• Africités La reconnaissance de l’Afrique « locale »

Africités La reconnaissance de l’Afrique « locale »

En 2030, l’Afrique comptera 1 milliard d’urbains, soit 4 fois la population de l’Europe. Maîtriser la démographie et l’urbanisation de l’Afrique passe par la transition vers un développement durable. C’est le plaidoyer d’Africités qui tiendra sa huitième édition à Marrakech du 20 au 24 novembre prochains.

Par Dounia Ben Mohamed, à Paris

«  L’Afrique constituera le principal pôle humain à l’horizon 2100. Dès 2050, un jeune sur deux vivra en Afrique. Nous pensons que l’Afrique n’a pas d’autres choix que de s’orienter vers la transition vers un développement durable. Si elle n’emprunte pas cette voie, le monde ira mal… »

C’est avec ses propos, alarmistes, que Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU), a donné le ton de la prochaine, et huitième, édition d’Africités qui se tiendra du 20 au 24 novembre à Marrakech. L’événement phare de CGLU Afrique organisé tous les trois ans et qui célèbrera cette année son vingtième anniversaire. Avec pour thème, « La transition vers des villes et territoires durables : le rôle des collectivités territoriales d’Afrique », l’événement, qui s’inscrit dans le cadre de l’Agenda 2030 et la Vision 2063 de l’Union Africaine, tend à faire entendre la voix des collectivités locales sur les questions soulevées par ces feuilles de route.

« Si cette manifestation se tient au Maroc c’est parce que ce pays a accueilli, en 2016, la Cop 22,  baptisée Cop de l’action après l’adoption de l’Accord de Paris lors de la Cop 21, rappelle le secrétaire général de CGLU Afrique. Cette édition à Marrakech est une reconnaissance de la contribution du Maroc à l’agenda climatique de l’Afrique. » Le climat, un des 5 axes de cette rencontre, auquel une journée sera dédiée, le 22 novembre. « On ne mettra pas en œuvre  l’accord de Paris sans l’implication des collectivités territoriales. »

« La femme est au cœur des enjeux d’Africités »

Autre axe au cœur de l’événement, les femmes. « La femme est au cœur des enjeux d’Africités, souligne Jean-Pierre Elong Mbassi qui relève « l’émergence de la femme comme acteur majeur de la mutation en Afrique. » Une émergence à laquelle CGLU aura contribué. « En 2011, CGLU a créé le réseau des femmes élues locales en Afrique qui a entrepris 3 campagnes, l’une pour des villes africaines sans enfants  de la rue; l’autre contre les violences conjugales; et la dernière sur les villes amies de l’émancipation économique des femmes. » Des campagnes annoncées pendant cette édition et parrainée, pour la campagne sur les enfants des rues, par Lalla Meryem, princesse et membre de la famille royale. « Nous comptons 15 000 enfants des rues en Afrique, rappelle  Jean-Pierre Elong Mbassi. Il est de la responsabilité des collectivités locales de les prendre en charge pour leur donner une seconde chance. »

Les jeunes également seront au centre des échanges avec, pour la première fois, un forum des jeunes. «  20 jeunes ont été sélectionnés sur internet et vont nous proposer une image de l’Afrique que nous voulons à l’horizon 2030 et 2063 et les outils pour la mettre en place. »

« La gestion par les Etats prend trop souvent en compte la  dimension sécuritaire alors que pour les collectivités territoriales, elle s’inscrit dans une perspective de développement. »

Autre sujet, la migration. Une thématique au cœur des préoccupations des responsables européens et africaines, qui, déplore Jean-Pierre Elong Mbassi, ne consultent pas les collectivités locales pourtant en première ligne. «  Nous allons à ce titre consacrer une journée à la migration, le 21 novembre, qui va traiter du rôle des collectivités territoriales dans la gestion de l’immigration. La gestion par les Etats prend trop souvent en compte la  dimension sécuritaire alors que pour les collectivités territoriales, elle s’inscrit dans une perspective de développement. » Et d’ajouter au passage : « Il faut se souvenir que la migration est un droit, inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Et c’est le droit d’aller et venir qui stabilise la migration. Quand on parle de combattre la migration illégale, il suffit de favoriser la migration légale. » Un point de vue que CGLU partagera pendant le forum qui précédera  la Conférence Internationale sur la Migration (CIM 2018) des Nations-Unies, prévue au Maroc les 10 et 11 décembre 2018 et qui doit adopter le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». « Ce Pacte doit intégrer le point de vue des collectivités territoriales ».

« Il a fallu 100 ans à Paris pour passer de 800 000 à 1 million d’habitants. Il en a fallu 25 à Lagos pour en faire autant. Dans l’histoire de l’humanité c’est sans précédent. »

Enfin, autre moment clé annoncée, une journée dédiée à la planification urbaine. «  Il s’agit de maitriser les flux d’urbanisation, trop rapide, en Afrique. Il a fallu 100 ans à Paris pour passer de 800 000 à 1 million d’habitants. Il en a fallu 25 à Lagos pour en faire autant. Dans l’histoire de l’humanité c’est sans précédent. Il incombe à l’Afrique d’inventer une manière de planifier cette urbanisation. » A cette occasion l’OCDE présentera une plateforme inédite, Africapolis. « Au niveau internationale, il n’existe qu’une ou deux bases de données des villes africaines, lesquelles commencent avec les villes de 300 000 habitants, donc 97% des villes africaines en sont absentes. Nous avons comblé ce manque, explique Laurent Bossard, Directeur Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE). Nous allons lancer, le 22 novembre, pendant Africités, cette base de donnée en ligne qui couvre toutes les agglomérations africaines de plus de 10 000 habitants, de 1950 à 2015. » Soit 7500 villes africaines cartographiées. Et d’assurer : « Le défi numéro 1 de l’Afrique, pour les prochaines décennies, bien plus que le climat, c’est la démographie. Or, ce que l’on voit, entre 1998 et 2018, sur la région dont je l’occupe, le Sahel, la population a augmenté de 70%. La population urbaine de 130%. C’est phénoménal. Un record de l’histoire du monde ! Cela veut dire que les villes sont les éponges de la croissance démographique. Ce qui n’est pas péjoratif mais signifie que dans l’avenir, la transition urbaine sera en charge de la transition démographique et que cette transition se passera plus ou moins bien selon que les villes et ceux qui les gèrent auront la capacité de gérer cette transition. »

« Africités ce n’est pas un projet. C’est une plateforme politique. Africités a donné une voix aux collectivités locales. C’est une reconnaissance de l’Afrique locale. »

En somme, Africités c’est un plaidoyer sur le rôle des collectivités locales dans tous les défis que pose la transition vers des villes durables. Une plateforme d’échanges, et d’écoutes, entre les acteurs concernés, à savoir les représentants des dites collectivités locales, des Etats, des associations, des chercheurs, des opérateurs économiques, etc. Ainsi près de 5000 participants, dont 3000 collectivités africaines, réfléchiront ensemble à cette «  vision pour l’Afrique que nous voulons ». « La question de l’urbanisation de l’Afrique préoccupe tout le monde, résume le secrétaire générale de CGLU, parce que c’est à la fois une opportunité extraordinaire de développement mais aussi un risque de désordre si elle n’est pas maîtrisée. » Le décor est planté. 

Et à la veille de son vingtième anniversaire, le secrétaire général de CGLU, assure, en esquisse de bilan. « Africités ce n’est pas un projet. C’est une plateforme politique. Africités a donné une voix aux collectivités locales. C’est une reconnaissance de l’Afrique locale. »  

Pour en savoir plus : www.africites.org


 

Par Dounia Ben Mohamed, à Paris

 

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