• Forum de Saint-Louis à Essaouira  Et si l’Afrique portait les solutions aux maux de ce monde ?
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Forum de Saint-Louis à Essaouira Et si l’Afrique portait les solutions aux maux de ce monde ?

Universitaires, entrepreneurs, éducateurs, sportifs, stylistes…  Près de 150 personnes, venues d’Afrique et d’ailleurs, se sont retrouvées à Essaouira (Maroc), du 2 au 4 novembre, pour la seconde édition du Forum de Saint-Louis. Des profils, des nationalités, des fonctions différentes mais un fil conducteur : une soif de refaire l’Afrique et le monde par la même occasion.

Par Dounia Ben Mohamed, reportage vidéo Mérième Alaoui, montage Mon Ross 

Il y avait de la folie ces derniers jours à Essaouira. En premier lieu, celle d’Amadou Diaw, porté par cette idée folle de tenir la deuxième édition du Forum de Saint Louis- déjà en soi un concept des plus fous- à Essaouira au Maroc. Également chez ces hommes et ces femmes qui ont accepté de rejoindre le fondateur de la première Business School privée du Sénégal. Ainsi près de 150 personnes se sont réunies du 2 au 4 novembre dans cette ville mythique de la côte marocaine, pour échanger, partager, « croire ensemble ». Rien de spirituel ni de mystique. Quoique… Une invitation, une exhortation même à croire en soi, en l’Afrique, et en un monde de demain plus heureux dans lequel le continent aura semé sa graine. Une idée des plus folles à l’heure où il est question de nationalisme, d’identité, de désenchantement, les invités ont préféré celles de déconstruire les imaginaires, d’envisager un autre lendemain, de repenser le monde de demain à partir de l’Afrique…

« Notre continent est celui qui est capable de rêver, de déconstruire les imaginaires, capable de construire ensemble une nouvelle humanité »

Et en guise de mise en bouche, deux hommes pour un échange d’une profondeur et d’une intensité extrêmement rare. Souleymane Bachir Diagne, professeur de philosophie à l’université de Columbia et André Azoulay, maire emblématique d’Essaouira et par ailleurs illustre conseiller du Makhzen. L’universitaire et le conseiller, le penseur et le banquier, l’intellectuel et le politique… Deux univers mais finalement la même conviction : de l’Afrique, peut naître une nouvelle humanité. « Est-ce que nous savons nous projeter dans l’avenir ? » interroge Alioune Gueye, PDG du groupe Afrique Challenge. « Une immense question » considéra le professeur Diagne, qui y apportera néanmoins un certain nombre de réponses. « Habiter ensemble, faire humanité ensemble, non seulement pour réaliser notre humanité commune mais aussi toutes nos responsabilités vis-à-vis des autres êtres vivants sur la terre ». Et d’oser le mot, Ubuntu, « un concept censé construire le monde » puis d’inviter Nelson Mandela au débat. « Il disait que la vraie victoire contre l’apartheid, est de sortir tous ensemble du tribalisme, en se projetant dans l’avenir. Inventer un mode de justice qui ne consiste pas à dire rendons aux hommes ce qu’ils nous ont fait, mais construisons ensemble une nation arc-en-ciel. Voilà une leçon qui vient de l’Afrique ». Et ô combien d’actualité alors que, poursuit le spécialiste de philosophie islamique, le monde vit « une forme d’apartheid généralisé. Le monde des tribus aujourd’hui s’est globalisé ». Et face à ce chaos, plus que jamais la lumière vient d’Afrique, « notre continent est celui qui est capable de rêver, de déconstruire les imaginaires, capable de construire ensemble une nouvelle humanité » 

Et c’est dans la ville d’Essaouira que cette humanité s’est retrouvée le temps d’un long week-end de la Toussaint. Une ville où André Azoulay, « l’enfant du pays » soulignera que depuis des siècles « juifs et musulmans dansent ensemble », « où l’on a retrouvé la mémoire et où l’on fait résistance », que cette nouvelle humanité plante ses germes. « Accueillir le forum de Saint-Louis à Essaouira, ce n’est que rendre justice à l’histoire ». Rappelant que sa ville a été baptisée le port de Tombouctou, il invitera à son tour à « accompagner ce retour dans la pensée de la communauté des nations, l’Afrique de tous les possibles, l’Afrique de l’avenir, l’Afrique qui va répondre à toutes les questions que les Occidentaux se posent ». Et de souligner l’objectif premier de cette « renaissance africaine », « le véritable enjeu de cette prise de conscience de ce qu’est l’Afrique. Cette quête de la dignité mais surtout du respect reconquis. Qui n’est ni à acheter ni à vendre et je trouve que l’on s’accommode trop souvent de cette rhétorique convenue mais pas gratuite, qui nous dit enfin on arrive, on existe. Ce n’est pas un marché. Il faut que nous Africains sachions être lucides et ne pas succomber à ce discours qui aurait pu être séduisant si on s’arrête au premier degré, ne pas être spectateur ni muet et aller au cœur de ce qui fera le momentum » développe l’édile. Alors que le monde vit des temps « peu glorieux, où la Méditerranée est au centre de toutes nos régressions, où partout, au Brésil, aux USA, jusqu’en Scandinavie qui apparaissait comme la lumière, on recule… » se désole-t-il. Admettant avoir découvert tardivement son « africanité », le conseiller du roi, se définit à la fois comme « phénicien, carthaginois, berbère, juif et arabe. J’ai le privilège d’avoir un ADN qui n’a jamais été amnésique. Quelle chance d’être né sur cette presqu’île. Quel cadeau du ciel et j’en mesure toute l’importance, depuis toujours. Encore plus aujourd’hui où nous vivons dans la régression ».

« Permets-moi d’être africaine. Permets-moi de penser le monde »

Essaouira qui sera, comme elle l’a été pour André Azoulay, une source d’inspiration pour les participants de ce forum au format peu conventionnel. Avec des panels certes mais interactifs, ainsi que des ateliers, des visites, autour de thèmes centraux tels que la migration, l’éducation, la culture, le sport, abordés avec une approche parfois décousue, mais surtout libre et nouvelle. Tout l’objectif d’Amadou Diaw, l’homme qui nous invite, du point de vue de Saint Louis, à faire Afrique pour refaire le monde. Ils ont été près de 150 « fous » à le rejoindre à Essaouira, créant une forme de confrérie où plutôt que de parler croissance, démographie, industrialisation, on parlera amour, partage, humanité, sans PowerPoint ni graphique. Allant se laisser jusqu’à pleurer ensemble sur les mots de la comédienne guadeloupéenne Nathalie Vairac. « Permets-moi d’être africaine. Permets-moi de penser le monde (…) De l’autre bout du monde, tend la main à l’Afrique (…) Dans ce silence plante une graine, ensemence ton cœur pour ensemencer demain. » La graine a été plantée, c’est certain. Comment la faire grandir ? C’est une nouvelle question à laquelle les participants tendent déjà de trouver des réponses en vue de la troisième, et déjà très attendue, édition du FSL, de retour au port de départ, à Saint Louis.


Par Dounia Ben Mohamed, reportage vidéo Mérième Alaoui, montage Mon Ross 

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