• Fatima Chhima : « Mon rêve est de diffuser Echos d’Orient jusqu’en Afrique »

Fatima Chhima : « Mon rêve est de diffuser Echos d’Orient jusqu’en Afrique »

Marseillaise de cœur, la journaliste a fondé son propre magazine gratuit, Echos d’Orient en 2008. Une volonté affirmée de mettre en valeur les talents issus de l’immigration et de développer les liens avec le continent de ses ancêtres.

Par Mérième Alaoui, à Paris

Elle n’est pas née à Marseille, mais a adopté son accent chantant. « C’est cette ville si riche, si particulière, qui m‘a donné envie de fonder mon propre média » raconte la Franco-marocaine. Fatima Chhima a grandi à Toulouse mais s’est retrouvée dans la cité phocéenne pour ses études de journalisme à Marseille. La ville de tous les mélanges, la terre d’accueil de toutes les immigrations depuis des siècles, a en effet séduit la journaliste en herbe d’alors. Echos D’orient, bi-mensuel gratuit, distribué dans les commerces de la région à 30 000 exemplaires, est né de cette volonté affirmée de faire de « l’information positive ». « J’assume de vouloir mettre en valeur les talents issus de l’immigration ». Et ce, sans complexe, après un choc culturel à l’étranger.

« Voir tous ces portraits de jeunes caricaturés, c’était trop. Je me suis dit : soit je quitte le pays, soit je crée mon propre média »

Pour poursuivre sa formation, la responsable de la rédaction d’une dizaine de pigistes, part pour le Royaume-Uni. Comme beaucoup de Français issus de l’immigration, elle découvre, non sans surprise, le modèle d’intégration à l’anglaise. « Voilà un pays occidental qui respecte la diversité des croyances de ses citoyens, en toute simplicité. On peut donc avoir un responsable hiérarchique sikh avec un turban sans que cela ne pose de questions ». De retour en France, c’est une toute autre ambiance. Nous sommes en 2005, en pleine révolte des banlieues provoquée par la mort des jeunes Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. « Et là, en lisant la presse, j’ai ressenti un grand malaise. Voir tous ces portraits de jeunes caricaturés, c’était trop. Je me suis dit : soit je quitte le pays, soit je crée mon propre média » se souvient Fatima. Et c’est ainsi qu’elle met en couverture des têtes d’affiche comme Omar Sy ou Leila Bekhti mais aussi des entrepreneurs à succès de la région. « Nos jeunes ont besoin de cela pour s’identifier. Des exemples positifs » martèle-t-elle.

La personnalité en couverture pour cet automne n’est autre que L’Algérino. Véritable star des jeunes générations amatrices de rap. « Il cartonne au niveau international, à Abidjan, en Roumanie et c’est un pur produit marseillais. Mais ce n’est que le 31 octobre prochain qu’il va faire sa première grande scène dans la ville. C’est parlant », ironise-t-elle.

« Les jeunes générations ont peu de relation avec le pays de leurs parents »

Bien ancrée dans le carrefour historique qu’est Marseille, les sujets qui tiennent à cœur cette journaliste entrepreneuse, sont liés à l’histoire de l’immigration. « Je souhaite créer davantage de ponts avec le continent africain, le Maghreb en particulier. J’ai remarqué par exemple, que les jeunes générations ont peu de relation avec le pays de leurs parents ou grands-parents. Certains n’y ont jamais mis les pieds. Moi j’ai eu la chance d’aller au Maroc chaque été. J’ai entretenu un lien très fort ». Et de reconnaître qu’elle a même redécouvert des aspects du royaume chérifien en tant que journaliste.

Si Fatima regarde au-delà des rives de la méditerranée, en direction de l’Afrique, ce n’est pas forcément pour développer internet ou faire payer le magazine. Tout est possible pour celle qui a signé avec Air France ou L’Oréal. « J’aime l’idée du gratuit que l’on trouve dans son commerce de proximité, accessible à tous, qu’on emmène chez soi et qu’on partage. Mon rêve est de diffuser Echos d’Orient jusqu’en Afrique ».


Par Mérième Alaoui, à Paris

 

 

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