• Apollinaire Compaoré, du village au Patronat

Apollinaire Compaoré, du village au Patronat

Après l’inauguration de sa banque, Wendkuni Bank International, en juin, l’homme d’affaire burkinabè Apollinaire Compaoré a été élu le 25 octobre dernier, président du Conseil National du Patronat burkinabè (CNPB). A 65 ans, le président directeur général du groupe Planor est actionnaire de plusieurs banques, assurances, services de télécommunication et hôtels. Un parcours sans faute pour Apollinaire qui a 12 ans, quitte le village, ne sachant ni lire ni écrire…

Par Ibrahima SANOU à Ouagadougou

Au fil des ans, l’homme d’affaire ne cesse de monter en galons dans les affaires. Et pourtant rien ne le prédestinait à ce parcours. Lui qui est né en 1953 à Koassa, petit village de la province du Bazéga, à une cinquantaine de km de la capitale Ouagadougou. A 12 ans, ne sachant ni lire ni écrire, armé de courages et de volontés, il quitte son village natal dont l’activité principale, c’est les travaux champêtres pour Ouagadougou où il s’adonne à de petits métiers. Il fut tour à tour boy dans les domiciles des commis de la Haute Volta d’antan, colleur de pneu de vélos et motos. Malgré les difficultés, il tient bon jusqu’au début de la décennie 1970  où il se lance dans la vente des billets de loterie. Cette activité lui servira de trait d’union pour entrer quelques années plus tard dans le commerce des deux roues. Ainsi en 1978, il crée « Volta Moto », devenue « Burkina Moto » après le changement de nom du pays en août 1984. C’est une société spécialisée dans la distribution et la commercialisation de vélos et motos qui sont à cette époque et même aujourd’hui, des moyens de transports courants au Burkina Faso. Avec cette activité, Apollinaire Compaoré commence à poser les jalons de sa fortune. Les affaires florissent et l’homme d’affaire s’engage dans la création d’entreprises. En 1986, il fonde la Société Burkina Transport, dédiée à l’approvisionnent en carburant des dépôts de la Société Nationale d’Hydrocarbures (Sonabhy), puis s’intéresse aux assurances, (Union des Assurances du Burkina), la grande distribution, (Société de distribution de produits de grande consommation), le crédit à la consommation avec la Société Burkinabè d’Equipements (SBE) où il est le principal actionnaire à plus de 80%.

100% du capital de Telecel Faso, troisième acteur du marché de la téléphonie mobile 

Auprès de cette société, qui a un capital de 1 milliard 400 millions de F CFA (environ 2 millions d’euros), des milliers de fonctionnaires et de salariés burkinabè vont prendre des crédits pour acheter une moto ou acquérir un terrain d’habitation. Entre 1999 et 2000, Apollinaire Compaoré rachète l’hôtel Yibi à Ouagadougou qui est un établissement commercial d’hébergement de 28 chambres climatisées dont 2 suites juniors. En 2002, Apollinaire Compaoré crée le Groupe Planor pour dit-il, «  l’accompagner dans le développement de ses investissements et dans la supervision de ses intérêts au sein de chacune de ses entreprises ».  Avec ce groupe, il a décidé d’étendre ses affaires aux télécommunications. Ainsi en 2003, il s’associe avec des partenaires notamment Atlantic Télécom pour acquérir Telecel Faso, une société anonyme au capital de 2,5 milliards de Francs CFA (environ 4 millions d’euros), qui emploie 200 salariés et 415 prestataires. Mais de mésentente en mésentente, le partenariat entre les deux associés se terminera en justice qui finira par donner raison à Apollinaire Compaoré en 2008. Aujourd’hui au Burkina Faso, Apollinaire Compaoré détient la totalité du capital de Telecel Faso, troisième acteur du marché de la téléphonie mobile (19% des clients), qui contribuait en 2015 à près de 70% des revenus de son groupe estimés à 97 milliards de FCFA (environ 149 millions d’euros). L’opérateur a lancé son réseau 3G en Avril 2017 et prévoit dans un avenir proche offrir les services de transfert et de paiement de factures comme le font déjà Orange et Onatel, les deux premiers réseaux de téléphonies mobiles au Burkina Faso. En 2011, le gouvernement malien a lancé un appel d’offre international pour l’attribution d’une licence de téléphonie mobile. Apollinaire Compaoré acquiert la licence en début 2013 au coût de 55 milliards de F CFA (environ 84 millions d’euros). Cependant, cette acquisition ne sert pas fait sans difficulté. L’homme d’affaire s’est d’abord brouillé avec son partenaire Cessé Komé.

« Pour l’émergence d’un patronat uni et solidaire face aux défis du monde économique »

Ensuite, il a connu les pires difficultés pour financer le déploiement de son réseau risquant même de voir le retrait de son autorisation par les autorités maliennes faute de n’avoir pas pu lancer son opération dans les délais prévus. Finalement, les choses sont rentrées en ordre et en décembre 2017, Apollinaire Compaoré a pu lancer les activités d’Alpha Télécom (Atel) au Mali. Un projet pour lequel, il dit avoir mobilisé un investissement de 100 milliards de FCFA (environ 152 millions d’euros) pour l’acquisition des équipements fournis par le chinois Huawei et la construction d’un siège. Des investissements mobilisés grâce aux 26% du capital qu’il détient dans l’opérateur MTN Côte d’Ivoire. Il a aussi pu s’appuyer sur la part (35%) détenue dans Sonar, le leader burkinabè des assurances. En 2018, Apollinaire Compaoré réalise un rêve qu’il nourrit depuis plusieurs années à savoir la création de sa banque. Wendkuni Bank International a été officiellement lancé le 29 juin dernier par le premier ministre burkinabè Paul Kaba Thiéba.  Wendkuni Bank International est doté d’un capital de 12 milliards de FCFA (environ 19 millions d’Euros) reparti entre Planor Afrique (52%), la Banque régionale des marchés du Sénégal, l’Union des assurances du Burkina (contrôlé à plus de 80% par Apollinaire Compaoré) et des investisseurs privés burkinabè. Une carrière pleine et riche qui vient d’être couronnée le jeudi 25 juin dernier, par l’élection de l’homme d’affaire, au poste de président du Conseil National du Patronat burkinabè (CNPB) pour les cinq prochaines années.  A la tête de cette institution, il a des ambitions.  « Nous comptons travailler pour l’émergence d’un patronat uni et solidaire face aux défis du monde économique. »


 

Par Ibrahima SANOU à Ouagadougou

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