. 

A l’heure où on célèbre la mémoire des poilus, cent ans après l’armistice, qu’avez-vous pensé personnellement des hommages rendus aux Africains ?

Il y a des avancées mais vraiment ce n’était pas assez ! Il aurait fallu un discours fort de la part du président, qui rappelle que cette histoire est commune, que c’est la nôtre. Il aurait fallu qu’Emmanuel Macron annonce que cette histoire serait désormais expliquée longuement, comme elle le mérite dans les collèges, les lycées…  Aujourd’hui l’apport des troupes coloniales dans les deux guerres est résumé en un petit paragraphe dans les livres d’histoire. C’est bien trop peu. Il y a clairement un déni sur cette question. Oui la guerre c’est moche, la France n’a pas toujours été glorieuse mais c’est notre histoire il faut l’assumer. Je suis peut-être utopiste mais je suis persuadée que si cette histoire était vraiment connue des dernières générations, certains jeunes Français issus de quartiers difficiles, qui se sentent rejetés, auraient pu avoir un sentiment d’appartenance à cette nation.

L’éducation reste la meilleure solution pour faire vivre cette mémoire ?

Plus que jamais ! J’organise parfois des rencontres avec les anciens combattants de ma ville et les groupes scolaires qui m’en font la demande. Cela vient de toute l’Ile-de-France. Le face à face est saisissant. Il m’arrive parfois d’intervenir seule, et bien je n’ai jamais autant d’attention de la part des jeunes, que lorsque les tirailleurs sont là. J’ai déjà rencontré des collégiens qui n’en croyaient pas leurs yeux. Qui me demandaient si ces témoignages serait confirmés par leur professeur d’histoire…

Il faut faire vivre cette histoire à travers celle de héros africains. Qui connait Addi Bâ ? Un tirailleur sénégalais héros de la résistance. Ce n’est qu’un exemple… Cette histoire est la nôtre et elle rassemble. Elle fait du bien et pas seulement aux héritiers de l’immigration africaine, mais de façon générale. Il ne faut pas négliger l’ignorance à ce sujet.

Comment comptez-vous, au titre de votre mandat notamment, poursuivre le devoir de mémoire ?

Je pense qu’il faut plus d’engagement individuel. Il faut que davantage de personnes s’emparent du sujet. Je sais bien que beaucoup de militants font la même chose que moi dans leur territoire, mais il en faut plus et il faut travailler ensemble. D’ailleurs, je suis en train de créer un comité de pilotage avec des historiens entre autres. Il faut travailler en groupe pour le meilleur résultat possible. L’objectif est notamment de définir des outils numériques, des éditions nationales… Que cette histoire soit connue et par le plus grand nombre.


 

Propos recueillis par Mérième Alaoui

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